Judas avait été choisi par Jésus pour être l'un des Douze (Luc 6:16).
Il semble que nombre d'avertissement aient été prononcés à son intention, depuis celui de Luc 17:1-4 jusqu'au dernier, lors de la Cène :
Mais Oï à celui par qui il est livré» Luc 22:2
Son homonyme Judas de Jacques, (l'Apôtre Jude) nommé juste avant lui dans la liste des Douze, dut ressentir sa trahison de manière très aiguë et derrière l'épître qu'il a laissée, semble surgir la figure de Judas Iscarioth:
Les messagers qui n'ont pas gardé leur dignité, mais qui ont abandonné leur propre demeure...
ils se sont jetés pour un salaire dans l'égarement de Balaam...
C'est aussi pour eux qu'Énoch, le septième depuis Adam, a prophétisé... » Epître de Jude.
Jude se référait au Livre d'Énoch, composé de parties écrites à différentes époques; sa citation appartenait à la partie la plus ancienne remontant au premier siècle avant l'ère chrétienne et très tôt traduite en Grec. On y lit également ceci:
«Que deviendra la demeure du pécheur ? Où sera le lieu de repos de celui qui aura rejeté le Seigneur ? Oh ! qu'il vaudrait mieux pour lui, qu'il n'eût jamais existé ! » Enoch 38(37)/2
Ne serait-ce pas au livre d'Enoch qu'après avoir pris connaissance de l'épître de Jude, l'évangéliste Marc aurait repris ce verset, bien connu, relatif à Judas:
«beau pour lui si cet humain là n'était pas né» Mc 14:21 et Mt 26:24 ?La phrases d'Enoch et celle de Marc étaient semblables, mais non leur contexte. L'avertissement ou la plainte émise par l'auteur d'Énoch, devenait sous la plume de Marc une condamnation sans appel: Jésus émettait le regret que judas soit né.
Reprenant ce verset à Marc, l'évangéliste Matthieu (Mt 26:24), lui adjoignit un épisode sur la mort de l'Apôtre, dont le remords aurait été accompagné d'un acte désespéré. Pour avoir été prononcée devant Judas la sentence «beau pour lui si cet humain là n'était pas né» prenait un poids considérable dans les motivations de son dernier geste. Matthieu en était-il conscient?Son récit, fait d'emprunts littéraires, notamment au livre des Rois , visait surtout à atténuer la noirceur du personnage.
L'acte désespéré de Judas paraît poindre sous cette parole de l'évangile de Jean:
Quand j'étais avec eux, moi je les ai gardés en
ton nom que tu m'as donné. Je les ai sauvegardés, et pas un d'eux ne
s'est perdu, sauf le fils de la perdition, pour que l'Écriture soit
accomplie» Jn 17:12
De quelle Écriture était-il question?
Je ne dis pas cela de vous tous : je sais qui j'ai choisi, mais pour que s'accomplisse l'Écriture : 'Celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon'. Jn 13:18
Jean s'appuyait sur un verset du Psaume 41; de là à conclure qu'il était programmé que Judas livrerait Jésus... il n'y a qu'un pas que certains n'ont pas manqué de faire.
Jésus avait-il fait choix de Judas en
connaissance de cause?
La réponse à cette question a motivé
l'auteur qui, au second
siècle, écrivit l'évangile de Judas.
JUDAS : l'INTENDANT DE LA COMMUNAUTÉ
Les récits de Luc, dans l'évangile comme dans les Actes sont fondés sur la liberté:Celle de Jésus choissant Judas et celle de Judas ne renonçant pas à le renier.
Au sein des Douze, Judas avait reçu un service (diakonia) par tirage au sort; c'est ainsi, en effet, que doit se lire Ac1:17 :
Il tira le sort de cette diakonie» ,
C'est bien ainsi que Jean avait compris les choses puisqu'il disait que Judas tenait la bourse communautaire (Jn 13:29).
Jésus n'avait pas considéré avec mépris cette tâche et il n'avait pas non plus laissé Judas l'exercer tout seul. En effet lors de la dernière Cène il disait devant tous:
La mort de Judas est rapportée dans le premier chapitre des Actes comme une punition :
