9-28 :
Le Christ
...apparaîtra un seconde fois
Jésus doit-il venir une nouvelle
fois dans le monde?
Le Chrétien attend un second
avènement du Christ. Selon
quelles prophéties?
Jean, lorsqu'il était en prison
s'interrogeant à ce
sujet fit demander à Jésus:
“es-tu le venant
ou autre
(allon) attendons-nous?” (Lc 7:19). Jean se demandait si Jésus ne devait pas se
manifester d'une manière “autre”. Et, sur
la montagne, Jésus apparut à sesdisciples
avec un visage “autre”
(allon),
répondant ainsi à la question posée (Lc
9:29). Celle-ci la lui avait été
présentée par deux envoyés, mais avec une
nuance qui révélait leur propre compréhension du
sujet:
“es-tu
celui qui vient ou autre (eteron = un second) attendons-nous?”Lc
7:19D05.
Ils avaient répercuté l'attente
discernable dans les manuscrits de la Mer Morte d'un messie royal et d'
un messie sacerdotal selon deux personnages distincts.
Or ces deux envoyés étaient très
probablement les deux qui furent présentés pour remplacer
Judas, à savoir
Barnabé
et
Matthias,
puisqu'ils correspondaient au critère demandé:
“avoir
suivi depuis le baptême de Jean”.
L'auteur de
l'épître unissant le principe de deux messies au principe
d'un avènement de Jésus sous une forme autre,
était dans
l'attente d'un second avènement du
Christ, si bien qu'il passait la
résurrection sous silence, ou presque.
2-1:“C'est
pourquoi il importe que nous prêtions bien plus d'attention aux
choses entendues”,
l'auteur venait de citer le verset du
Psaume 110 que
Jésus
avait repris à son compte en parlant du Messie Davidique (Lc
20:43) et il semblait se ranger parmi ses témoins.
Cependant il ajoutait:
3 Le
salut fut
confirmé pour nous par les ayants-entendu:
Avait-il été oui ou non
parmi les
témoins de
la première heure? Comment
croiser ce verset avec le précédent? Cela posait
problème puisque le verset 2-1 fut retiré de quelques
manuscrits tardifs (X et XIV s.). On se trouve devant la
subtilité du prologue où Luc parlait
d'évènements accomplis “parmi nous", que
“nous ont transmis ceux qui ont vu par eux mêmes”.
Entendre le témoignage des autres n'empêche pas d'avoir
été témoin soi -mêem, mais dans les deux
cas, les auteurs ont préféré considérer ces
“nous” comme des exhortations de caractère
général, où l'auteur s'incluait pour des raisons
pédagogiques ou spirituelles, sans avoir été
directement concerné.
Cependant, si
le rédacteur de l'épître était
Barnabé, et
s'il fut témoin de l'enseignement donné par Jean dans le
Jourdain, il n'en
restait pas moins redevable aux Apôtres de lui avoir fait part de
leurs premiers moments avec le Christ avant que lui-même ne
devienne l'un des (Soixante-douze) disciples après la mort de
Jean. De leur bouche il reçut vraisemblablement connaissance de
la manifestation glorieuse de Jésus entre Moïse et Elie sur
la montagne et de la parole entendue par eux: “Celui-ci
est
mon
fils bien-aimé en qui j'ai mis ma complaisance,
écoutez-le!”. Parole confirmant
celle entendue lors du
baptême de Jésus.
2-12 Je dirai des hymnes
pour toi:
le verbe est assez peu fréquent dans le
NT
pour être relevé à propos du Lévite
qu'était
Barnabé. Au temple, les Lévites assuraient la
récitation des psaumes.
4-2b la
parole
prêchée:
Littéralement, parole de
l'écoute, c'est à dire
une
parole transmise oralement, une parole de la tradition orale.
9
-1-6 La
première
(alliance) avait un sanctuaire terrestre ... une tente fut
installée ... les prêtres entrent
Les premiers versets du chapitre IX
décrivent non le temple de
Jérusalem
mais la tente de la rencontre de l'époque de l' Exode, comme
modèle des réalités
d'En-Haut;
c'est pourquoi les verbes étaient
à
l'imparfait; mais si l'auteur revenait au présent pour parler au
v.6 de
l'action accomplie par les prêtres au moment où il
écrivait, c'est bien parce que ceux-ci continuaient à
offrir des sacrifices
dans un temple qui était encore debout; sinon il aurait
utilisé l'imparfait à leur propos. Il
écrivait avant 70.
9-8 tant
que la première tente existe:
Le verbe est au
présent; la première tente devenue le temple était
toujours debout; l'auteur n'avait pas vu sa ruine. Il
considérait le temple comme une parabole, jusqu'au temps du
“redressement” (diorthôsis 9:10).
Thème repris
par l'évangéliste Marc qui, sentant venir les
évènements, attendait objectivement la destruction du
temple pour voir s'en rebâtir un nouveau, non fait de main
d'homme (Mc 13,2 D05).
10:33
donnés en
spectacle:
Littéralement: théâtralisés. Le terme assez rare est employé
de manière
générique pour une personne produite en public. Paul
à Ephèse dut
affonter la foule
rassemblée dans le théâtre. Il
serait abusif d'établir un lien direct avec les jeux du
cirque
auxquels les chrétiens furent soumis sous
Néron et Domitien. Après la persécution du temps
d'Étienne qui visait les
synagogues avec emprisonnement et disparitions à l'insu de
l'autorité civile, la persécution d'Agrippa I
contre Jacques et Pierre revêtit un caractère public et
celle de Claude contre les
Chrétiens de Rome vers 51 s' accompagna, forcément, de la
spoliation de leurs
biens.
13:7 le
résultat de leur comportement:
Les
deux termes étaient repris séparément par Paul;
ekbasis en 1Co10:13 comme
“voie
d'issue” et ailleurs à plusieurs reprises anastrophê
avec le sens de “conduite ancienne”. L'expression a
été
comprise comme marquant la fin de vie des dirigeants de la
communauté. Que leur attitude ait été
exemplaire ne signifiait
pas pour autant qu'ils aient succombé jusqu'à être
enterrés sous la couronne du martyr; or ce verset est
invoqué pour dire que l'auteur
appartenait à la seconde génération de
Chrétiens, les premiers dirigeants étant morts. C'est une
interprétation.
13:21
et 25 : Amen!
Le premier Amen paraissait terminer la
lettre. Un second, qui
n'est que dans la moitié des manuscrits , mêem s'il est
davantage là où on l'attend, pourrait avoir
été rajouté tardivement. En effet "la grâce
avec vous" termine habituellement les lettres de Paul, mais pas le
Amen. C'est ce qui a laissé penser qu'il avait été
détenteur d'une lettre écrite par un autre et qu'il
l'aurait adressée à une communauté en ajoutant sa
propre salutation. Peut-être se trouvait-il alors à
Corinthe avec Aquila et Prisca venus d'Italie.
1-2 Il nous a
parlé en un fils:
Surprend l'absence de l'article
défini
devant
“fils”
comme une réflexion sur la nature et l'intensité de la
filiation comme en 5:8 et 7:28: était-elle d'ordre spirituel,
adoptive ou bien
réelle? À Rapprocher de cette
parole de Jésus :
Personne ne
connaît qui est
le Fils sinon le Père, (Lc 10,22)
.
1-2qu'il
a
établi héritier de tout:
L' héritage vient
d'une
succession à la mort d'un parent. Le français comme le
grec donne au terme une acception étroite. Mais l' emploi par la
LXX s'est élargi au sens de l'Hébreu
Iaresh qui
signifie plus généralement
entrer
en possession (de
là
hériter d'une succession,
avoir en partage).
Le choix du terme en He 1,2 et 4 a pu être commandé par la
phrase"
je te donnerai des nations en
héritage, pour
jouissance les extrémités de la terre" qui est le
verset 8 du Psaume 2 cité explicitement au v. 5.
- Héritier de tout , correspondrait à la parole de Jésus:
Tout me
fut remis par le Père (Lc 10:22).
Paul reprit
le terme, mais
dans sa juste acceptation en parlant des fidèles comme
héritiers du Christ, qui à la différence de
Dieu-Père, connut la mort.
1-3 “réverbération
de
sa gloire”:
AP-AUGASMA:
éclat
lumineux
à partir de, d'où
réverbération ;
c'était une référence au livre de la Sagesse
:
La
sagesse est une effluve de la puissance de Dieu, une pure irradiation
de la gloire du Tout-Puissant, nulle souillure ne se glisse en elle,
elle est réverbération de la
lumière éternelle...et image de sa bonté"Sg
7,25-26
.
Le Christ qui s'était
montré
à
trois de ses disciples dans un vêtement
d'éclair (Lc 9,29) se disait être cet éclair même lors de son
Jour :
"Comme l'éclair jaillissant
brille d'un bout de
l'horizon à l'autre, ainsi le Fils de l'homme dans son Jour.
Mais il faut auparavant qu'il souffre beaucoup et soit rejeté de
cette génération"(Lc 17,24).
1-3 "empreinte
de
sa substance" :
XARAKTHR,
ce qui est
gravé dans, une
empreinte; c'était plus fort que
l'idée d'image .
Ces mots trouvent un
écho dans les hymnes liturgiques gardées par Paul :
en
forme de Dieu...égal à Dieu (Ph
2,6-9);
habite
corporellement en lui la plénitude de
la divinité (Col 2:9). Paul,
pour sa part,
reprenant la Sagesse, voyait en Jésus l'
image
de Dieu (2Co4,4)
1-3 à
la droite
de la majesté:
Un rappel de la parole du Christ
devant le
sanhédrin:
“Vous verrez le Fils de
l'homme
siéger à la droite de la puissance”.Lc 22,69
1-4 Il
a
hérité d'un nom :
Celui de Fils
. (plutôt
qu'une l'identification au Nom YHWH comme en Luc 2:21)
Le thème du nom
réapparaît
dans l'hymne transmis par Paul dans son épître aux
Philippiens:
"Il lui a donné le nom
au-dessus de tout nom"Ph
2:9, où le nom est celui de
"Seigneur Jésus
Christ" Ph2:11, qui rejoint la confession de
foi apostolique. L'
hymne qui est bien dans la mouvance de
l'épître aux Hébreux est vraisemblablement du
même auteur, soit qu'il manifeste un stade ultérieur de sa
pensée, soit - et ce qui est plus probable - qu'il ait
été retouché par Paul.
1-5 Je
t'ai
engendré :
Un anthropomorphisme
qui se trouve en Luc 3,21 selon D05 et l'Itala; la citation
est ici en lien avec la
venue au monde du Fils premier né (v6). Un peu plus loin en He
5,5 ce même verbe était, comme dans le Psaume qu'il citait
(2,7), pris au
sens d'une paternité adoptive et associé à
l'onction messianique, royale et sacerdotale. Paul, s'éloignant
de ces lectures, y voyait une image de la résurrection du Christ
par le Père (cf Ac13,33).
Le verbe (Hebr
holid) aurait
été lu, avant qu'il ne s'efface, en 1Q28a/2 (?)11:
"Procédure
pour la
[réu]nion des hommes renommés [...]au banquet tenu par la
communauté du Yahad quand [Dieu] aura en[gen]dré le
Messie".
Manifesté a semblé
davantage crédible à d'autres.
1-6
Le
premier-né :
Luc avait écrit que Marie mit au monde
son fils
"le
premier-né"(Lc 2,7). Le premier-né
était une
des caractéristiques accompagnant le titre du Messie dit
"Fils de Joseph", car le Joseph de la
Bible avait été
béni par son père comme son taureau
"premier-né"(Dt 33:17);
premier-né de Rachel et fils préféré de
Jacob, il s'imposa finalement à ses frères comme leur
aîné. Le Psaume 89 donnait ce rang au Messie Fils de
David:
J'ai conclu une alliance avec mon
élu jurant à
David mon serviteur: j'établis ta lignée pour
toujours...Lui m'appellera mon père...et moi je l'instituerai
premier-né, le très-haut parmi les rois de la terre." Le
psalmiste unifiait sous un seul chef le messie fils de David et fils de
Joseph. Ce titre est encore sur un fragment des manuscrits de la Mer
Morte: "
1Ton Nom; tu assignas son
héritage afin de
pouvoir y établir ton Nom...6 dans la lumière
éternelle, et Tu le nommas ton fils premier-[né, Personne
ne peut]7l'égaler comme prince et maître de ton
monde habité..." 4Q369; 1col 2. Pour le
Midrash, Shemoth
Rabbah 19.7 le “premier-né” était
Jacob-Israël, ou le
peuple selon Ex 4:22
L'expression
"premier-né de
toutes créatures" de l'hymne transmise
par Paul(Col 1,13-20)
fait référence à ce verset de
l'épître aux Hébreux, mais son sens obvie un peu
différent devrait être traduit par
“prototype”:
"Il
est l'image du Dieu invisible, le premier-né (le prototype) de
toute créature".
Le premier-né renvoie aussi à une image sous-jacente
à l'épître: la mort des
premiers-nés des égyptiens
1-8: Mais quant
aux
Fils (il
dit): “Ton trône, ô Dieu, demeure aux siècles
des siècles; c'est un sceptre de droiture que le sceptre de ton
règne”.
À travers cette citation
l'auteur égalait le Fils au
Père, comme Dieu.
1:9 - L'impiété,
Littéralement la “non-loi”,
un terme qui se retrouve
en Luc dans
cette phrase "
écartez-vous de moi vous
artisans de la non-loi".
1-10 Toi
Seigneur tu
as fondé la terre:
Citation du Ps 102,26. Qui en était
le sujet,
Dieu ou
son Messie? Dans la
façon d'intégrer la citation au texte, l'identification
du sujet n'était pas plus claire qu'au v.7.
Le v.10 du chapitre suivant posait clairement comme cause et agent de
la
Création Dieu lui-même (He 2:10). Par contre ce rôle
était reconnu au Christ dans l'hymne gardée par
l'épître aux Colossiens "
tout a
été
créé par lui et pour lui"(Col 1,16
).
1-11 [Terre
et
cieux] périront, Toi tu subsistes: reflet
de la parole
de Jésus:
"Ciel et terre passeront, mes
paroles ne passeront
pas" Lc 21,33
1-13: Siège
à ma droite: Ps 110 cité par
Jésus
lui-même , s'adressant aux Sadducéens à propos du
titre davidique du Messie (Lc 20,42).
2-6 Qu'est-ce
que
le fils d'homme?:
Citation du Psaume 8 qui parlait de
l'homme en général, de tout humain né d'un autre
humain; l'auteur de l'épître, jouant sur les mots, y
voyait Jésus sous son titre
“le
Fils de l' homme”,
(Lc 5,24) mais sans ajouter l'article dans la citation.
2:14 Puisque
les enfants
ont en commun le sang et la chair, lui
pareillement a partagé
les mêmes
conditions, afin par la mort de rendre
impuissant celui qui
avait la
domination de la mort -
Pour
avoir besoin de préciser cela,
l'auteur ne se figurait pas le Christ comme un simple homme
divinisé par Dieu,
mais comme issu de Dieu et venant partager la condition humaine avec
des
frères. Il donnait un sens à l'incarnation: la puissance
sur la mort. Qu'il ait pris la condition d'esclave, se faisant
semblable aux hommes était une affirmation de l'hymne de
Philippiens
2,7.
3-3
celui qui organise:
Le verbe grec (kataskeuazô) concerne la
construction
intérieure d'une ville d'un édifice etc, son
aménagement interne. La maison est à prendre bien
sûr au sens de famille. Comme au chapitre
premier à
propos du
créateur le sujet du verbe passe de Jésus à Dieu
au v.4, suggérant, mais sans l'énoncer, l'équation
entre Jésus et Dieu.
4-1
son repos:
Dieu s'était reposé au septième jour, ce que
commémorait le repos sabbatique. Le terme est en Lc 16,D05 avec
Lazare
reposant dans le
sein d'Abraham.
7-14
il est manifeste
que notre Seigneur a surgi de Juda:
Le
Maître
de Justice était
sensé, lui aussi, relever de la tribu
de
Juda et ses partisans auraient vu en lui le Messie roi et prêtre
devant venir à la fin des temps. Se focalisant sur la tribu,
l'auteur
de l'épître évitait soigneusement la maison dont le
Christ
était issu à
l'intérieur de la tribu; pour se faire Luc avait choisi
l'allusion
: Il a
fait retentir la corne du Salut
dans la maison de David son serviteur. Lc
1:69
. Il
s'était
arrangé de manière à ne pas dire explicitement que
Jésus
relevait de cette tribu, mais Joseph et que, si Jésus
était fils de David, il n'en était pas moins son seigneur.
1-6 Il dit: Que devant
lui se prosternent
les anges : se prosterner
étant réservé à l'acte d'adoration de Dieu,
et de Dieu seul, comme le rappelait Luc (4,8) qui gardait le verbe
à ce seul usage, l'auteur de l'épître faisait du
Chist
l'égal de Dieu. Il se basait des exhortations comme
"prosternez-vous
devant lui vous toutes les divinités! (Ps
96) ou du Psaume 2
v 12:
rois, rendez hommage au Fils; ou encore
"Que se
prosternent les fils de Dieu devant lui et que les anges de Dieu soient
forts pour lui" Dt 32,43 selon le document de
Qumrân qui
respecte la hiérarchie entre les humains (fils de Dieu) et les
Anges. Mais en présentant Dieu intimant directement aux anges
l'ordre de se prosterner devant le premier-né, marquait-il assez
de déférence envers eux?
Paul s'est servi du verbe
se
prosterner pour un nouvel arrivant dans l'assemblée qui, surpris par une
prophétie, se mettait à adorer Dieu (1Co14,25). Mais on
ne voit pas qu'il ait invité à se prosterner devant le
Christ.
1:7 - Faisant
de ses anges des souffles, (peut se lire
également:
faisant des vents ses
messagers / anges).
Le
lecteur ne sait s'il doit considérer comme sujet du verbe Dieu
ou bien le Fils. L'adaptation du Psaume 104:4 aux Anges ne jouait pas
en leur faveur, les rabaissant à l'état d'instruments
entre les mains divines sinon à de simples diacres des hommes
(v14). Si par ce mouvement s'inscrivait une hiérarchie de
nature entre le Christ et les Anges , d'un autre côté
s'inscrivait une dépréciation qui n'est ni chez Luc ni
chez Paul ni dans les autres livres du NT; c'est à se demander
si l'auteur ne se rattachait pas aux Sadducéens - dont
Barnabé pouvait être un tenant en tant que Lévite -
qui se tenaient à distance des idées tant
esséniennes que pharisiennes sur les anges et les esprits (Ac
23:8).
2-2 une
parole dite par
des anges : généralement
comprise comme la parole
donnée à Moïse sur le Sinaï, la Torah.
1-3 la purification
des péchés:
Cette expression est en Job
7,21 et dans le Testament de Levi; elle est heureusement peu
fréquente
car elle est peu
adroite; en effet ce ne sont pas les péchés qui sont
à purifier mais la personne qui est à purifier
de ses péchés (une maladresse qui n'est pas sans rappeler
la guérison des maladies).
Dans
les manuscrits de la Mer Morte le thème de la purification
revient souvent
“Tu as purifié l'esprit perverti d'une
grande
faute”(1QH col11,21; également 4Q284,fr3,5, 4Q512 col
7, fr
29-32, 9)
2-2 une juste rétribution
salariale :
Traduction littérale de
misthapodosia, un hapax
legomenon. L'auteur de
l'épître qualifiait de
rétribution salariale les châtiments encourus par les Hébreux pour avoir
médit de Moïse et d'Aaron; ils s'étaient
attiré des fléaux, comme la morsure
de serpents (Nb 21). Le
châtiment intervient pour réprimer
un acte mauvais ou criminel quand il ne vise pas
l'expiation d'une faute ou la correction d'une attitude en vue d'une
réintégration au sein de la communauté; mais un
châtiment n'est pas synonyme de
rétribution salariale. Le terme
misqapodosia réapparaît
en 10:35
et cette fois dans le sens attendu, de récompense. Son
emploi ici serait sujet à caution.
2-9 par
grâce de
Dieu, pour tout un chacun, il a goûté la mort:
goûter
la mort, une expression employée par les Rabbins à
propos de Moïse : face à la terre
promise, Dieu l'aurait, par un baiser divin, couché dans la
mort; le
lieu de sa sépulture ne fut pas connu. Moïse fut le
premier avec Elie à fouler la terre promise de la
Résurrection.
À leur propos, Jésus avait dit qu'ils ne
goûteraient
pas la mort avant d'avoir vu la royauté de Dieu
manifestée avec puissance; après avoir
contemplé son
visage devenu autre, ils furent soustraits aux regards en entrant dans
la nuée. Elie comme Hénoch évoqué un peu
plus loin (He
9,2)
n'aurait pas connu la mort, sinon une
mort que lui aurait donné de goûter la main du Ciel.
Face à ces exemples, il est
clair que l'expression
goûter
la mort ne s'adapte
pas à la mort ignomigneuse du Christ.
Si le Christ, en remettant son esprit entre les mains du Père,
s'est laissé emporter par le baiser divin, il convient de
dissocier cet évènement précis de la façon
dont la mort
lui fut
infligée par les humains et qui elle reste un meurtre. Le
passer sous silence permettait de mettre cette mort sous le sceau
de la grâce divine.
6-4 ayant
goûté le don céleste: Le verbe
est pris là encore au sens figuré, mais
dans son “juste” sens qui est positif; le
don
céleste est celui du Saint Esprit. (Ac 2,38; 8,20
etc).
2-10 : Il
convenait
que...à travers ses souffrances:
Ce verset
était un rappel de l'engagement pris quatre fois par
Jésus (Lc 9:22,44; 17:25; 18:33) puis rappelé trois fois
(Lc 24:7,26 et 46) de ne pas se soustraire à ce que les hommes
avaient préparé pour lui; et une seule fois, il avait
parlé de
sa gloire plutôt que de sa résurrection:
“Ne fallait-il
pas pour le Christ
souffrir et entrer dans sa gloire?”
(Lc
24,26 ).
La
Bible de Jérusalem donne de ce verset
la traduction suivante :
"Ne fallait-il pas
que le Christ
endurât ces souffrances pour entrer dans sa
gloire?"
La
souffrance “endurée” serait condition
de la gloire.
En fait l'auteur de l'épître aux
Hébreux avait écrit au verset
précédent que Jésus avait été
couronné de gloire
parce qu'il avait souffert la mort.
Son
entrée en gloire était donc la
récompense de
son martyr. Mais
irait-on dire que la résurrection ait été, elle
aussi, une
récompense?
N'était-elle pas plutôt une
restauration rendue nécessaire après la souffrance
infligée par les humains? En
évitant ici la notion de
Résurrection, l'auteur de l'épître aux
Hébreux valorisait dans la mort de Jésus l'aspect du
martyr, parce que celui-ci aurait été nécessaire.
2-5 :
le
monde
à venir:
Littéralement le monde habité sur
le point d'advenir ; la précision “celui dont nous
parlons” l'identifiait au monde sauvé par le Christ. De
manière plus vague les auteurs du NT parlent de l'ère
à venir ou de ce qui vient.
2-8 tu
as tout soumis
sous ses pieds: Citation du Psaume 8 v.7; que
“tout” ait
été soumis au Christ revient par trois fois (et 2 fois au
v 10) avec une insistance qui va jusqu'à faire dire à
l'auteur que Dieu ne lui avait rien laissé d'insoumis. Ce
n'était plus de l'homme en général dont il
était question, comme
dans
le Psaume, mais du Christ. Paul en 1Co15,27 en reprenant ce
thème , ne prenait pas soin de se justifier en citant le Psaume
qui en
était le support; il se contentait d'allusions se faisant
l'écho de l'épître aux Hébreux.
2-14 Le
diable qui
avait la domination sur la mort:
En arrière fond
se détache la tentation présentée depuis le
faîte du temple par le diable disant à Jésus
“jette-toi en bas” , l'incitant à vaincre la mort
par une
intervention extérieure. La repoussant, Jésus a offert
aux humains de vaincre leur propre mort à travers sa passion et
sa résurrection.
2-16:
Il aide la
semence d'Abraham:
Qui éait concerné par le salut apporté par
Jésus? Comme Luc, l'auteur de l'épître aux
Hébreux élargissait le
champ des
fils d'Israël aux fils d'Abraham. À deux reprises, en
effet, Jésus avait fait bénéficier du salut deux
personnes, en insistant sur leur filiation par rapport à
Abraham: une femme courbée dans une synagogue (Lc 13,10) et le
collecteur d'impôts, Zachée(Lc 19,9). Dans la descendance
d'Abraham se laissaient inclure les Samaritains que Jésus avait
mis à l'honneur dans sa prédication et auxquels
s'adressèrent les Apôtres après la
persécution d'Etienne.
En commentant ce passage dans
son
épître aux Romains (ch 5 et 6), Paul étendait le
salut aux fils d'Adam, c'est à-dire à tous les humains
sans exclusion. De toute évidence, son épître
était
beaucoup plus tardive que celle aux Hébreux
rédigée avant que la prédication apostolique ne
gagne les Païens.
2-17 il devait être
semblable en
tout à ses frères en vue d'“ilaskomai”
les
fautes:
Le verbe
ilaskomai signifie:
apaiser
la
colère, se
rendre favorable par des sacrifices; dans la LXX il recouvre l'
hébreu
Kipour, qu'il convient de traduire par
couvrir
la
faute, pardonner comme dans le Psaume 64(65):4, où Dieu est
celui qui couvre les fautes, qui les pardonne quand ce sont des fautes
involontaires. Pourtant le verset qui fait suite impose un autre sens:
2-18 ayant souffert
pour avoir été mis à l'épreuve il peut
venir en aide aux éprouvés:
Jésus ne venait
pas pour
pardonner mais il venait souffrir pour expier. Cette phrase impose de
donner à
ilaskomai le
sens du
verbe
ekthuô :
expier
une faute par un châtiment ; apaiser la
colère encourue; détourner par un sacrifice l'effet d'un
prodige; exercer une vengeance.
Exemples
dans le Latin correspondant, plus
fréquent-
expiatus dolor: douleur vengée. -
expiatae
victoriis clades : défaites vengées par des
victoires. -
alicujus supplicio religionem expiare : punir le
sacrilège de qqn. La faute d'Hélène ne pouvait
être expiée que par le sacrifice d'Hyphigénie
(Galius Junius Hyginus, la guerre de Troie).
"tes crimes, les dieux
immortels les ont expiés dans nos soldats" Cicéron
(Orationes 45, Pis 85).
La pensée de l'auteur
était plus proche du verbe
ekthuô et de son corrélat latin; mais comme il
n'était pas dans la LXX, à laquelle sans cesse il se
référait, il a eu recours à
ilaskomai. Mais se rendait-il
compte
qu'en se conformant à ce vocabulaire, il conférait au
verbe
ilaskomai un sens qui
n'était
pas le sien?
Cet emploi eut des
répercussions sur la
manière de traduire la Bible et de comprendre le rituel du
temple.
-
en ce qu'il a souffert:
verbe
PASXW.
Les dieux immortels des
païens étaient
sensés ne pas éprouver les sentiments ni les souffrances
des humains; c'est pourquoi Barnabé, et Paul avec lui, conjurant
les gens de Lystres de ne pas leur offrir un sacrifice
s'écriaient
:
"hommes qu'allez-vous faire? Nous aussi, nous sommes des hommes de
même pathos que vous, vous
apportant la bonne nouvelle de Dieu, de sorte que loin de ces
vanités vous vous tourniez vers le Dieu vivant, qui a fait le
ciel, la terre, la mer, et tout ce qui est en eux. (Ac 14:14-15).
Par sa souffrance Le Christ
rendait compte de sa nature humaine.
4-3 s'ils
entreront
dans mon repos! tournure sémitique
généralement rendue par une négation: ils
n'entreront pas dans mon repos! formulation similaire en Mc8: 12; LXX,
Gen. xiv. 23; Deut. 1. 35; 1 Rois 1 :51; 2. 8.
5:7
des
prières et des supplications:
Le deuxième terme
se trouve deux fois dans la LXX pour des
supplications hypocrites présentées par l'adversaire
(IKETHRIA Job 40:27; 2M 9:18) ; il
correspondait à un rite grec où un suppliant parce qu'il
était en danger de
mort, portait un rameau d'olivier permettant de l'identifier comme tel.
Pour un
Hébreu ce rite était profane, païen. L'auteur de
l'épître pour avoir cotôyé ce genre de
coutumes et les intégrer à son discours,
était vraisemblablement de la Diaspora. Il prenait la
prière
de Jésus pour un cri et sa sueur de sang pour des larmes. Son
combat intérieur devenait la supplication de
celui qui craignait de mourir. Cette interprétation eut
des
répercussions sur l'évangéliste Marc qui reprit en
la
"retournant" la prière de Jésus
synthétisée par Luc . Son combat n'était pas la
peur de sa mort, mais l'infinie
sensibilité aux répercussions sur le Père de ce
qu'il allait vivre.
6-6 ceux
qui sont retombés: De qui parlait l'auteur? de cas
précis, connus de lui? En les comparant ensuite à la
terre qui produit ronces et épines, il reprenait la parabole du
semeur à travers laquelle Jésus mettait en garde ceux qui
avaient suivi (dont Judas) de se voir ôter par le
diable la parole semée en eux (Lc 8:12 D05).
6:18-19
l'ancre de
l'espérance... qui pénètre à
l'intérieur [au delà] du voile: Deux images se
superposent: avec l'ancre surgit celle de la voile du navire
(
katapetasma étant un
voile tendu d'en haut); sinon le
voile du temple (terme adopté par la LXX) se fendant par le
milieu, signe de la mort du Christ (Lc 23:45). Déchirement et
révélation.
9-7 les
inadvertances du
peuple:
Agnoêma, litt. sans connaissance soit
les
fautes commises involontairement, par ignorance des prescriptions.
Les péchés dont le fidèle trouvait
réparation par un sacrifice étaient les fautes
involontaires ; les principes de base étaient les suivants:
- Jamais
un sacrifice n'était offert au temple pour
une faute commise volontairement ou avec préméditation.
- Le
sacrifice n'avait pas pour objet de se
concilier la divinité ni d'apaiser son courroux, ni -
à la
différence des cultes païens - de
lire des
présages à travers la vivisection. Son but était
de
permettre aux Israélites de se rapprocher de Dieu et de
reprendre leur place dans
l'assemblée. Il y
avait les sacrifices d'offrande comme la
ôla
(holocauste) quand une faute avait été commise en
pensée ou quand une mitsva avait été
oubliée. La ôla-tamid ou tamid, offrande
perpétuelle deux fois par jour. Les sacrifices
d'amendement d'une faute involontaire (kipourim) , les sacrifices
de culpabilité ou acham (Lev 5,1-5), les sacrifices de gratitude
(chalem au singulier, chélamim au pluriel) , les offrandes de
voeux (Nb 6:17-20), les dons de consécration de quelque chose.
- Les
fautes graves étaient punies de peines
prévues par la Torah (comme la peine du Karet, ou retranchement
de la communauté et la peine de mort) quand elles
n'étaient pas traitées au civil.
9-12 par
son propre sang... obtenant un rachat pour l'éternité
9-15 la
mort étant
survenue en rançon des transgressions de la première
alliance:
Lutrôsis, le rachat,
apolutrôsis,
une
délivrance obtenue contre rançon. Ce dernier terme est en
Luc lorsque Jésus invitait à gagner sa vie dans
l'endurance; grâce à cela le fidèle
connaîtrait la délivrance (Lc 21,19 et 28). De
là, l'idée de rachat ou d
'économie
du salut.
Les transgressions (
parabasis):
le terme
désignait en He2,2 la révolte des Hébreux contre
Moïse et Aaron , ce qui leur valut un châtiment; faute
volontaire elle ne pouvait être
absoute par les sacrifices.
9-13 si le sang des
boucs... sanctifie en vue de la
pureté de
la chair:
Les
sacrifices étaient offerts pour réparer les
impuretés
contractées notamment par la proximité d'un mort ou les
écoulements sexuels. Les
sacrifices offerts étaient efficaces pour ces fautes qui
étaient involontaires; c'est ce que l'auteur de
l'épître qualifiait d'oeuvres mortes
(v14).
9:20 Voici
le sang de l'Alliance que Dieu a ordonnée pour vous.
Ces
paroles de Moïse citées dans l'épître sont en
Marc lors de la
bénédiction de la coupe eucharistique.
9:23 les
réalités
célestes, [doivent l'être] par de meilleurs
sacrifices que ceux-là.
Le verbe est sous entendu ; c'est
celui de la phrase précédente,
être
purifié, puisque cette phrase-ci lui est comparée
. Les réalités célestes
devaient-elles être purifiées et de quoi?
9-24
Le Christ n'es pas entré dans un sanctuaire fait par la main
copie
du Véritable: Selon les
documents de la Mer Morte, le Temple de Jérusalem n'
était qu'une image du Temple céleste constitué
d'êtres divins dont certains dès ici bas avaient
goûté la splendeur (Chants des Sabbats);
En annonçant un temple
construit sans les mains,
l'évangéliste Marc pouvait s'être
référé
à l'épître ((Mc13,2D05).
9-26 il a
été manifesté pour la mise à l'écart
du
péché par son propre sacrifice
Athetêsis,
est un terme rare, littéralement
“sans situation”;
dans la LXX le terme décrit la situation
extrême de personnes maltraitées, niées en tant que
personnes. En subissant la haine et le
mépris des humains, le Christ a en
quelque sorte enseveli, anéanti leurs fautes. Paul
en 2Co5:14-21 développant
cette thématique de l'épître dira que Dieu
n'a pas
compté leurs fautes aux hommes mais,
de
celui qui n'avait pas connu le péché, il l'a fait
péché pour nous.Comme
au v
10:12 l'auteur voyait dans le
sacrifice du Christ une
offrande. Le terme était en rapport avec la liturgie du temple
et les sacrifices d'animaux qui y étaient offerts. Mais
jusqu'où
se justifie l'emploi du terme
“sacrifice”pour parler de
Jésus?
- Le sacrifice,
korban en
hébreu, avait
pour
fonction de rapprocher de Dieu, non d'
expier.
- Il était offert au Temple
pour les fautes
involontaires; or selon He 9,15 et 10,12 les fautes dont le Christ
rachetait
étaient celles de la conscience,
les transgressions volontaires et le non
respect de la
Loi; tout cela les sacrifices d'animaux ne le réparaient
pas.
Aussi
la comparaison proposée entre la Passion et les sacrifices
offerts au Temple est contradictoire. Paul
a repris le terme
sacrifice
plusieurs fois d'un point de vue littéraire à propos du
Christ et dans un sens déjà plus dégagé de
la liturgie ou davantage “spiritualisé”; en Eph
5
,2 par le vocabulaire employé
: Il s'est
livré lui-même pour nous en offrande et sacrifice
à Dieu en parfum d'agréable odeur il comparait la
mort de Jésus à l'holocauste du bélier offert pour
la consécration du grand-prêtre (Ex 29,18). En 1
Co5,7:
“Le Christ notre Pâque à
été
sacrifié” il créait l'équivalence
avec
l'agneau pascal qui marquait la délivrance d'Israël de la
main des Egyptiens rejoignant, sur ce thème de la
délivrance, les paroles de la Cène gardées par Luc
(Lc 22,15-19); cependant dans un cas comme dans l'autre les allusions
bibliques étaient secondaires par rapport à l'image
spirituelle aux contours flous que percevaient les
lecteurs de Paul. Les emplois en Rm 12:1 et Th 2,17,
montrent que Paul donnait au terme sacrifice un sens avant tout
spirituel, dégagé des sacrifices d'animaux d'autant qu'il
valorisait
le
“sacrifice vivant”.
Quoiqu'il
en soit, selon les évangélistes, Jésus
n'avait pas employé le mot
sacrifice pour parler de lui. C'est la réflexion faite
a-posteriori
sur sa mort qui y a eu recours.
10:3
Mais,
à
travers eux c'est un rappel des fautes chaque année:
L'auteur semblait penser au sacrifice de Kipour offert une fois par an,
pour la remise des fautes. C'est alors qu'un bouc émissaire
était chargé des péchés du peuple et
envoyé au désert au démon Azazel.
10:4.Il
est
impossible en
effet que le sang de taureaux et de boucs enlève les
fautes:
L'auteur
qualifait les sacrifices d'
oeuvres
mortes, portant un jugement de valeur plus
définitif qu'aucun prophète avant lui. Il semblait
suivre un procédé littéraire : pour mettre en
valeur le Christ, il rabaissait les réalités
liturgiques, comme il l'avait fait pour les anges, le
ministère de Moïse, le sacerdoce lévitique, et
à présent les sacrifices eux-mêmes. Le Christ en
sortait-il grandi?
10:5
Sacrifice et offrande, tu n'as pas
voulu:
Ce verset du psaume est repris
deux autres fois par l'auteur aux versets 8 et 10 sans que cela l'ait
retenu d'appliquer deux fois le terme sacrifice à la mort du
Christ.
10:9
Voici,
je viens
faire ta volonté. Cette répétition du v7
mettait en évidence l'intention du Christ, en contraste avec les
oblations et les sacrifices dont Dieu n'avait pas voulu.
10:10 Dans cette
volonté, nous sommes
sanctifiés
à travers l'offrande du corps de Jésus Christ, d'un
seul coup.
L
'offrande du corps est
peut-être une allusion à l'action de grâce
eucharistique. La sanctification était donnée
par l'offrande du corps , et parce que cette offrande
était voulue.
Il
faut souligner cependant que dans les annonces de sa Passion, les
verbes employés par Jésus étaient au passif,
indiquant une action subie donc non intentionnelle. Seul celui de sa
résurrection à l'actif chez Marc et chez Luc (D05),
manifestait une intention personnelle.
12:2 au
mépris de la
honte:
L'expression
au
mépris de la honte décrivait-elle avec justesse
l'épreuve que le Christ avait annoncé devoir subir?
La honte était la souffrance morale
subie par le crucifié qui avait traversé sa Passion sans
se laisser dégrader moralement ou spirituellement. Ne se
laissant pas atteindre par les crachats et
les railleries, il avait dit aux femmes de Jérusalem de ne
pas pleurer sur lui; mais s'il n'avait pas adopté l'attitude
de vengeance que ses accusateurs avaient à son
égard, cela ne signifiait pas qu'elle ne l'avait pas
fait intimement souffrir.
12:4 mon fils ne méprise pas la
correction du Seigneur:
Paideia, la
correction
donnée
par Dieu à tout fils aimé. L'auteur s'inspirait des
Prophètes tout en adaptant son vocabulaire et ses principes au
monde dans lequel il vivait. Le thème sera repris par Paul
presque subrepticement
(1Co11:32). Mérite, correction, martyr, sont les fondements
d'une
spiritualité forgée dans un contexte de
persécutions.
12-8
partenaires
de la correction:
Ce sont à la fois ceux qui endossent la
correction mais également ceux
qui en déterminent les conditions;
metocoi apparaît
pour la cinquième fois (cf He 1:9; 3:1,14; 6:4). La
participation à une même vocation céleste,
implique la participation à la correction
préalable.
13:10
Nous
avons un autel duquel n'ont pas le droit de manger ceux
qui servent dans la tente.
Le verset opposerait, de
manière un peu obscure, les prêtres de l'ancienne alliance
aux fidèles de la nouvelle alliance et à leur autel; si
les prêtres qui s'étaient joints à la
communauté étaient empêchés par les
autorités de continuer à officier au temple, de
même la communauté n'entendait pas que se joigne à
elle des prêtres officiant encore. Le thème de la
participation à l'autel et aux aliments qui en provenaient fut
repris par Paul (1Co9:13) et
développé pour mettre en garde les Corinthiens de ne pas
s'associer aux repas où étaient consomées les
viandes offertes aux idoles (1Co10:18) et la séparation
esquissée dans l'épître aux Hébreux entre
Israël et les Chrétiens était reportée sur la
séparation des Chrétiens d'avec les Païens.
13:12
hors
de la porte:
Jésus aurait été
crucifié en dehors de l'enceinte
de la ville, ce que Jean semblait confirmer en disant qu'il sortit avec
sa croix (Jn 19,17). Cette image d'exclusion
était offerte à un auditoire comportant vraisemblablement
des prêtres qui se trouvant dans l'impossibilité
d'officier au temple vivaient l' exclusion. Regarder celle de
Jésus, comparé aux sacrifices, était susceptible
de les aider à supporter la situation. Ce verset pourrait
être à l'origine
de la
relecture du verset obscur de Lc 13:33.
13:20
Que
le Dieu de paix, qui a
fait remonter d'entre les morts le grand
pasteur des brebis:
Phrase inspirée d'Isaïe 63:11
sur Moïse, pasteur des brebis que Dieu avait sauvé des
eaux. Phrase également inspirée de l'affirmation de
Pierre selon qui Dieu avait ressuscité
Jésus le délivrant des ténèbres de la mort;
l'action du Christ lui-même dans sa propre
résurrection
n'était pas
effleurée. L'auteur semblait envisager
plutôt une
montée spirituelle qu' une
résurrection entraînant le corps, comme le laissait
entendre la finale brève de l'évangile de Marc.
Grand-Prêtre
2-10 Qu'il consacrât :
C'était le verbe de la
consécration sacerdotale utilisé par Jésus
à propos de lui-même.
5-9
s'étant
consacré:
TELEIOW,
être rempli verbe de la
consécration sacerdotale du grand-prêtre qui pendant sept
jours de suite s'avançait les mains pleines jusqu'à
l'autel. Luc a eu recours à ce verbe quand Jésus disait
qu' il serait consacré le troisième jour (
Lc
13,32)
2-11 Il
ne rougit pas
de les appeler frères:
Il n'y a pas d'exact support
à cette affirmation dans les évangiles, sinon qu'en leur
apprenant à prier, Jésus invitait ses disciples à
s'adresser au Père.
2-17:
afin
de devenir...
grand-prêtre:
Les fondements de la
réflexion sur le Christ grand-prêtre seraient à
rechercher dans les
manuscrits de la mer
morte et le
rôle sacerdotal qui y est dévolu au Messie.
Sinon, à la mort du
grand-prêtre
était amnistié le meurtrier involontaire qui
s'était réfugié dans une ville prévue
à cet effet (Nb 35,22-25) et qu'un sacrifice ne suffisait
pas à pardonner. C'était là un
dérivé de l'amnistie qui
accompagne habituellement la prise de fonction d'un nouveau souverain.
À l'inverse, à la mort du Grand-prêtre, comme pour
celle d'un juste, se
manifestait la bonté de Dieu. Bien que marginale, cette fonction
de rachat dévolue au grand-prêtre à sa mort, a pu
servir de toile de fond à l'auteur de l'épître.
Sinon la consécration avait un rôle de
réparation pour la mort des
premiers-nés des Égyptiens.
Sinon Luc seul a vu en
Jésus un
grand-prêtre saint, qui, se séparant de ses disciples au
soir de sa Résurrection, élevait les bras pour les
bénir dans un acte sacerdotal (Lc 24:50). Au moment de sa mort,
les bras en
croix, il avait promis le paradis pour le jour même au larron qui
mourait à ses côtés. Ce larron n'était
pas
un meurtrier involontaire puisqu'il admettait avoir
mérité son châtiment.
3-1
frères saints,
partenaires d'une vocation céleste:
L'adjectif saint a
suggéré que l'auteur s'adressait à des tenants de
la classe sacerdotale; le terme est fréquent dans les textes
de la Mer Morte désignant soit les prêtres soit les
membres de l'assemblée:
"
Col
3, 22Paroles
des bénédictions de l'Inst[ructeur , pour bénir]
les Fils de Sadoq, les prêtres élus par Dieu pour garder
son alliance à [jamais]...25 Que le Seigneur vous
bénisse de sa [sain]te [demeure], qu'il vous place
comblés d'honneur au milieu des 26 Saints; [qu'il
re]nouvelle pour vous l'alliance [éternelle] du sacerdoce...Col422 Il vous a élus 23 et pour vous placer à la
tête des Saints et par vous bé[nir] par votre main les
hommes du conseil de Dieu...Puisse-t'il vous établir comme
saints parmi son peuple."1Q28b/1QSb
À
moins qu'il ne faille y lire une
allusion à la vocation de Pierre qui, en répondant
à l'appel du Christ, entraîna avec lui son frère
André ainsi que les deux frères Jacques et Jean ses partenaires, un terme qui se retrouve seulement lors de la pêche miraculeuse
(Lc 5,7) puis un peu plus loin dans l'épître au verset 14: nous sommes devenus partenaires du Christ.
7:2
D'abord
[Melki-Tsédek] se traduit « Roi de
justice » ensuite il est aussi roi de Salem:
Melki-Tsédek
n'est pas d'abord un nom mais un
titre,
roi de justice; on voyait dans le personnage venu
à la rencontre d'Abraham un substitut divin; il était
difficile d'expliquer qu'Abraham ait pu donner la dîme de tout
à un prêtre voué à un culte
étranger(Gn14). Dieu seul est juste, il est roi.
Melki-Tsédek devenait un des titres de Dieu
"Le Seigneur en
a fait le serment et il n'en reviendra pas: Tu es prêtre à
jamais selon le rang du Roi de Justice" Psaume 110:4 ; c'est bien
ce
qui semble ressortir du document de Qumran 11Q13 où il y a
identification du
Roi
de Justice à YHWH ou bien à
El. Sa
dignité
"Roi de Salem" ne venait qu'
"ensuite";
à la première lecture en fut
substituée une seconde qui voyait en
Melki-Tsédek un personnage céleste exerçant
le sacerdoce dans un temple céleste
(cf 4Q401) jusqu'à devenir une
figure messianique qui , à l'égal de
l'archange Michel, engageait le combat contre les forces obscures
(Sukka 52). S'appuyant
sur la tradition véhiculée par
les manuscrits de la Mer Morte, l'auteur de l'épître
établissait un parallèle avec le Christ.
7:3 Sans
père sans mère sans généalogie:
Pour
dire cela l'auteur de
l'épître devait se
référer à une tradition apocryphe.
Que
Génèse ne dise rien de ses origines ni de sa
parenté, n'impliquait en rien que Melchisédek ait
été un "extra-terrestre". Les manuscrits de la Mer Morte
en faisaient un prêtre divinisé. Hénoch II, qui
citait les
Odes de Salomon (fin Ier siècle), comporte dans sa
version
slavone une légende de la naissance
miraculeuse de Melchisédek. Celle-ci est bien postérieure
à l'épître aux Hébreux. Elle lui doit comme
aux récits Lucaniens de l'Annonciation et de
la mort d'Ananie et de Saphir (et non pas l'inverse!).
7-8
mais
là, il y
a le témoignage qu'il vit:
L'auteur continuait d'opposer
aux autres prêtres du temple, Melki-Tsédek auquel il
concédait une origine surnaturelle; il était vivant,
à la différence des simples mortels, et certains
en auraient témoigné. C'est avec le support des
traditions
transmises dans les manuscrits de la Mer Morte qu' était
ébauchée
l'idée du sacerdoce céleste du Christ. Ce
Melki-Tsédek était soit un être surnaturel, soit un
humain divinisé. Tout en ayant connaissance de ces traditions,
l'auteur de l'épître s'en servait tout en s'en
distançant.
Jean Baptiste relevait par son
père de la
classe d'Abia, huitième classe sacerdotale, et de la branche
d'Aaron par sa mère. Il n'exerçait pas le sacerdoce au
temple, comme l'avait fait son père. Peut-être
l'institution du grand-prêtre Hanne par les Romains en avait-elle
été la cause. À sa suite son disciple
Barnabé,
lévite lui-même, avait pris ses distances par rapport au
culte de Jérusalem.
7-9
même
Lévi qui perçoit les dîmes :
Le
raisonnement de l'auteur ne se comprendrait guère sans un
rapprochement avec
Le
Testament de Lévi qui
faisait de ce fils de Jacob le premier-prêtre, avant même
Aaron.
7-11
qu'un autre
prêtre se lève selon le rang de Melki-Tsédek ;
7-15 qu'un
autre prêtre se lève à la ressemblance de Melki-Tsédek.
Se lève: le verbe de la
résurrection, à l'infinitif de la voix
moyenne; quel sens l'auteur donnait-il à ce verbe?
Dans les manuscrits de la mer Morte,
Melki-Tsédek est
une figure semi-divine. Si Melki-Tsédek lui-même
s'était
levé cela voulait peut-être dire qu'il avait été
ressuscité et divinisé après sa mort? Au v.16 la
vie indestructible du Christ servait d'argument pour distancer le
sacerdoce du Christ du sacerdoce Lévitique. La
résurrection instituait Jésus grand-prêtre dans le
monde céleste
où Melki-Tsédek
était prêtre.
7-20
ceux-là sont
devenus prêtres sans serment:
Parlant du sacerdoce
lévitique, l'auteur n'ignorait pourtant pas le
serment de Dieu en faveur du prêtre Pinhas et de sa descendance :
«Le
Seigneur parla à Moïse
et dit: “Pinhas, fils d'Éléazar, fils d'Aaron, le
prêtre, a détourné mon courroux des
Israélites, parce qu'il a été, parmi eux,
possédé de la même jalousie que moi; c'est pourquoi
je n'ai pas, dans ma jalousie, achevé les Israélites. 12C'est
pourquoi je dis : Je lui accorde mon alliance de paix. 13 Il y aura pour lui et pour sa descendance après lui une
alliance, qui lui assurera le sacerdoce à
perpétuité. »Nb 25:10-13.
Or
ce serment était dans la
Torah que l'auteur disqualifiait, la considérant comme
déficiente et
inutile
(He 7:18) , lui opposant le serment fait dans le Psaume et qu'il
référait à Jésus.
8:8 J'accomplirai sur:
C'est là le seul changement
apporté à la
prophétie de Jérémie par l'auteur de
l'épître; il n'a pas d' antécédent dans l'un
ou l'autre des manuscrits de la LXX qui parlent de
conclure et non d'
accomplir. L'auteur voulait
apparemment
donner plus de force à la prophétie, un caractère
plus définitif. La prophétie de Jérémie ne
parlait pas d'une nouvelle alliance mais d'un renouvellement de celle
déjà conclue. Tel est le sens du terme
hébraïque. Même le mouvement rattaché à
Qumran se situait en continuité avec cette alliance initiale et
non en rupture:
«20de
l'Instructeur
pour bénir le chef de la nation qui[...] 21 Et
il renouvellera pour lui l'Alliance de l'[Ass]ociation pour
établir le royaume de son peuple à jam[ais, 23 et établisse son alliance de sainteté contre l'ennemi de
ceux qui [l]e recherchent»1QSb/1Q28b col4.
8:13En disant
nouvelle il
fait vieillir la première. Or, ce qui devient ancien et
vétuste est proche de la disparition:
L'auteur prêchait la disparition
de la Loi
et de l'Alliance Sinaïtique qu'il estimait obsolètes.
Paul
ne prêchait pas tout à fait de la
même manière: “
Si quelqu'un est
en Christ il est une nouvelle créature; le monde ancien est
passé, une réalité
nouvelle est là”. Il se situait par-delà la Loi
qu'il n'invalidait pas pour autant. Considérant la Loi
derrière lui, il écrivait à une
époque plus tardive que l'auteur de l'épître aux
Hébreux.
Conclusion:
L'auteur écrivait
alors que des sacrifices étaient encore offerts au temple de
Jérusalem. Plus
sensibilisé à la liturgie du temple et au sacerdoce qu'
aucun autre auteur du
Nouveau-Testament, il avait du connaître Jean Baptiste - qui
était de classe sacerdotale -
puisqu'il donnait un écho à son enseignement; il
s'en
distançait néanmoins car il représentait à
ses yeux
l'alliance conclue avec Moïse. Afin
de transcender la première Alliance, il avait choisi de rattacher le sacerdoce du Christ
à celui de Melki-Tsédek
manifestant ainsi sa familiarité avec la
spiritualité de Qumrân, tremplin
grâce
auquel il fut en mesure d' accueillir en Jésus le Fils du
Père;
à ses yeux Jésus n'était
pas simplement un homme
divinisé
par Dieu: il s'originait en Dieu.
Il avait
une approche
littéraire des Psaumes
et du prophète Jérémie dans la traduction grecque
de la LXX. Les
anthropomorphismes tels engendrer, premier-né, réverbération, prennent
un relief particulier dans un parallèle avec l'évangile
de Luc; sans ce fondement substantiel, l'épître serait
simple éloge intellectuel.
Luther
pensait discerner en lui Apollos qui était réputé
pour
son éloquence. C'était un Grec venu d'Alexandrie
où il avait
été initié au baptême de Jean. Mais
n'étant ni lévite ni prêtre on
ne voit pas pourquoi il aurait
réinterprété, à
travers un prisme sacerdotal, la
pensée Paulinienne qui lui fut enseignée par Aquilas et
Priscilla,
pour la resservir à des Grecs
qui
ignoraient tout de la liturgie du temple. L'épître fut
gardée et
divulguée par Paul, ce que
pensaient certains auteurs de l'Antiquité, et Tertullien la
donnait à Barnabé, seul personnage du Nouveau
Testament dont le nom ait été associé à la
classe
Lévitique. Paul avait été son disciple
jusqu'à la rencontre du Proconsul de
Chypre, Sergius Paulus qui lui donna son nom. Rendre
l'épître à Barnabé ne rencontre pas
d'argument contraire sinon la difficulté de revenir sur un
réflexe acquis depuis deux millénaires et d' admettre que
Paul était son tributaire.
Avec cette
épître Barnabé
bâtissait la première réflexion chrétienne
sur le salut apporté par le Christ. Mais l'accumulation d'emplois sujets
à litige, tels juste
rétribution,
supplication, goûter la mort, expier, purification
des
fautes, mépris
de
la honte, sacrifice, fragilise la
théologie de l'épître. Ces expressions ne répondent pas à
l'usage attendu
en grec quand elles n'entrent pas en contradiction avec celui des
textes
bibliques.
Le but
n'étant pas d'expier mais de rapprocher de Dieu. jamais les sacrifices n' étaient offerts au
temple pour des fautes volontaires, mais des fautes involontaires. Aussi la comparaison
de la Passion avec les sacrifices a instauré une certaine
confusion et amené l'auteur à laisser dans le silence le
caractère ignominieux de la croix et les responsabilités
engagées.
Il était
attendu du Messie qu'il vienne parfaire le sacerdoce Lévitique
et c'est bien dans cette lignée que Jésus
bénissait ses disciples avant de se séparer d'eux (Lc
24:50). Or le procédé
littéraire de la comparaison auquel eut recours Barnabé
entraînait la dépréciation des anges, du
sacerdoce Lévitique et de la première Alliance.
La nouvelle alliance
prophétisée par
Jérémie ne se posait pas en rupture avec l'ancienne: elle
en était le
renouvellement et avait pour fondement, elle aussi, la Torah.
Barnabé en infléchit le sens pour prêcher
une alliance en rupture avec la précédente.
Paul qui s'est largement
inspiré de la réflexion engagée dans
l'épître s'est
efforcé de la détacher du sacerdoce et de
la liturgie du temple qui n'avaient pas d'impact en diaspora; tout en
employant le même vocabulaire, il formait de nouvelles images,
plus spirituelles ou plus abstraites quand il n'avait pas recours
à l'allégorie. Admettre l'antériorité de
l'épître sur ses lettres ne saurait se faire sans un
bouleversement des réflexes acquis.
S Chabert d'Hyères
© Copyright 2005