Luc XXIV
1 - Or au un des Sabbats
-
Au un des sabbats: Le pluriel dans l’expression “au jour des
sabbats” désignait les jours
chômés. Ce n’est pas le cas ici puisque
ce jour était simple lendemain de sabbat. Si Luc avait
simplement voulu indiquer le premier jour de la semaine comme Marc ou
Paul, il l’eût dit au singulier (cf Mc 16,1D05;
1Co16:2 : chaque premier jour de la semaine; ou encore Lc
18:12) .
Alors pourquoi ce pluriel σαββάτων?
On retrouve l'expression une autre fois,
le un premier des Sabbats en Ac 20,6-7D, quand la communauté des croyants
commémorait la Résurrection, entre cinq
et douze jours après les jours des
Azymes, soit une semaine après la semaine pascale.
Un rapprochement est à faire avec le comput de sept semaines
entre la Pâque et la Pentecôte
déjà évoqué (Lc 4:31 et 6:
1-2), où sabbasin est de la
troisième déclinaison. Le génitif
sabbatôn, se rattache indifféremment
à la seconde ou à la troisième.
Ce “un des sabbats”
était apparemment le point de départ des 7 semaines séparant la Pâque de la de
Pentecôte, selon le comput Boéthusien
qui voulait que la première gerbe d'orge soit offerte au
Temple, non le 16 Nissan, mais le lendemain du sabbat qui suivait la
Pâque. En conséquence, la fête de la
Pentecôte, 50 jours plus tard tombait elle aussi , un jour
précis de la semaine , le lendemain du sabbat
(Menahot 10:4 et Megillat Ta'anit ).
Ainsi Luc faisait le décompte des jours selon le calendrier
Boéthusien et son écrit serait à
verser à l'appui de l'observance de ce calendrier
à Jérusalem à cette époque.
Cependant si le Talmud s'est fait l'écho du conflit sur la
date de Pentecôte, la documentation ne permet
guère de préciser si le calendrier
Boéthusien avait été adopté et à
quelle période exactement.
Quant au
un premier des Sabbats , ce serait le premier sabbat clôturant la
première des sept semaines conduisant à la
Pentecôte. De telles expressions paraissent relever du
vocabulaire sacerdotal d'Alexandrie dont proviennent les annotations
liturgiques en introduction de quelques uns des psaumes de la LXX et
qui n'ont pas de correspondant en Hébreu.
Le mouvement Boéthusien était rattaché
par Flavius Josèphe au grand prêtre Simon
institué par Hérode de 22 à 5 av JC et
qui était le fils de Boéthos, un prêtre
d'Alexandrie. Les auteurs se sont demandé si le
"vieillard Siméon" n'était pas Simon fils de Boéthos qui, lors de la naissance de Jésus, s'il n'avait plus la
dignité suprême, n'en était pas moins
un représentant de la classe des grands-prêtres.
C'est le portrait d'une belle
personnalité humaine et spirituelle que Luc dressait,
peut-être pour l'avoir connu (?).
Toujours est-il que ce langage d’initiés devait échapper au grand nombre,
notamment aux rédacteurs des parallèles évangéliques;
le un des
sabbats fut compris communément dans les décennies suivantes comme le
premier jour de la semaine, avant d’être remplacé progressivement par la
dénomination “le jour du Seigneur”.
à l'aube, profondément elles venaient sur la sépulture.
[ or le un des sabbats, à l’aube profonde sur la sépulture elles vinrent]
-
Batheôs, profond : comme
adjectif au génitif il se rattache au substantif qui le précède selon
une expression courante, à l’aube profonde. Mais comme forme
adverbiale, profondément, il qualifie tout autant la démarche des
femmes qui s’avançaient dans la profondeur, allant jusqu’à descendre
dans l’obscurité preignante de la tombe; cette lecture n’est possible
que dans l’ordre gardé par le codex Bezæ. La préposition
epi là où eis est attendue, est à mettre
en parallèle avec les autres venues dans
l’obscurité (Lc 22:45 et 52) .
Or elles réfléchissaient en elles-mêmes : qui donc roulera la pierre?
Une phrase presqu’identique à celle de Mc 16,3 et
qui offre un lien direct avec le verset 23,53 dont la formulation est
propre à Luc.
1 - L’emploi de
apokuliô rapelle
directement la pierre roulée par
Jacob, de dessus le puits, à l’arrivée
de Rachel (Gn29,16). La voyant, il trouva la force de
soulever la pierre. Le verbe est repris au verset suivant. Tout au long de l'évangile, le leitmotiv de la
pierre finit par constituer un thème propre aboutissant au tombeau.
La démarche de ces femmes se rendant au tombeau qu'elles
savaient clos par une pierre que vingt hommes avient eu peine à
rouler, avait quelque chose d’absurde. On ne
saura pas avant le verset 10 que la conductrice du groupe
était Marie la Magdalène devenue disciple (Lc
8:3), après la résurrection d’un jeune
homme à Naïn. Habitée par la vie du
prophète Élisée que ses pas avaient
conduits dans un village jumeau de Naïn, elle avait reconnu en
Jésus l’héritier des
prophètes Elie et Élisée. Pour avoir
été témoin de la résurrection du jeune
homme de
Naïn, elle devait attendre, pressentir, désirer un
évènement qui dépasse la logique
humaine.
Les femmes disciples de Jésus
- le corps *[de Jésus].
Une répétition qui n’est pas dans le
codex Bezæ; Luc parlait toujours du corps,
sôma de Jésus jamais de son cadavre
à la différence de Mc 15,45.
3 - Deux hommes en vêtement d’éclair.
Ces hommes étaient luminescents et les femmes les tenaient
pour des hommes (andres). Ils étaient
deux. Surent-elles les identifier? Elles ne l’ont pas dit
et le rédacteur voyait probablement se profiler,
derrière ces deux hommes, ceux qui étaient
apparus sur la montagne et que Pierre avait identifiés - mais
sans comprendre comment - à Moïse et à
Élie. Ils revêtaient ici le vêtement
d’éclair que portait alors Jésus.
Moïse et Elie avaient l’un comme l’autre
été retenus aux portes de la “terre
sainte”, l’un emporté dans un
char de feu près du Jourdain, l’autre par Dieu,
son corps n’ayant pas été
retrouvé sur le mont Nébo. Avaient-ils
été mis à part pour
être les premiers à fouler
“ha-makom”, la terre de la Résurrection?
Ou bien ne faut-il pas voir en eux Elie et
Élisée qui l’un et l’autre
avaient ramené à la vie un enfant mort?
6 - * [Il n’est pas ici, il est ressuscité].
Cette bien malencontreuse addition, dans tous les autres manuscrits,
est due à une harmonisation avec Mc 16,6 où la
Résurrection n’était pas
présentée sous le même angle ni de la
même manière; elle bouleverse la clarté
de la parole initiale, puisqu’elle empêche de
discerner la présence du Réssuscité
sous la lumière irradiée par les deux hommes.
C’est avec justesse que Wescott et Hort avaient exclu la
phrase du Textus Receptus.
9 - Et revenues [du tombeau].
Le mot tombeau, s'il n’a pas été
gardé à cette place par le codex, revient
cependant avec une fréquence particulière: trois
fois quelques versets auparavant (23,53a et b, 24,2), deux fois sous la
forme mnêma la sépulture (23,55, 24,1),
et deux fois sous celle du verbe mimnêskomai se rappeler,
trois termes qui ont même racine, à savoir le
souvenir; répété sept fois.
Faire mémoire de la Parole, avait pris en Marie la place des
sept démons qui l’avaient habitée.
10 - Elles dirent à eux - des apôtres !
Comme une légère ironie du texte à
l’égard de ces apôtres qui allaient
faire acte d’incrédulité devant les
“sornettes” de femmes
déployant leurs artifices; en effet lêros ,
avait double sens à la fois celui de
fable et de bijou doré .
Ce verset 10 était au coeur d’un joli
chiasme dont le point focal était Johanna .
d- elles rapportèrent tout cela aux Onze
c - et à tous les autres.
b -* Marie la Magdaléenne,
a - et Johanna,
b - et Marie, la de Jacob,
c - et les autres jointes à elles
d- dirent à eux - des apôtres ! - cela.
Le chiasme appartenait au mode d’écriture de la
littérature classique, comme un réflexe
scripturaire. Johanna, femme de l’intendant
d’Hérode était mise en valeur
par les deux Marie qui l’encadraient, et ce, à
l’intention du dédicataire de l’ouvrage,
Théophile le grand-prêtre, soit parce
qu’elle était comme lui de condition sociale
élevée et moins sujette à caution
qu’une Marie Madeleine, soit qu’elle ait
été cette petite fille de Théophile
dont un ossuaire a conservé le nom:
Yehohanah:
Yehohanah fille de Yehohanan
fils de Théophile le grand-prêtre.” (Ossuaire
retrouvé à Hizma , Beth-Azmaweth. Cf N Avigad, A
depository of inscribed ossuaries in the Kidron Valley, dans Israel
Exploration Journal, 12(1962),4.
2 - Quant à l’autre Marie, celle de Jacques/Jacob, tout laisserait penser
qu’elle était sa femme,
plutôt que sa mère ou sa soeur. À travers son nom était
évoquée à nouveau la figure du
patriarche.
11 - ces propos leur parurent du délire.
Luc jouait sur le terme lêros,
désignant à la fois un radotage et un bijou de
femme; le propos fut pris par les apôtres comme une histoire
que les femmes tentaient de mettre en place pour attirer
l’attention sur elles.
12 - *[Or Pierre s’étant levé courut
sur le tombeau, et s’étant
penché, voit les bandelettes seules, et il s’en
alla vers lui-même, s’étonnant de ce qui
était arrivé].
Cet ajout reprenait des termes propres au parallèle de Jean (Jn 20, 5-6,10).
13 - Or , deux, se rendaient loin d’ eux.
[Or voici deux d’entre eux étaient en ce jour là se rendant]
L’ordre des mots suggère que ces deux disciples
s’éloignaient du groupe; cherchaient-ils à en
sortir, à s’en démarquer, à
s’en extirper ?
-
Jérusalêmêma
Une orthographe particulière due à une erreur de
scribe? Autre exemple en 23,28.
- Nommé Oulammaüs.
[ et non: du nom d’Emmaüs]
Le datif
onomati faisait
référence au nom reçu de la
tradition, à la différence de
l’accusatif de relation utilisé pour un nom donné en fonction du contexte.
3 Où trouve-t’on ce nom Oulammaus?
16 - Or leurs yeux s’efforçaient de ne pas le reconnaître.
Le verbe est à la voie moyenne (il n’a pas de complément
d’agent). Les deux disciples n’étaient
pas dominés par une force obscure mais leurs yeux, leurs sens, s’empêchaient de le
reconnaître. Leur propre corps et avec lui leur intelligence ne pouvait admettre ce qui
était devant eux: Jésus vivant (et qui
n’avait pas changé d’apparence).
17 - Quelles sont les paroles que vous vous lancez en marchant *[et ils s’arrêtèrent] assombris?
Jésus reprochait aux disciples leur air sombre.
L’ajout “et ils
s’arrêtèrent”
empêchait de penser que Jésus leur en
avait fait le reproche.
Auquel nom Kléopas.
[ nommé Kléopas]
Onoma, un accusatif de relation,
précède un nom
conféré de manière personnelle, sans
implication de la lignée dont le personnage était
issu, contrairement à l’expression au datif;
Kléopas, diminutif de Kléopâtre,
était Grec et le disciple qui le portait
étant Juif, ne l’avait pas
reçu de ses pères, mais du contexte dans lequel
il vivait. Si Luc observait cette règle - dont le
meilleur exemple paraît être celui de Jean-Baptiste
- elle est à constater dans le codex
Bezæ en divers endroits.
Kléopas devait être
de langue grecque, sinon la parler; mais son compagnon dont le nom a
été tu? Et quelle langue parlaient-ils avec
Jésus qu’ils traitaient de résident de
passage? Au vu du v 25 , ce n’était pas le Grec.
A
Jérusalem l’Hébreu paraît
avoir été communément parlé
à suivre Ac22,40 ou encore Flavius
Josèphe:
“moi, Joseph, fils de Matthias,
hébreu de race, natif de Jérusalem,
prêtre...j’ai décidé
d’exposer... en traduisant en grec l’oeuvre que
j’avais d’abord composée dans ma langue
maternelle et envoyée aux peuples étrangers de
l’intérieur de l’Asie” soit
les Parthes, Babyloniens et Arabes.
“Et Josèphe
s’étant placé de façon
à se faire entendre, non seulement de Jean, mais de la
multitude, transmit en hébreu le message de
César.”184 . Hébreu recouvre des
réalités différenciées:
langue liée à une race, mais aussi
langue des prêtres et langue biblique par excellence. A
travers la liturgie elle était commune aux Juifs
d’au-delà de l’Euphrate,
d’Adiabène et d’ailleurs où
le langage courant, par contre, était
l’Araméen , autre langue sémitique,
dénommée langue syrienne dans la Septante.
19 - Jésus le Nazôréou.
Même écriture qu’en
Lc 2,39D issue de Mt 2,23. Plusieurs autres
manuscrits ont l'écriture Nazarênou,
comme en 18,37.
21 - Nous espérions qu'il était celui....
Du point de vue de Kléopas, Jésus qu’il
avait vu mourir, avait été et
n'était plus.
-
Mais aussi en plus de tout cela, le troisième jour
aujourd’hui, passe, depuis que cela est arrivé.
Aujourd’hui, écrit avec un a au lieu
d’un o (sêmeran) fut raturé par un
correcteur. Le verbe agei, (troisième personne du
présent de l’indicatif) dont le sujet
n’est pas indiqué, est suivi d’un
accusatif de durée. Relation a
été faite avec le Testimonium
Flavianum qui présente une expression idiomatique similaire:
Il leur apparut à nouveau vivant, le
troisième jour passant .
23 - une vision d’anges.
Les femmes avaient vu deux hommes de sexe masculin (andres) que le
rapport de Kléopas présentait plutôt
comme une vision d’anges rappelant
l’échelle de Jacob:
“Il fit une rencontre dans le lieu et il alla
(resta) là parce que le soleil s’en
était allé. ll prit (une) des pierres du lieu, et
mit sous sa tête et coucha en ce lieu-là. Il
rêva: voici “soulam”
(échelle?) dressée sur la terre, son sommet
atteignant les ciels et voici des anges de Dieu montant et
descendant dessus. Et voici Le Seigneur se tenait
audessus.” Gn 28:11-13
24 - Et ils trouvèrent ainsi;
comme dirent les femmes. Mais lui nous ne l’avons pas vu!
[ et ils trouvèrent ainsi comme ce que
dirent aussi les femmes; mais lui ils ne l’ont pas vu]
25 - lents de coeur * [à croire] sur tout ce que dirent les prophètes.
Le verbe entre crochets ne commande généralement
pas la préposition sur; il fut
inséré à l'intérieur d' une expression de
caractère sémitisant qui devait
paraître trop singulière.
27 - Il commençait... à interpréter.
[et non à traduire].
Ermêneuô c’est expliquer,
donner le sens, interpréter. Avec son préfixe
di, comme en Ac 9, 36 , c’est traduire, en passant
d’une langue à une autre et ce choix fut celui des
scribes pour l’ensemble des manuscrits.
Pourtant il ne semble pas que ce soit là ce qu'ait fait
Jésus, car il avait commencé une explication
à travers les Ecritures, qui allait se poursuivre plus loin
avec les disciples réunis.
29 - Pour rester avec eux.
La préposition meta implique la
réciprocité; comparativement
sun , signifie plutôt joint à, ensemble.
30 - Il dit la bénédiction . Et * il leur faisait
partager; prenant alors le pain de lui, leurs yeux
s’ouvrirent.
[ Il dit la bénédiction et il rompit.
Et il leur remit; or d’eux les yeux s’ouvrirent
complètement]
Jésus prenait le temps de leur faire partager (verbe
à l’imparfait) le pain. Il ne se contentait pas de
le donner en le distribuant mais il invitait les disciples à
se rendre partie prenante de son geste (prosdidômi, un
hapax); un acte de réciprocité visant une
véritable communion. En saisissant le pain dans ses mains
qui le leur tendaient, leurs yeux s’ouvrirent , et
ils le reconnurent. L’accent n’était pas
mis sur la fraction même du pain mais sur la façon
qu’il était la sienne de partager avec
eux.
32 - Notre coeur n’avait-il pas été couvert ?
[et non: Notre coeur n’était-il pas brûlant en nous?]
Les disciples ne disaient pas avoir été
enflammés par les paroles de Jésus,
mais ils reconnaissaient que leur coeur - le lieu de
l’intelligence et de la volonté dans toute la
tradition biblique - avait été couvert ; un verbe
au parfait de la voix passive pour une action qui avait
commencé bien avant et se poursuivait dans le
présent. (cf. 9,45 et 18,33).
- Comme il nous parlait en chemin! comme il nous ouvrait les écritures!
Comme ne signifie pas ici lorsque, mais de quelle manière;
il introduit une phrase exclamative . C'est bien ce qu'avait compris le
traducteur latin avec quomodo et non pas
dum ou cum.
33 - Attristés;
Emploi
similaire en 2,48 pour Marie et Joseph qui, à la recherche de
Jésus avaient fait le même chemin qu'eux. (se reporter
plus haut à l'article sur
Oulammaus/Emmaus.)
34 - Disant.
Le nominatif legontes au lieu de l’ accusatif legontas
serait-il une erreur de scribe? Avec ce nominatif, Kléopas
et son compagnon, sujets du participe, auraient dit ensemble
“vraiment s'est réveillé le Seigneur et
il a été vu de Simon” . Quel
Simon? A Jésus ils avaient relaté la
vision des femmes, mais n’avaient rien dit d’une
apparition à Simon-Pierre; or celle-ci fut
évoquée par Paul:
“Il est
apparu à Céphas, puis aux Douze. Ensuite, il est
apparu à plus de cinq cents frères à
la fois; la plupart sont encore vivants et quelques-uns sont morts.
Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les
apôtres.” GJ,I,3 et VI,96 .
Les deux compagnons ne pouvaient avoir rencontré
Simon-Céphas/Pierre sur le chemin du retour
puisqu’ ils trouvèrent réunis les Onze,
un nombre, dont il faisait partie; sinon
l'évangéliste aurait écrit
les Dix comme en Ac 2,14D. Il auraient donc croisé
un autre Simon. À moins qu’il ne faille
préférer l’ accusatif
legontas et entrevoir dans le nominatif legontes une erreur
de scribe. Au quel cas les Apôtres sachant grâce
à Pierre que Jésus était vivant le
clamaient aux deux disciples qui arrivaient.
L’épître de Paul ferait pencher pour
cette solution.
Reste la question fondamentale:
qui était le compagnon de Kléopas?
- -
Se fondant sur la notification de Paul dans
l’épître aux Corinthiens(1Co15:7), la tradition y
voyait Jacques, le frère de Jean dit Jacques le Majeur.
Dans
les représentations de la Cène d'Emmaüs
apparaît parfois une coquille sur le vêtement ou le chapeau du
compagnon de Kleopas qui passait pour Jacques Le majeur puisqu'il
est au centre du culte de St Jacques de
Compostelle. L'expression “pèlerins
d'Emmaüs”, a été influencée par ce pèlerinage.

Pourtant il était bien
clair que ce ne pouvait être lui puisqu'il était l'un des Douze Apôtres
et que
les deux compagnons trouvèrent réunis à leur retour les Onze, sc'est-à
dire les Douze moins Judas. En identifiant le compagnon de Kléopas
à Jacques
le Majeur, on ne tenait pas compte de cette précision Lucanienne. Lui
substituer l'Apôtre Jacques fils d'Alphée reviendrait au même. Il
faut donc chercher ailleurs.
- - Hégésippe cité par Eusèbe
penchait pour le fils de Kléopas, qu’il pensait
avoir pris la relève de la communauté de
Jérusalem à la mort de son cousin Jacob en 62. Il
l’appelait Simon.
- - Grégoire le Grand dans le prologue de son commentaire sur
Daniel répercutait une tradition à laquelle il
n’ajoutait pas foi; un autre helléniste
accompagnait le grec Kléopas , quelqu’un de grand
renom, à savoir, Luc
l’évangéliste. Jacques de Voragine et
des mystiques comme Anne Catherine Emmerich avaient accueilli cette
idée. Effectivement le récit, deux fois
plus long que celui de l’apparition aux femmes ou bien aux
Apôtres réunis, était le fruit du
témoignage, notamment sur ce qu’il en avait
été de la mort de Jésus et des
responsables impliqués. Les termes eux
mêmes étaient connexes à ceux du
Testimonium Flavianum. Ce disciple était bien connu et
aimé de Jésus pour être la
première personne à qui il avait
souhaité se montrer vivant. Toutefois cette volonté de rester caché ne
correspond pas à
l’évangéliste qui
s’impliquait personnellement dans son prologue et employait le nous dans les
Actes. Pour avoir suivi Paul il n’était pas de
tendance hébraïsante et moins marqué
politiquement que ce Kléopas aux sympathies
zélotes.
- - Mais Luc lui-même ne donnait-il pas des
éléments suceptibles de laisser percevoir le
visage de cet énigmatique personnage qui sortant
de Jérusalem ce soir là, souhaitait se
démarquer des Onze? À travers les quatre
références littéraires au patriarche Jacob
(24:2,10,13,23) se laisse profiler celui que Paul appelait
“Jacques, le frère du Seigneur” .
- Une citation de
l’Évangile aux Hébreux dans les fragments gardés par
Jérôme confirme cette identification:
«“Et quand le Seigneur eut donné le
tissu de lin au serviteur du prêtre, il vint à
Jacob se manifestant à lui. Jacob avait
juré qu'il ne mangerait pas de pain depuis l’heure
où il avait bu à la coupe du Seigneur
jusqu'à ce qu'il le vît relevé de ce
sommeil”. Et aussi: “Apportez
une table et du pain!” Et immédiatement
après: fut apporté du pain qu’il rompit
et bénit, le donnant à Jacob le juste en lui
disant: “Mon frère, mange ton
pain parce que le Fils de l'homme s’est
relevé du sommeil”».Jérôme, Hommes Illustres II
Le
titre “Fils de l’homme” , un titre si
vite disparu des écrits apostoliques, est un gage
d’ancienneté.
Trop jeune pour être l’un des Douze comme son
frère Juda, Jacques était néanmoins
pressenti pour prendre la relève. Après la
rencontre d'OULAMMAUS, il eut la force de revenir vers
Jérusalem
parmi les Apôtres. Vraie conversion que de revenir
vers ces pêcheurs!
Nathanaël
Or “Fils de l’homme” se retrouvait
étroitement lié à Jacob sous la plume
de l’évangéliste Jean:
“Vous
verrez le ciel s’ouvrir et les anges de Dieu monter et
descendre au dessus du Fils de l’homme!”
une allusion au rêve de Jacob lorsqu’il
s’endormit à Béthel. Elle
était prononcée devant un certain
Nathanaël - ou don de Dieu - qui pouvait
n’être qu’un prête nom pour ce
vrai Israëlite que Jésus disait sans
ruse. L'évangéliste Jean , très
marqué par la personnalité de Jacques, lui a
donné une grande importance dans son
évangile. Car c'est probablement lui qu'il convient de
discerner sous le disciple bien-aimé.


36 - * [et il leur dit: Paix à vous].
Addition issue de Jn 20,19,21,26, mais dont l’insertion est
ici peu appropriée au regard de la réaction
d’effroi qui suivit chez les disciples.
37 - Fantôme.
Une image plus parlante que le mot esprit.
39 -Voyez...que c’est bien moi.
La place du pronom auton entre le sujet et le verbe incite
à lire une tournure familière et non la
révélation sinaïtique Je Suis, comme en
22,70.
40 - *[Et disant cela il leur montra les mains et les pieds]
C’était là une
réitération du v.39 et elle
n’est pas dans le codex Bezæ. Elle avait pour objet
de mettre l’accent sur les mains et les pieds qui, selon
Jean, auraient gardé la trace des clous. Cependant, pour
Luc, Jésus ne montrait pas ses plaies mais la
réalité de son corps vivant. L’ajout de
ce verset visait donc,à harmoniser leurs dire, mais sans
aller jusqu’à introduire en Luc une remarque qui
n’y était pas.
44 -Tout ce qui est écrit dans la loi de Moïse, et
*(les) Prophètes et Psaumes à mon sujet.
Si la “Loi de Moïse” ,
désignait les lois coutumières par opposition
à la “Loi du Seigneur” (la
Torah), par contre, “La loi de Moïse,
Prophètes et Psaumes”, constituait une expression
consacrée, comme un intitulé du corpus biblique
(hébreu: le Tanakh formé de la Torah,
Néviim, Ketouvim)188.
46 - Ainsi qu’il est écrit : le Christ souffrir et
se lever *[d’entre les morts] le troisième jour.
Comme en 9,22 et 18,33 Jésus disait se lever
après avoir été mis à mort.
Lui qui avait mis son esprit entre les mains du Père,
avait-il connu dans la mort le même état que tout
humain? “D’entre les morts”
apparaît comme un ajout à la parole initiale, qui
a son origine dans la prédication apostolique (Ac3,15).
47 - Et être proclamé sur son Nom, repentance et libération des péchés.
Une nuance avec
“et” là où d'
autres témoins scrtpturaires ont la préposition
eis , en vue de; la prédication invite au repentir
et annonce le salut en Jésus.
Les trois verbes du verset sont trois infinitifs qui ne sont pas
commandés par il faut; ni par une quelconque autre
expression. Ils peuvent correspondre à trois phrases
exclamatives.
En direction de toutes les nations
Ôs devant epi est explétif, indiquant la direction
vers une destination avec un mouvement. La formule est plus
littéraire qu’avec le simple eis. Elle
n’intimait pas le commandement de se rendre dans toutes les
nations mais d’annoncer à leur intention.
49 - Et moi j'envoie la promesse
*[du Père] de moi, sur vous.
Jésus allait
envoyer sur ses disciples ce qu'il leur avait promis; en effet, il
s'était engagé à leur donner la sagesse de la
parole, sagessse de l'Esprit Saint (12,12, 21,15). En
référant cette promesse au Père, par un ajout
inspiré de Ac 1,4, s'inscrivait une dimension
Trinitaire dans les propos de Jésus.
- 51- Et comme il les bénissait, Il se distança
d'eux
- De même que Jésus
s'était tenu (v.36) subitement au milieu des
Apôtres, aussi soudainement il se tint en retrait d'eux. L'humilité
même du Christ.
- * [il se sépara d'eux et
il était emporté au ciel; et eux s'étant
prosternés devant lui].
- Ce verset du texte alexandrin est une addition en
harmonie avec le début des Actes
- où le retirement de
Jésus est présenté comme une ascension
glorieuse (Ac 1, 10-11) .
- Cette image qui n'est pas de style
lucanien semble avoir été raccrochée tardivement au livre des Actes,
jusqu'à rejaillir sur la finale de l'évangile. Que Jésus soit apparu et se
soit retiré le même jour c'était trop court
pour être pris en considération dans
l'annonce de sa Résurrection. Par contre quarante jours entre la
Résurrection et l'Ascension constituaient un
temps suffisamment consistant et chargé de symbolique. De même que le temps du
ministère de Jésus fut allongé de un à
trois ans, de même le temps de ses apparitions a pu se voir
prolonger de un à quarante jours.
- L'image
sur laquelle s'achevait l'évangile n'était pas
l'ascension du Christ dans les nuées du ciel, mais celle de
la bénédiction accordée à
ses Apôtres et à ses disciples
rassemblés, et plus loin derrière eux
à la ville de Jérusalem :
- “Que
Le Seigneur te bénisse et te garde, qu'il fasse pour toi
rayonner son visage, que le Seigneur te découvre sa face te
prenne en grace et t'apporte la paix.”
- Ainsi Jésus se
séparait des siens dans l'acte sacerdotal par excellence
qu'est celui de la bénédiction.
-