Accès aux pages du manuscrit
      code : "any"




Le jour nouveau









Luc XXIV



1 - Or au un des Sabbats 

- Au un des sabbats: Le pluriel  dans l’expression “au jour des sabbats”  désignait les jours chômés. Ce n’est pas le cas ici puisque ce jour était simple lendemain de sabbat. Si Luc avait simplement voulu indiquer le premier jour de la semaine comme Marc ou Paul, il l’eût dit au singulier (cf Mc 16,1D05; 1Co16:2 :  chaque premier jour de la semaine; ou encore Lc 18:12) .

Alors pourquoi ce pluriel σαββάτων?
On   retrouve l'expression une autre fois,   le un premier des Sabbats en Ac 20,6-7D, quand la communauté des croyants  commémorait la Résurrection,  entre cinq et douze jours après les jours  des Azymes,  soit une semaine après la semaine pascale. Un rapprochement est à faire avec le comput de sept semaines entre la Pâque et la  Pentecôte déjà évoqué (Lc 4:31 et 6: 1-2), où   sabbasin est de la troisième déclinaison. Le génitif sabbatôn,  se rattache indifféremment à la seconde ou à la troisième.
Ce “un des sabbats”   était  apparemment le point de départ des 7 semaines séparant la Pâque de la de Pentecôte,  selon le comput Boéthusien qui voulait que la première gerbe d'orge soit offerte au Temple, non le 16 Nissan, mais le lendemain du sabbat qui suivait la Pâque. En conséquence, la fête de la Pentecôte, 50 jours plus tard tombait elle aussi , un jour précis de la semaine ,  le lendemain du sabbat (Menahot 10:4 et Megillat Ta'anit ).
Ainsi Luc faisait le décompte des jours selon le calendrier Boéthusien et son écrit serait à verser à l'appui de l'observance de ce calendrier à Jérusalem à cette époque. Cependant si le Talmud s'est fait l'écho du conflit sur la date de Pentecôte, la documentation ne permet guère de préciser si le calendrier Boéthusien avait été adopté et à quelle période exactement.

    
Quant au un premier des Sabbats , ce serait le premier sabbat clôturant la première des sept semaines conduisant à la Pentecôte. De telles expressions paraissent relever du vocabulaire sacerdotal d'Alexandrie dont proviennent les annotations liturgiques en introduction de quelques uns des psaumes de la LXX et qui n'ont pas de correspondant en Hébreu.
Le mouvement Boéthusien était rattaché par Flavius Josèphe au grand prêtre Simon institué par Hérode de 22 à 5 av JC et qui était le fils de Boéthos, un prêtre d'Alexandrie. Les auteurs se sont demandé si le "vieillard Siméon" n'était pas Simon fils de Boéthos qui, lors de la naissance de Jésus, s'il n'avait plus la dignité suprême, n'en était pas moins un représentant de la classe des grands-prêtres. C'est le portrait d'une belle personnalité humaine et spirituelle que Luc dressait, peut-être pour l'avoir connu (?).

Toujours est-il que ce langage d’initiés  devait échapper au grand nombre, notamment aux rédacteurs des parallèles évangéliques; le un des sabbats  fut compris communément dans les décennies suivantes comme le premier jour de la semaine, avant d’être remplacé progressivement par la dénomination “le jour du Seigneur”.

à l'aube, profondément elles venaient sur  la sépulture.
 [  or le un des sabbats, à l’aube profonde sur la sépulture elles vinrent]

- Batheôs, profond : comme adjectif au génitif il se rattache  au substantif qui le précède selon une expression courante, à l’aube profonde. Mais comme forme adverbiale, profondément, il qualifie tout autant  la démarche des femmes qui s’avançaient dans la profondeur, allant jusqu’à descendre dans  l’obscurité preignante de la tombe; cette lecture n’est possible que dans l’ordre gardé par le codex Bezæ. La préposition epi là où eis est attendue, est à mettre en parallèle avec les autres venues dans l’obscurité (Lc 22:45 et 52) .

Or elles réfléchissaient en elles-mêmes : qui donc roulera la pierre?

Une phrase presqu’identique à celle de Mc 16,3 et qui offre un lien direct avec le verset 23,53 dont la formulation est propre à Luc. 
1 - L’emploi de apokuliô rapelle directement la pierre roulée par Jacob, de dessus le puits, à l’arrivée de Rachel (Gn29,16). La voyant, il trouva  la force de soulever la pierre. Le verbe est repris au verset suivant. Tout au long de l'évangile, le leitmotiv de la pierre finit par constituer un thème propre aboutissant au tombeau.
La démarche de ces femmes se rendant au tombeau qu'elles savaient clos par une pierre que vingt hommes avient eu peine à rouler, avait quelque chose d’absurde. On ne saura pas avant le verset 10 que la conductrice du groupe était Marie la Magdalène devenue disciple (Lc 8:3), après la résurrection d’un jeune homme à Naïn. Habitée par la vie du prophète Élisée que ses pas avaient conduits dans un village jumeau de Naïn, elle avait reconnu en Jésus l’héritier des prophètes Elie et Élisée. Pour avoir été témoin de la résurrection du jeune homme de Naïn, elle devait attendre, pressentir, désirer un évènement qui dépasse la logique humaine.
Les femmes disciples de Jésus

- le corps *[de Jésus].
Une répétition qui n’est pas dans le codex Bezæ; Luc parlait toujours du corps, sôma  de Jésus jamais de son cadavre à la différence de Mc 15,45.

3 - Deux hommes en vêtement d’éclair.
Ces hommes étaient luminescents et les femmes les tenaient pour des hommes (andres). Ils étaient deux. Surent-elles les identifier? Elles ne l’ont pas dit et  le rédacteur voyait probablement se profiler, derrière ces deux hommes, ceux qui étaient apparus sur la montagne et que Pierre avait identifiés -  mais sans comprendre comment - à Moïse et à Élie. Ils revêtaient ici le vêtement d’éclair que portait alors Jésus. Moïse et Elie avaient l’un comme l’autre été retenus aux portes de la “terre sainte”,  l’un emporté dans un char de feu près du Jourdain, l’autre par Dieu, son corps n’ayant pas été retrouvé sur le mont Nébo. Avaient-ils  été mis à part pour être  les premiers à fouler “ha-makom”, la terre de la Résurrection? Ou bien ne faut-il pas  voir en eux  Elie et Élisée qui l’un et l’autre avaient ramené à la vie un enfant mort?

6 - * [Il n’est pas ici, il est ressuscité].
Cette bien malencontreuse addition, dans tous les autres manuscrits, est due à une harmonisation avec Mc 16,6 où la Résurrection n’était pas présentée sous le même angle ni de la même manière; elle bouleverse la clarté de la parole initiale, puisqu’elle empêche de discerner la présence du Réssuscité sous la lumière irradiée par les deux hommes. C’est avec justesse que Wescott et Hort avaient exclu la phrase du Textus Receptus.

9 - Et revenues [du tombeau].
Le mot tombeau, s'il n’a pas été gardé à cette place par le codex, revient cependant avec une fréquence particulière: trois fois quelques versets auparavant (23,53a et b, 24,2), deux fois sous la forme mnêma la sépulture (23,55, 24,1),  et deux fois sous celle du verbe mimnêskomai se rappeler, trois termes qui ont même racine, à savoir le souvenir;  répété sept fois. Faire mémoire de la Parole, avait pris en Marie la place des sept démons qui l’avaient habitée.

10 - Elles dirent à eux - des apôtres ! 
Comme une légère ironie du texte à l’égard de ces apôtres qui allaient faire acte d’incrédulité devant les “sornettes”  de femmes déployant leurs artifices; en effet lêros , avait  double sens  à la fois celui de fable  et de bijou doré .
Ce verset 10 était au coeur d’un  joli chiasme dont le point focal  était Johanna .

d- elles rapportèrent tout cela aux Onze
c - et à tous les autres.
b -* Marie  la  Magdaléenne,
a - et Johanna,
b -  et  Marie, la  de Jacob,
c - et les autres jointes à elles
d- dirent à eux - des apôtres ! - cela.

Le chiasme appartenait au mode d’écriture de la littérature classique, comme un réflexe scripturaire. Johanna, femme de l’intendant d’Hérode  était mise en valeur par les deux Marie qui l’encadraient, et ce, à l’intention du dédicataire de l’ouvrage, Théophile le grand-prêtre, soit parce qu’elle était comme lui de condition sociale élevée et moins sujette à caution qu’une Marie Madeleine, soit qu’elle ait été cette petite fille de Théophile dont un ossuaire a conservé le nom:
Yehohanah:
Yehohanah fille de Yehohanan
fils de Théophile le grand-prêtre.” (Ossuaire retrouvé à Hizma , Beth-Azmaweth. Cf N Avigad, A depository of inscribed ossuaries in the Kidron Valley, dans Israel Exploration Journal, 12(1962),4.

2 -  Quant à l’autre Marie, celle de Jacques/Jacob, tout laisserait penser qu’elle était sa femme, plutôt que sa mère ou sa soeur. À travers son nom était évoquée à nouveau la figure du patriarche.

11 - ces propos leur parurent du délire.
Luc jouait sur le  terme lêros, désignant à la fois un radotage et un bijou de femme; le propos fut pris par les apôtres comme une histoire que les femmes tentaient de mettre en place pour attirer l’attention sur elles.

12 - *[Or Pierre s’étant levé courut sur le  tombeau, et s’étant penché, voit les bandelettes seules, et il s’en alla vers lui-même, s’étonnant de ce qui était arrivé].
Cet ajout reprenait des termes propres au parallèle de Jean (Jn 20, 5-6,10).

13 - Or , deux,  se rendaient loin  d’ eux.
[Or voici deux d’entre eux étaient en ce jour là se rendant]
L’ordre des mots suggère que ces deux disciples s’éloignaient du groupe; cherchaient-ils à en sortir, à s’en démarquer, à s’en extirper ?

- Jérusalêmêma
Une orthographe particulière due à une erreur de scribe? Autre exemple en 23,28.

Article sur la denomination Jerusalem et Hierosolyma en Luc

- Nommé Oulammaüs.
[ et non: du nom d’Emmaüs]
Le datif onomati faisait référence au nom  reçu de la tradition, à la différence de l’accusatif de relation utilisé pour un nom donné en fonction du contexte.

3 Où trouve-t’on ce nom Oulammaus?
Article sur Oulammaus/ Emmaus

 
16 - Or leurs yeux s’efforçaient de ne  pas le reconnaître.
Le verbe est à la voie moyenne (il n’a pas de complément d’agent). Les deux disciples n’étaient pas dominés par une force obscure mais leurs yeux, leurs sens,  s’empêchaient de le reconnaître. Leur propre corps et avec lui leur intelligence ne pouvait admettre ce qui était devant eux:  Jésus vivant (et qui n’avait pas changé d’apparence).

17 - Quelles sont les paroles que vous vous lancez en marchant *[et ils s’arrêtèrent] assombris?
Jésus reprochait aux disciples leur air sombre. L’ajout “et ils s’arrêtèrent”    empêchait de penser que Jésus  leur en avait fait le reproche.

Auquel nom Kléopas.
[ nommé Kléopas]
Onoma, un accusatif de relation,  précède un nom  conféré de manière personnelle, sans implication de la lignée dont le personnage était issu, contrairement à l’expression au datif; Kléopas, diminutif de Kléopâtre, était Grec et  le disciple qui le portait  étant Juif,  ne l’avait pas  reçu de ses pères, mais du contexte dans lequel il vivait.  Si Luc observait cette règle - dont le meilleur exemple paraît être celui de Jean-Baptiste - elle  est à constater dans le codex Bezæ en divers endroits.
    Kléopas devait être de langue grecque, sinon la parler; mais son compagnon dont le nom a été tu? Et quelle langue parlaient-ils avec Jésus qu’ils traitaient de résident de passage? Au vu du v 25 , ce n’était pas le Grec.
A Jérusalem l’Hébreu paraît avoir été communément parlé à suivre Ac22,40 ou encore Flavius Josèphe:“moi, Joseph, fils de Matthias, hébreu de race, natif de Jérusalem, prêtre...j’ai décidé d’exposer... en traduisant en grec l’oeuvre que j’avais d’abord composée dans ma langue maternelle et envoyée aux peuples étrangers de l’intérieur de l’Asie” soit les Parthes, Babyloniens et Arabes. “Et Josèphe s’étant placé de façon à se faire entendre, non seulement de Jean, mais de la multitude, transmit en hébreu le message de César.”184 . Hébreu recouvre des réalités différenciées: langue liée à une race,  mais aussi langue des prêtres et langue biblique par excellence. A travers la liturgie elle était commune aux Juifs d’au-delà de l’Euphrate, d’Adiabène et d’ailleurs où le langage courant, par contre, était  l’Araméen , autre langue sémitique, dénommée langue syrienne dans la Septante.

19  - Jésus le Nazôréou.
Même écriture qu’en  Lc  2,39D issue de Mt 2,23. Plusieurs autres manuscrits  ont l'écriture Nazarênou, comme en  18,37.

21 - Nous espérions qu'il était celui....
Du point de vue de Kléopas, Jésus qu’il avait vu mourir, avait été et n'était  plus.
- Mais aussi en plus de tout cela, le troisième jour aujourd’hui,  passe, depuis que cela est arrivé.
Aujourd’hui, écrit avec un a au lieu d’un o (sêmeran) fut raturé par un correcteur. Le verbe agei, (troisième personne du présent de l’indicatif) dont le sujet n’est pas indiqué, est suivi d’un accusatif de durée.  Relation a été faite avec le Testimonium Flavianum  qui présente une expression idiomatique similaire:
 Il leur apparut à nouveau vivant,  le troisième jour passant .

23 - une vision d’anges.
Les femmes avaient vu deux hommes de sexe masculin (andres) que le rapport de Kléopas présentait plutôt comme une vision d’anges rappelant l’échelle de Jacob:
“Il fit une rencontre dans  le lieu et il alla (resta) là parce que le soleil s’en était allé. ll prit (une) des pierres du lieu, et mit sous sa tête et coucha en ce lieu-là. Il rêva: voici “soulam” (échelle?) dressée sur la terre, son sommet atteignant les ciels et voici des anges de Dieu montant et descendant  dessus. Et voici Le Seigneur se tenait audessus.” Gn 28:11-13

24 - Et ils trouvèrent ainsi; comme dirent les femmes. Mais lui nous ne l’avons pas vu!
[ et ils trouvèrent ainsi  comme ce que dirent aussi les femmes; mais lui ils ne l’ont pas vu]


25 - lents de coeur * [à croire] sur tout ce que dirent les prophètes.
Le verbe entre crochets ne commande généralement pas la préposition  sur;  il fut inséré à l'intérieur d' une expression de caractère sémitisant qui devait paraître trop singulière.

27 - Il commençait... à  interpréter.
 [et non à traduire].
Ermêneuô  c’est expliquer, donner le sens, interpréter. Avec son préfixe di,  comme en Ac 9, 36 , c’est traduire, en passant d’une langue à une autre et ce choix fut celui des scribes   pour l’ensemble des manuscrits. Pourtant il ne semble pas que ce soit là ce qu'ait fait Jésus, car il avait commencé une explication à travers les Ecritures, qui allait se poursuivre plus loin avec les disciples réunis.

29 - Pour rester avec eux.
La préposition meta implique la réciprocité; comparativement  sun  , signifie plutôt joint à, ensemble.

30 - Il dit la bénédiction . Et * il leur faisait partager; prenant alors le pain de lui, leurs yeux s’ouvrirent.
[  Il dit la bénédiction et il rompit. Et il leur remit; or d’eux les yeux s’ouvrirent complètement]
Jésus prenait le temps de leur faire partager (verbe à l’imparfait) le pain. Il ne se contentait pas de le donner en le distribuant mais il invitait les disciples à se rendre partie prenante de son geste (prosdidômi, un hapax); un acte de réciprocité visant une véritable communion. En saisissant le pain dans ses mains qui le leur tendaient,  leurs yeux s’ouvrirent , et ils le reconnurent. L’accent n’était pas mis sur la fraction même du pain mais sur la façon qu’il était la sienne de  partager avec eux.

32 - Notre coeur n’avait-il pas été couvert ?
[et non: Notre coeur n’était-il pas  brûlant en nous?]
Les disciples ne disaient pas avoir  été enflammés  par les paroles de Jésus, mais ils reconnaissaient que leur coeur - le lieu de l’intelligence et de la volonté dans toute la tradition biblique - avait été couvert ; un verbe au parfait de la voix passive pour une action qui avait  commencé  bien avant et se poursuivait dans le présent. (cf. 9,45 et 18,33).
- Comme il nous parlait en chemin! comme il nous ouvrait les écritures!
Comme ne signifie pas ici lorsque, mais de quelle manière; il introduit une phrase exclamative . C'est bien ce qu'avait compris le traducteur latin avec  quomodo  et non pas dum  ou cum.

33 - Attristés;
 Emploi similaire en 2,48 pour Marie et Joseph qui, à la recherche de Jésus avaient fait le même chemin qu'eux. (se reporter plus haut à l'article sur Oulammaus/Emmaus.)

34 - Disant. 
Le nominatif legontes au lieu de l’ accusatif legontas serait-il une erreur de scribe? Avec ce nominatif, Kléopas et son compagnon, sujets du participe, auraient dit ensemble  “vraiment s'est réveillé le Seigneur et il a été vu de Simon” . Quel Simon?  A Jésus ils avaient relaté la vision des femmes, mais n’avaient rien dit d’une apparition à  Simon-Pierre; or celle-ci fut évoquée par Paul:  “Il est apparu à Céphas, puis aux Douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois; la plupart sont encore vivants et quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.” GJ,I,3 et  VI,96 .
Les deux compagnons ne pouvaient avoir rencontré Simon-Céphas/Pierre sur le chemin du retour puisqu’ ils trouvèrent réunis les Onze, un nombre, dont il faisait partie; sinon l'évangéliste aurait écrit  les Dix  comme en Ac 2,14D. Il auraient donc croisé un autre Simon. À moins qu’il ne faille préférer l’ accusatif legontas  et entrevoir dans le nominatif legontes une erreur de scribe. Au quel cas les Apôtres sachant grâce à Pierre que Jésus était vivant le clamaient aux deux disciples qui arrivaient. L’épître de Paul ferait pencher pour cette solution.

Reste la question fondamentale: 

qui était le compagnon de Kléopas?

Dans les représentations de la Cène d'Emmaüs apparaît parfois une coquille sur le vêtement ou le chapeau du compagnon de Kleopas qui passait pour Jacques Le majeur puisqu'il  est au centre du culte de St Jacques de Compostelle. L'expression “pèlerins d'Emmaüs”, a été influencée par ce pèlerinage.
jacques emmaus
 Pourtant il était bien clair que ce ne pouvait être lui puisqu'il était l'un des Douze Apôtres et que les deux compagnons trouvèrent réunis à leur retour les Onze, sc'est-à dire les Douze moins Judas. En identifiant le compagnon de Kléopas à Jacques le Majeur, on ne tenait pas compte de cette précision Lucanienne. Lui substituer l'Apôtre Jacques fils d'Alphée  reviendrait au même. Il faut donc chercher ailleurs. «“Et quand le Seigneur eut donné le tissu de lin au serviteur du prêtre, il vint à Jacob se manifestant à lui.  Jacob avait juré qu'il ne mangerait pas de pain depuis l’heure où il avait bu à la coupe du Seigneur jusqu'à ce qu'il le vît relevé de ce sommeil”.  Et aussi:  “Apportez une table et du pain!”  Et immédiatement après: fut apporté du pain qu’il rompit et bénit, le donnant à Jacob le juste en lui disant:  “Mon frère, mange ton pain  parce que le Fils de l'homme s’est relevé du  sommeil”».Jérôme, Hommes Illustres II
Le titre “Fils de l’homme” , un titre si vite disparu  des écrits apostoliques, est un gage d’ancienneté.
Trop jeune pour être l’un des Douze comme son frère Juda, Jacques était néanmoins pressenti pour prendre la relève. Après la rencontre d'OULAMMAUS,  il eut la force de revenir vers Jérusalem parmi les Apôtres. Vraie conversion  que de revenir vers ces pêcheurs!
Nathanaël
Or “Fils de l’homme” se retrouvait étroitement lié à Jacob sous la plume de l’évangéliste Jean: “Vous verrez le ciel s’ouvrir et les anges de Dieu monter et descendre au dessus du Fils de l’homme!”  une allusion  au rêve de Jacob lorsqu’il s’endormit à Béthel. Elle était prononcée devant un certain  Nathanaël - ou don de Dieu - qui pouvait n’être qu’un prête nom pour ce vrai Israëlite que Jésus disait  sans ruse. L'évangéliste Jean , très marqué par la personnalité de Jacques, lui a donné une grande  importance dans son évangile. Car c'est probablement lui qu'il convient de discerner sous le disciple bien-aimé.


36 - * [et il leur dit: Paix à vous].
Addition issue de Jn 20,19,21,26, mais dont l’insertion est ici peu appropriée au regard de la réaction d’effroi qui suivit  chez les disciples.

37 -   Fantôme.
Une image plus parlante que le mot  esprit.

39 -Voyez...que c’est bien moi.
La place du pronom auton entre le sujet et le verbe  incite à lire une tournure familière et non la révélation sinaïtique Je Suis, comme en 22,70.

40 - *[Et disant cela il leur montra les mains et les pieds]
C’était là une réitération du v.39  et elle n’est pas dans le codex Bezæ. Elle avait pour objet de mettre l’accent sur les mains et les pieds qui, selon Jean, auraient gardé la trace des clous. Cependant, pour Luc, Jésus ne montrait pas ses plaies mais la réalité de son corps vivant. L’ajout de ce verset visait donc,à harmoniser leurs dire, mais sans aller jusqu’à introduire en Luc une remarque qui n’y était pas.

44 -Tout ce qui est écrit dans la loi de Moïse, et *(les) Prophètes et Psaumes à mon sujet.
Si la “Loi de Moïse” ,   désignait les lois coutumières par opposition à la “Loi du Seigneur”  (la Torah), par contre, “La loi de Moïse, Prophètes et Psaumes”, constituait une expression consacrée, comme un intitulé du corpus biblique (hébreu: le Tanakh formé de la Torah, Néviim, Ketouvim)188.

46 - Ainsi qu’il est écrit : le Christ souffrir et se lever *[d’entre les morts] le troisième jour.
Comme en 9,22 et 18,33 Jésus disait se lever après avoir été mis à mort. Lui qui avait mis son esprit entre les mains du Père, avait-il connu dans la mort le même état que tout humain? “D’entre les morts” apparaît comme un ajout à la parole initiale, qui a son origine dans la prédication apostolique (Ac3,15).
 
47 - Et être proclamé sur son Nom, repentance et libération des péchés.
Une nuance   avec  “et”  là où d' autres témoins scrtpturaires ont la préposition eis , en vue de;  la prédication invite au repentir et annonce le salut en Jésus.  
Les trois verbes du verset sont trois infinitifs qui ne sont pas commandés par  il faut; ni par une quelconque autre expression. Ils peuvent correspondre à trois phrases exclamatives.

En direction de toutes les nations
Ôs devant epi est explétif, indiquant la direction vers une destination avec un mouvement. La formule est plus littéraire qu’avec le simple eis. Elle n’intimait pas le commandement de se rendre dans toutes les nations mais d’annoncer à leur intention.

49 - Et moi j'envoie la promesse *[du Père] de moi, sur vous.
Jésus allait envoyer sur ses disciples ce qu'il leur avait promis; en effet, il s'était engagé à leur donner la sagesse de la parole, sagessse de l'Esprit Saint (12,12, 21,15). En référant cette promesse au Père, par un ajout inspiré de Ac 1,4, s'inscrivait une dimension Trinitaire dans les propos de Jésus.
51- Et comme il les bénissait,  Il se distança d'eux
De même que Jésus s'était tenu (v.36) subitement au milieu des Apôtres, aussi soudainement il se tint en retrait d'eux. L'humilité même du Christ.
* [il se sépara d'eux et il était emporté au ciel; et eux s'étant prosternés devant lui].
Ce verset du texte alexandrin est une addition en harmonie avec le début des Actes
où le retirement de Jésus est présenté comme une ascension glorieuse (Ac 1, 10-11) .
Cette image qui n'est pas de style lucanien semble avoir été raccrochée tardivement au livre des Actes, jusqu'à rejaillir sur la finale de l'évangile. Que Jésus soit apparu et se soit retiré le même jour c'était trop court pour être pris en considération dans l'annonce de sa Résurrection. Par contre quarante jours entre la Résurrection et l'Ascension constituaient  un temps suffisamment consistant et chargé de symbolique. De même que le temps du ministère de Jésus fut allongé de un à trois ans, de même le temps de ses apparitions a pu se voir prolonger de un à quarante jours.
L'image sur laquelle s'achevait l'évangile n'était pas l'ascension du Christ dans les nuées du ciel, mais celle de la bénédiction accordée à ses Apôtres et à ses disciples rassemblés, et plus loin derrière eux à la ville de Jérusalem :
“Que Le Seigneur te bénisse et te garde, qu'il fasse pour toi rayonner son visage, que le Seigneur te découvre sa face te prenne en grace et t'apporte la paix.”
Ainsi Jésus se séparait des siens dans l'acte sacerdotal par excellence qu'est celui de la bénédiction.