oulammaus




    Documentation




  1. La villle d'Ammaus/Emmaus et l'onomastique 
  2. l'Emmaus des Croisés
  3. La localisation d'Oulammaus  
  4. Notes

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  AMMAOUS  ET  L'ONOMASTIQUE
La ville de Judée qui avait été le theâtre de la victoire de Judas Maccabée  sur Nicanor et Gorgias en 166 était  AMMAOUS. (1Mb 3:40,57;  4:3,  9:50).  Son nom figurait  avec un A initial  dans les quatre occurrences de la Septante ou de la Vulgate latine, et ce, quels que soient les manuscrits.
Même accord sur le  A initial pour trois des quatre occurrences des oeuvres de Flavius Josèphe. Dans la “Guerre des Juifs”, l'historien donnait la déclinaison AMMAOUNTA (de la même manière Jéricho HIERICOUNTA AJ 13:15) , et dans le  parallèle des Antiquités, il l'orthographiait EMMAOUNTA avec un E. (3)

AMAUANTE
sur la table de Peutinger, ci-contre, est  donc la toparchie d'AMMAOUS, aujourd'hui AMOUAS.
AMMAOUS avec l'initiale A  au verset 24:13 de l'évangile de Luc est majoritaire  dans les vieilles traductions Latines antérieures à la Vulgate(4). Cependant, dans une partie d'entre elles,  AMMAUS  a été pris pour un nom de personne:
emmaüs baptistere
« Et d'eux d'entre eux , ce même jour , se rendaient vers un village distant   de Jérusalem, de 60 stades, du nom d'Ammaus et Cléopas...»(5)
En rajoutant Cléopas en fin de phrase on donnait à entendre qu'AMMAUS était le compagnon de Cléopas. Ambroise de Milan (339-397) qui devait avoir  sous les yeux une de ces anciennes versions latines faites à Carthage vers la fin du second siècle, commentait ce passage en disant que Cléopas et Amaus cheminaient avec tristesse (6).
Quelle qu'en soit l'interprétation, AMMAUS était la retranscription latine d'un   correspondant grec qui n'était autre qu'AMMAOUS.


AMMAOUS - NICOPOLIS

Sous l'empereur Héliogabale, AMMAOUS  fut rebaptisée  NICOPOLIS ce qui signifie “cité de la victoire” .
- Pour les Romains c'était la Victoire de Rome sur Jérusalem en 70 et 135.
- Pour les lecteurs des livres saints, l'AMMAOUS biblique avait été le  lieu de la victoire de Judas Maccabée.
- Pour Origène à qui on attribue l' identification  du village de l'évangile à la ville 'd'AMMAOUS, ou  pour Jules l'Africain qui présida à sa rénovation  sous Alexandre Sévère  (Eusèbe, chronique  11, 178f.), le nouveau  nom pouvait inviter à célébrer la victoire du Christ sur la mort. 
emmaüs baptistereBaptistère cruciforme de la seconde église Byzantine d'Emmaüs- Nicopolis
L'identification d' AMMAOUS au village de l'évangile  s'officialisa  progressivement; elle fut appuyée par Eusèbe  ; le  pèlerin de Bordeaux en mentionnant rapidement NICOPOLIS dans son compte-rendu de  333, la passait sous silence; par contre Jérôme indiquait la construction d'une église sur la maison présumée de Cléopas (Epître108:8 Peregrinatio Paulae). Les vestiges d'un baptistère et  de deux basiliques édifiées aux IVème et Vème siècles manifestent  l'importance du pèlerinage dès une haute époque.
emmaus 1 - Basilique : l'abside est d'époque paléo-
chrétienne sinon Byzantine, la nef du XIIème siècle
2- Inscription grecque
3 - Abside sud avec niche reliquaire
4 - Baptistère et réservoir
5 - Basilique Nord
6 - Restes de mosaïques et passage entre les deux basiliques
7 - Carrière de pierres
8 - Zone de sépultures et mosaïques
9 - Restes de mosaïques
10 - résidences.
Les Croisés reconstruisirent nombre d'églises byzantines et parmi elles, celle  d'AMMAOUS. À leur départ le site retourna à son état antérieur ; c'est avec le rachat des terrains par le Carmel de Bethléem dans la seconde moitié du XIXème siècle qu'il y eut un renouveau du pèlerinage.


    EMMAOUS    

Mais pourquoi, dans le texte grec des évangiles  lit-on EMMAOUS  au lieu d'AMMAOUS ?

EMMAOUS
avec un E initial est dans l'Historia Naturalis de Pline l'Ancien publiée en Latin un an avant qu'il ne meurt victime des laves du Vésuve en 79; il y avait recensé les dix circonscriptions administratives de la Judée, telles qu'elle avaient été redessinées après la guerre de 70 :
 «La Judée même est divisée en dix toparchies, dans l'ordre suivant : celle de Jéricho, plantée de palmiers, arrosée de sources; celle d'Emmaüm, celle de Lydda, celle de Joppé, celle d'Acrabatène, celle de Gophna, celle de Thamna, celle de Bethleptephe, celle d'Orine, où fut Jérusalem, la plus célèbre des villes non de la Judée seulement, mais de l'Orient; celle d'Herodium, avec une ville illustre du même nom.» (7)
Le changement  serait donc à imputer à l'administration romaine qui avait  enrégistré EMMAUS avec un E initial dans ses documents officiels  grecs et latins.
En Hébreu , l'initiale était vraisemblablement, un  aleph. L'Onomasticon d'Eusèbe, atteste que le aleph hébreu était retranscrit  par l'alpha grec, sinon par un Epsilon (8)
C'est ainsi qu' EMMAOUS avec Epsilon s'est retrouvé dans les manuscrits grecs de l'évangile, avec pour premier représentant le papyrus  de la collection Bodmer ( P75) remontant aux années 170-220, puis dans les travaux d'Eusèbe et de Jérôme.
Les témoignages épigraphiques  font défaut qui nous en auraient appris davantage.


    L'EMMAUS  DES CROISÉS      

Les Croisés rebâtirent l'église d' AMMAOUS/NICOPOLIS; mais ils n'étaient pas convaincus que   la ville ait été le lieu indiqué par Luc : Le soleil déclinait quand les voyageurs  arrivèrent à destination; ils en repartirent aussitôt après le repas  et refirent  le chemin en sens inverse. Entre AMMAOUS et Jérusalem la distance  est de 26 km par la route Nord, 32km par la route Sud; l'aller-retour de dix-douze heures minimum que cela suppose est peu compatible avec les détails du récit; mais  c'est surtout  en désaccord avec Luc qui avait pris soin d'évaluer la distance  à soixante  stades seulement, soit 11km. L'ajout  du chiffre cent devant soixante au IVème siècle, dans le codex Sinaïticus et les manuscrits affiliés, visait à rendre crédible cette identification.

Aussi les Croisés  ont-ils recherché  un village de même consonnance aux abords de Jérusalem.
Dans le livre de Josué (Jos18:26) étaient énumérés plusieurs lieux-dits précédés en Hébreu d'un article: ha Mitspé, ha Kephira, ha Motza ; cet article disaparaissait dans la LXX , mais curieusement, non pour  ha-MOTZA : il avait été  rattaché au nom jusqu'à former  AMWSA, selon le codex Alexandrinus (AMWKH selon le codex Vaticanus). Flavius Josèphe évoquait lui aussi ce lieu, orthographié  AMASSA dans la transcription latine de  sa Guerre des Juifs;    il faut préciser que les manuscrits latins en sont les témoins les plus anciens (IX-Xème siècles). Flavius Josèphe   situait  ce lieu à 30 stades de Jérusalem et, comme le Talmud, il  indiquait  le nouveau nom  donné par l'armée romaine: KOLONIE , du Latin colonia (GJ 7.10.9 v.217).  A MOTZA, on venait  cueillir des branches pour la fête de Sukkôt (TB sukkah 45a). 

AMWSA pouvait faire penser à AMMOUS et  les Croisés n'hésitèrent pas à retoucher les textes de manière à faire coïncider la topographie, l'Évangile et les sources scripturaires. En effet dans les manuscrits grecs de la Guerre des Juifs - [ et ceux qui nous sont parvenus ne sont pas antérieurs au XIème siècle ] - AMWSA fut écrit AMMAOUS,  et sur l'un des  manuscrits, la distance de trente stades fut changée en  soixante pour correspondre au texte de Luc. Car si cet AMMAUS avait été présent dans le texte de la Guerre des Juifs, avant que les Croisés ne s'y intéressent, Origène  Eusèbe sinon  Jérôme  l'y auraient forcément détecté et fait le rapprochement avec l'Évangile.  

On racontait  (cf  Sozomenus Histoire ecclésiastique V, 21) qu'en arrivant au village qui se trouvait à l'embranchement de trois voies romaines (trivium),  Jésus s'était lavé les pieds à une fontaine aux eaux devenues miraculeuses ; il fallait donc que le choix du nouveau site en tienne compte.

AMWSA/KOLONIE  se trouvait sur la voie conduisant à AMMAUS/NICOPOLIS; bien qu'à un carrefour et arrosée de sources réputées encore à l'époque byzantine, elle  n' était pas  à la distance voulue; par contre sur la même route, au carrefour suivant  et  à soixante stades de Jérusalem, les attentes  n'étaient pas décues.
el qubeibeh
L'ordre des Hospitaliers y construisit une église dont la crypte enserrait des citernes d'époque romaines alimentées par des sources et qui avaient constitué le réservoir d' un caravansérail construit sous la dynastie Abasside. Le lieu ut dénommé  FONTAINE EMMAUS,(11); c'est l'actuelle ABU GOSH.
Le site se confondait avec Kyriat Yearim (Kiriat Jearim) où l'Arche d'Alliance aurait séjourné une vingtaine d'années avant d'être transférée à Jérusalem par David. L'église fut  dédiée à Jérémie, le prophète de l'alliance et couverte de fresques restaurées depuis peu.
On avait ainsi trouvé le moyen d'associer le repas d'Emmaus à un contexte biblique porteur de sens.  Mais avec la chute en 1187 du royaume des Francs de Palestine, le site fut abandonné;  les pèlerins empruntèrent un nouvel itinéraire qui força à trouver  un substitut  à Abu Gosh.
Près d'El QUBEIBEH à environ 70 stades de Jérusalem, un ancien fort romain , fut dénommé "CASTELLUM EMMAUS".  Les fouilles n'ont pas apporté la preuve de substructures byzantines.

Le souvenir de la dernière Cène de Jésus reste attaché à tous ces différents lieux EMMAUS/NICOPOLIS,  ABU GOSH et El KUBEIBEH  , tant qu'aucune preuve n'émerge du dossier historique (11) autorisant à conclure qu'en l'un d'eux, précisément, Jésus fit étape le soir de sa Résurrection. Deux sont des "inventions" de l'époque des Croisés , tandis que le premier est bien éloigné de Jérusalem pour permettre d'opter positivement en sa faveur.
Retrouver le site de MOTZA, auquel les Croisés avaient préféré ABU GOSH,  a été l'objectif  de C.P Thiede qui y conduisit des fouilles en 2001 après celles notamment de E. Eisenberg en 1973 qui avaient révélé des structures d'époque byzantine (11).
Mais la dénomination habituelle au Ier siècle était MOTZA  ; pour les besoins de la cause, les copistes de l'époque Croisée  l'écrivirent AMMAOUS.





    IDENTIFICATION  D'OULAMMAUS     


Eusèbe de Césarée dans son Onomastique des lieux de Terre Sainte, considérait Oulammaus,  avec LOUZA, comme un premier nom de BÉTHEL.


“Béthel, maintenant est un village distant d'Ailias (Aelia Capitolina, Jérusalem) de 12 bornes, à droite en allant vers Néapolis, mais Oullamaus auparavant était appelé aussi Louza. Elle devint aussi partie de la tribu de Benjamin limitée par Bethaun et Gai. Josué la combattit supprimant son roi. 8oulammaus bethel

OULAMMAOUS venait inopinément au milieu de la phrase. Eusèbe n'avait pas cherché  à s'en expliquer; Il avait simplement repris le terme à la LXX ; à la lettre L de son dictionnaire,   il recensait à nouveau LOUZA mais sans  rappel d' OULAMMAOUS:
LOUZA que Jacob surnomma BÉTHEL: habité jusqu'à aujourd'hui, le village  se trouve à gauche de la route conduisant à Aelia en venant de Néapolis ; il revint à la tribu de Benjamin. 

Détail précieux entre tous: il donnait la  position exacte du village  à 12 bornes milliaires (17,8 km) de Jérusalem sur la route menant à Neapolis (Nablus ou Shechem), détail repris par Jérôme:
bethel jerôme
Dans sa traduction latine de l'Onomasticon, Jérôme   donnait la signification de LUZA , non pas en Latin, comme on s'y attendrait mais en Grec:  AMUGDALON, c'était l'AmandeLuz en Gn 30:37 étant une branche d'amandier. En parcourant les lieux le Pèlerin de Bordeaux écrivait qu'on y voyait l'amandier mais il ne racontait pas les légendes qui lui étaient liées.
Il pouvait y avoir là encore un jeu de mots car en Hébreu HA - MUGDALON , désignait une tour ou une fortification et  BÉTHEL avait été fortifée par le Syrien Bacchidès (IM 9:50); Vespasien  s'en empara en 69 et profitant des fortifications il y laissa une garnison (GJ IV,9,9).
Sur la mosaïque  de Madaba du VIème siècle, au-dessus de HAGIA POLIS, se lit  l'inscription

 
«LUZA qui est aussi BETHEL»

elle est  soulignée d'une porte entre deux tours, signalant une fortification.
bethel jerôme
 
Une église Constantinienne avait été bâtie dans le village de BÉTHEL  et elle était, selon Jérôme, accompagnée d'un couvent (Epist., CVIII, 13). Y étaient commémorés les évènements bibliques : le songe de Jacob et l'envoi d'un prophète à Jéroboam.  Le village était largement christianisé à suivre la lettre d'Épiphane  à Jean de Jérusalem (13).

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  IDENTIFICATION  DU SITE  D'OULAMMAUS /  BÉTHEL


En dépit de son importance biblique et stratégique la localisation du village de Béthel - tel que le connaissaient  Flavius Joseph et Eusèbe - s'est perdue avec l'invasion Arabe et sa redécouverte s'est accompagnée de nombreux questionnements que les repérages topographiques et les fouilles archéologiques ont laisssés en suspens.

   CON-FUSION  LITTÉRAIRE  DE BÉTHEL  ET  BÉTHAUN     

BETHEL  était proche de  BETHAUN (ou BET-AVEN). Nommées ensemble en Josué 18:13, elles étaient  dans le lot de la tribu de Benjamin, à la frontière d' Ephraïm.
En venant de Jéricho, la route traversait un désert montagneux avant de les atteindre. Le report sur les cartes anciennes ne se référait pas à des relevés de terrrain mais  répondait à la volonté d' illustrer les récits bibliques.
Maison de EL et maison d'Aun étaient leur étymologie respective, chaque site ayant été  consacré à la divinité. L'hébreu און  (AUN), signifie richesse, fortune, force et vigueur, mais aussi, vanité, deuil, idolâtrie, fausseté. Cette ambivalence incitait au jeu de mots et le prophète Amos tonnant contre les prêtres du culte du veau d'or  institué par Jéroboam à BETHEL , annonçait que la ville allait être en deuil (AUN) (Am 5:5). À sa suite, Osée s'insurgeait contre les prêtres de BETH-AUN (Os  4:15; 5:8;10:5), en lieu et place de BETHEL; littérairement BETHAUN s'était superposée à   BETHEL , le lieu de la manifestation divine ayant été profané par l'adoration du veau d'or. Le traducteur  de la LXX choisit de ne pas inscrire le nom de BETHEL mais  sa traduction OIKOS THEOU ou encore TOPOS THEOU (Gn 28:19 et 31:13) ; similairement dans le texte d'Osée il n'inscrivit pas  BETHAUN, mais  OIKOS WN,  maison d'AUN comme s'il s'agissait de BETHEL  passée au culte idolâtre du dieu AUN.
Cette fusion littéraire , s'est  répercutée dans les écrits talmudiques et dans ceux de Jérôme , comme si, topographiquement  les deux sites étaient indistincts (10). Eusèbe  les recensait dans son Onomasticon comme deux sites distincts au  temps de Josué, mais il ne disait pas que BETHAUN  subsistait à l' époque où lui-même écrivait.
Le pèlerin dit “l'Anonyme de Bordeaux” , lors de son pèlerinage en Terre Sainte en 333, consignait le lieu du songe de Jacob :
«À 28 milles de là, sur la gauche, comme on va vers Jérusalem, il y a un village nommé BÉTHAR - À un mille de là se trouve l’endroit où Jacob a dormi lorsqu’il se rendit en voyage en Mésopotamie. Et là se trouve l'amandier. Là Jacob eut sa vision et l'ange combattit avec lui. Là était Jéroboam lorsque le prophète lui fut envoyé... De là à Jérusalem ,12 milles.»
Mais Béthar,  était-ce  Béthel ou bien  Béthaun?


   LOCALISATION  DE  BÉTHEL 

Sur les cartes anciennes de Jérusalem fut indiquée parfois la direction de BETHEL depuis la porte de Benjamin. Sur la carte   de 1584 il y a même deux Béthel: celle du songe de Jacob, près de Jérusalem; l'autre, à côté de Sichem sur le mont Garizim en  écho aux  traditions Samaritaines.
bethel 1584
1486


1884
bethel 1584
1584
bethel 1584
1590
En 1838,  Edward Robinson recueillait des habitants de la région, une tradition selon laquelle les ruines de l'ancien village chrétien de BEITIN , à l'Est de Ramallah, correspondait à la BÉTHEL biblique. Le site fut photographié en 1880 par Bonfils.

Le recensement des bornes milliaires  encore en place entre 1870 et 1880, lors des relevés topographiques «Survey of Western Palestine»,  est venu appuyer cette identification. Elles étaient au nombre de trois sur la route de Jérusalem à Néapolis, avant BEITIN; elles remontaient à Marc-Aurèle et  avaient pour numéro 3 et 5 (SWP vol III, p 130-131); la troisième dont l' inscription était effacée, apparaît à hauteur de  Khirbet esh-She sur la carte “Roman Palestine map” de M. Avi Yonah, dressée en 1940-44.

 La route suivait la ligne de crête et n'offrait pas de dénivelées susceptibles de modifier, de manière significative, le rapport à la distance réelle et, sur la carte, le curvimètre relève la même distance de la porte de Damas à la  borne 3  et de cette dernière à la borne cinq ;  la borne au chiffre  I se trouvait donc  à la porte de Damas .  La distance étant double entre la borne 5 et la dernière au chiffre lacunaire, celui-ci devait être un IX . 

À partir de là, le relief étant plus mouvementé, l'évaluation de l'implantation des bornes se fait plus approximative; la borne XII pouvait se trouver aux abords de BEITIN, conformément aux indications d'Eusèbe et  de Jérôme qui comptaient 12 bornes entre Béthel et Jérusalem, soit 18 km, le mille romain équivalant à  1km480.
Survey of Western Palestine 1870-80 voie romaine Jerusalem Bethel


«Survey of Western Palestine,
1870-80» n°17
moyen format; 











Sur la mosaïque de  Madaba, La colonne au départ du Cardo, à la porte de Damas, était le point de départ du bornage.
survey of western palestine, Beitin
Carte 14
moyen format;


madaba bethel

La distance  est de trois km entre BEITIN et  El BIREH puis de quinze jusqu'à  Jérusalem.
En se basant sur le résultat des fouilles  conduites en 1934, AE Rainey, a estimé pouvoir confirmer l'identification de BETHEL à BEITIN , la stratigraphie du tell témoignant d'une occupation à l'âge du bronze et du fer qui n'aurait pas de concurrent dans les environs immédiats.

.Toutefois Devant certaines lacunes du dossier archéologique et la difficulté de déterminer l'emplacement d'autres sites,  D Livingston s'est essayé à une nouvelle lecture topographique  en restituant  le chiffre XI sur la borne à l'inscription effacée et en identifiant l'ancienne  BETHEL à EL BIREH ; mais celle-ci n'est  qu'à 15km de Jérusalem. Par ses fouilles conduites sur le tell voisin de Khirbet Nisya il n'est pas non plus parvenu à convaincre qu'il s'agissait de celui d'  AI.

À EL BIREH comme à BEITIN, les Croisés  commémorèrent le pèlerinage des parents de Jésus à Jérusalem.  A douze ans - dans sa treizième année, l'année de sa bar-mitzva, -  il les accompagnait lors du pèlerinage de la Pâque. Au retour il resta à Jérusalem à leur insu et ils ne le trouvèrent pas, le soir,  à l'étape ; ils refirent le  chemin en sens inverse, pour le retrouver le troisième jour dans le temple.
En chacune, les Croisés édifièrent une église, dédiée respectivement à Marie et à Joseph  (WSP II, p305).
Celle d'EL BIREH  fut dotée d'un accueil des pèlerins d'un hôpital et défendue par une forteresse. Avec la conquête de Saladin en 1187 l'église fut transformée en mosquée; elle  était encore en partie debout au XIXème siècle. La campagne de fouilles conduite par Y Magen de 1987 à 1991,  n'y a pas révélé de substructures d'époque Constantinienne.
Celle de  BEITIN était  dédiée à st Joseph. A proximité les ruines de BURJ-BEITIN pourraient correspondre a l'église et au monastère auxquels Jérôme faisait allusion.

Bethel 1937
Ruines du Sanctuaire
Sainte Marie à EL BIREH en 1937 
EL BIREH  s'est développée jusqu'à ne former qu'une même agglomération avec Ramallah, tandis que   BEITIN, à l'écart de l'urbanisation,  connue pour ses sources,  est la dernière halte avant le désert montagneux qui s'étend jusqu'à Jéricho. A mi -parcours entre elles deux, bifurquent les  trois voies romaines menant vers le Nord.


       CONCLUSION

Avec OULAMMAOUS, le contexte biblique prend le pas sur l'indication topographique, mais sans la masquer.  Luc avait  rédigé  son livre en Grec à l'intention d'un lecteur qui avait accès à la LXX et pouvait ne  pas ignorer ce que recouvrait ce nom. .
OULAMMAUS
  , attesté jusque dans les traductions latines anciennes du Livre de la Génèse, n'était  pas totalement inconnu des premiers Chrétiens.  Néanmoins ceux qui avaient accès à la Septante en dehors de son courant Alexandrin, ne lisaient pas OULAMMAOUS mais OULAMLOUS. C'est pourquoi, dès la fin du premier siècle, dans le texte de Luc,  ils raccourcirent  un vocable dont le sens leur échappait, en AMMAOUS qu'ils connaissaient  pour être le chef lieu d'une tétrarchie. Le passage  à l'orthographe EMMAOUS  vient du contact avec les documents de l'administration romaine.


1 - Codex Bezae Cantabrigiensis, l'édition  de F H Scrivener  a fait l'objet de réimpressions successives depuis 1889. New Testament Greek manuscripts, édition de Reuben Swanson (1995). Sinon des leçons propres du codex Bezae sont citées en notes de l'édition Nestle Aland, Novum Testamentum Graece, depuis 1927. Mis à part le travail documenté de W. Wilker, elles sont absentes des sites internet qui présentent un apparat critique.

2
Jenny Read-Heimerdinger: ‘Where is Emmaus?’, in Studies in the Early Text of the Gospels  and Acts, D.J. Taylor (ed.), Birmingham University Press, pp. 229-44.
Jenny Read-Heimerdinger with J. Rius-Camps: ‘Emmaous or Oulammaous? Luke’s Use of the Jewish  Scriptures in the Text of Luke 24 in Codex Bezae’, Revista Catalana  de Teologia 27, pp. 23-42.

3- Dans la LXX, en  1Mb 3:40 et 57;  4:3; 9:50 on lit AMMAOUS dans les codicii A B et S. Si EMMAOUS est en 1M4:3 dans le Sinaiticus, c'est de par  la correction d'un scribe qui ne l'a cependant pas reportée sur les autres versets comportant ce vocable. AMMAOUS  est l'une des 11 toparchies de Judée BJ 3:55. La déclinaison AMMAOUNTA (κατ' Ἀμμαοῦντα en BJ 2.63) est EMMAOUNTA en  AJ 17.282.
 
4AMMAUS dans les codicii  a (Vercellensis IVs.), b (Veronensis,Vs), codex l (Berlin, VIIIs.) , ff2 (Paris BN, Vs); Codex e (Trente,Palatinus 1185, Vs) ; codex l (Berlin VIIIs) codex r (Dublin VIIs).
EMAUS codex f (Brescia VIs)

5 - Lc 24:13 «Et ecce duo  ex illis, ibant in ipsa die in castellu, quod aberat spatio stadiorum sexaginta ab Hierusalem, nomine  Ammaus et Cleophas.» ff2 (Paris BN, Vs)
«Fuerunt autem duo ex illis euentes ipsa die in castellum quod est ab Hierosolymis stadia septem, nomine Ammaus et Cleopas» Codex e (Trente,Palatinus 1185, Vs)
«e duo  erant ex illis, eunt .... castellum, quod aberat st.......Hierusalem, nomine  Amaus...as.» codex r (Dublin VIIs).

6 - St Ambroise de Milan q 77.2: «Cleopas (Cleophas CNAB) et Amaus (Emaus N, Emmaus X) euntes in via tristes». Egalement Expositio Evangelii Secundum Lucam (Migne col 1847...1848) et Commentaire sur le Ctq des Ctq ch 49.

7 -  Pline Histoire Naturelle  5,15(14),1, Flavius Josèphe  nommait onze toparchies:  Jérusalem, “qui domine tout le reste comme la tête le corps humain”, Gophna,  Akrabatta,  Thamna, Lydda,  Emmaus, Herodium Jericho  Pella,  Idumea,  Engedi (GJ III, III, 5). Les trois dernières  furent supprimées  à la décennie suivante et remplacées par  Bethleptephe et Joppé. Selon les documents de Babata provenant de Murabba'at (16,1,16), Ein Guedi n'était plus qu'un village elle qui avait été la capitale d'une toparchie du temps de Flavius Josèphe. Batharda était dans le district de Gophna (cf Judaea under roman rule p 178).

8 -Exemple : EPHRATA (Gn35:16) ELLASAR (Gn 14.1), ELIM (Is 15.8) ont un  aleph en Hébreu.

9
Eusèbe, Onomastica, 40:20. La lacune < Oulamma> du texte grec a été restituée notamment d'après  la version syriaque qui comporte ULAMAUS.

10  Jérôme Comm. ad Hoseam,  v, 8; P.L., XXV, 861

11 J. Delaville Le Roulx, Cartulaire général des Hospitaliers de S. Jean de Jérusalem, Paris 1894-1906, Bd. 1,113-114.
 Michel Vincent, Le Complexe Ecclésiatique d’Emmaüs-Nicopolis, Université de Paris Sorbonne, Paris IV, Paris , 1996-1997, Library des Béatitudes . Synthèse en Allemand
C. G. de Silva, Supplementum to the Corpus of the Byzantine Churches in the Holy Land, Levant 14 (1982), 157 (Nr. 44); E. Eisenberg, Motza, RB 82 (1975), 587.
12  Discussion des arguments de D Livingston et  AE Rainey  sur Bethel et Ai 
13 - Bellarmino Bagatti , Ancient Christian Villages of Samaria,  Jerusalem .2002 (trad de l'italien)