Suite
à la mort de Jean, à plusieurs reprises Jésus
avait averti ses disciples de ce qu'il se préparait à
vivre. Sur les sept paroles dénombrées, quatre sont des
prophéties sur lui-même, une est un rappel aux femmes
venues au tombeau et deux le sont aux disciples, ce même
jour.
Il y annonçait sa résurrection
comme un engagemement
à se lever après sa mort, un acte accompli de
lui-même (verbe à l'actif ou au moyen), seul acte relevant
de son
intention personnelle, tandis que les autres verbes étaient
à la voix passive sinon une action subie.
I
- "il faut (pour) le Fils de l'homme
beaucoup
souffrir et être rejeté
par
les anciens et des grands-prêtres
et
des scribes et être mis à mort,
et
après trois jours , se lever ". Luc 9/22 (codex Bezae)
II
-
9:43 Il dit à ses disciples:
44
- " mettez-vous dans les oreilles ces paroles
là:
le Fils de l'humain en effet
est
sur le point d'être livré aux mains
des
humains". 45 - Or eux ignoraient cette parole
là
- et elle était voilée d'eux,
afin
qu'ils n'en aient pas l'intelligence - et ils craignaient
46
- d'interroger sur la parole suivante :
"
qui pourrait bien être plus grand qu' eux ?"
III
- 17/23
- Et on vous dira : "voici ici, *voici là!
ne
vous éloignez pas, ne poursuivez pas!
24
- En effet, de même que l'éclair, l'
éclairant
-
à partir de l'(éclair) sous le ciel *- éclaire,
ainsi
sera aussi le Fils de l'humain! *.
25
- Or d'abord il lui faut beaucoup souffrir
et
être rejeté de cette
génération-ci.
IV
- 18/31 Prenant
alors auprès de lui les Douze, il leur dit
"
voici, nous montons à Jérusalem
et
recevront une finalité toutes les choses écrites
à
travers les prophètes au sujet du Fils de l'humain,
32
- qu' il sera livré aux païens et
bafoué,
* et couvert de crachats,
33
- et l'ayant flagellé, ils le mettront
à mort
et
le jour le troisième,
il
se lèvera !" 34 - Or eux, de ces
choses ne
comprirent
rien, mais la parole demeurait cachée
d'eux,
et ils ne connaissaient pas les choses dites.
V
- 24/6 Or,
souvenez-vous combien il vous a parlé
étant
encore en Galilée* :
7 - qu' il faut pour
le fils de l'humain
être
livré aux mains
d'
humains * - et être crucifié - et le troisième
jour,
se lever! " . 8 - Et elles se souvinrent de ses
paroles.
VI
Parce que le Christ
devait souffrir ces choses,
et
entrer dans sa gloire. 24:26
VII
Ainsi il est écrit :
souffrir le Christ ,
et se lever le troisième jour,
L'
impersonnel δει, il faut, n'est pas de l'ordre de la
nécessité (le grec dispose pour cela d'un terme
précis ἀνάγκη) ; le correspondant est en
hébreu על+infinitif, qui pourrait se traduire en
français "il incombe de".
En
référence à la prophétie d'Isaïe sur
le serviteur souffrant qui transparaît derrière ces
paroles, il incombait
au Messie de souffrir. Mais Jésus y lisait-il un
dessein divin ou une justification humaine? Les versets 6 et 10
d'Isaïe
53: «Le Seigneur a fait retomber sur
lui nos perversités...Le SEIGNEUR a voulu le broyer par la
souffrance» ne seraient-ils pas à faire
précéder de la
précaution: "et nous estimions que le Seigneur faisait retomber
sur lui...”?
“Selon le
fixé, le fils de l'homme s'avance, mais oi!
à celui par qui il a été livré”. Lc
22:22
De ce
verset plusieurs lectures sont possibles:
1 - Selon la
démarche que le Fils de l'homme s'est fixée
à lui-même il s'avance.
2 - Selon ce qui
a été fixé dans la
prophétie...
3 - Selon ce qui
a été déterminé par
Judas et
les grands-prêtres...
4 - Selon ce qui
a été déterminé par
Dieu....
La seconde
proposition qui correspond aux annonces de Jésus sur sa Passion est à
privilégier. La dernière est improbable en
considération de la menace formulée "oï à
celui...”.
Cette menace
était déjà très vive dans la
conclusion de la parabole des vignerons homicides:
« une
pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est
devenue tête d'angle; quiconque tombant sur cette pierre
là sera brisé; celui sur qui, elle tombera, elle
l'écrasera!» Lc 20,17-18; c'était une parabole
d'avertissement à travers laquelle Jésus explicitait le
sens de sa montée à Jérusalem et
de son entrée dans le Temple:
«13 -
Alors le seigneur
de la vigne dit: "que vais-je faire?
J'enverrai mon fils, le bien-aimé; le cas échéant
, devant lui seront-ils pris d' un sentiment de respect! »
Le Père
n'avait pas envoyé le Fils pour qu'il soit mis
à mort, mais pour qu'en sa présence les autorités
du Temple se convertissent.
Toutes les
paroles citées sont issues de l'évangile de
Luc .
Par contre
Marc voyait dans la
prophétie d'Isaïe une
expression
de la volonté divine, si bien que la menace qui concluait la
parabole des vignerons homicides disparaissait au profit du vouloir
divin: «C'est
d'auprès
du Seigneur que celle-ci - la pierre rejetée des
bâtisseurs - est devenue - tête d'angle -, et elle est
étonnante à nos yeux».
Mk 12:11
En ne donnant
plus au fils du maître de
la vigne le titre messianique "bien-aimé", Mattthieu qui,
par ailleurs
suivait Marc, évitait d'avoir à
considérer l'épisode comme une
parabole de Jésus sur lui-même.
La
prophétie d'Isaïe
prêtait une efficacité à la souffrance du Messie:
dans ses blessures nous trouvons la guérison; guérison
physique comme l'avait souligné Matthieu, mais aussi et surtout
morale et spirituelle.
Luc
écrivait que ceux qui
étaient venus “zyeuter” la crucifixion en repartaient en se
frappant la poitrine, signe de leur repentir ; un repentir à
souligner d'autant qu'autour de la croix, les passants n'avaient pas
hésité à injurier les crucifiés. À
l'origine de ce retournement il faudrait voir la façon dont
Jésus mourut
en remettant dans un grand
cri de foi son âme entre les mains du Père. Cela
impressionna le centurion et la foule présente.
Le soir de sa
résurrection
Jésus invita ses disciples à annoncer en son nom le
repentir et le pardon des péchés. La Pentecôte ciqnquante jours plus tard était la manifestation concrète du repentir et du pardon.
Marc
et Matthieu lisaient l' efficacité de la mort du Seigneur à la lumière de l'épître aux
Hébreux:
«Le
fils de l'homme n'est pas venu pour
être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon
contre beaucoup.» Mc 10:45
«Si
vous donnez au
sujet du péché, votre vie verra une
postérité
prolongée de vie » Is 53:10
Ce verset, qui suit le texte de la LXX, suppose la conversion des hommes à travers
laquelle sera assuré le relèvement du serviteur
souffrant.
Le texte
hébreu offre la leçon :
אִם־תָּשִׂ֤ים
אָשָׁם֙ נַפְשֹׁ֔ו = Si tu offres (autre leçon avec s'il offre) son
âme en sacrifice pour le péché,
qu'André Chouraqui traduit: si son
être se met en coulpe. Déjà au temps de
Jésus, la juste compréhension du verset faisait
problème, sinon l'auteur de l'Épître aux
Hébreux
se serait appuyé sur le texte hébreu.
Comme Pierre
réprimandait Jésus quand il annonçait sa Passion,
celui-ci , à son tour, l'aurait réprimandé et
dit (ou
en disant D05,W):
“Passe
derrière-moi Satan car tu ne penses pas les [choses] de Dieu
mais celles des humains."Mc8:33”
La retouche au
texte manifeste qu'on ne savait pas bien si Jésus avait
traité Pierre de Satan ou s'il s'était adressé
à Satan lui-même de la même manière qu'il
s'adressait aux esprits impurs pour les expulser. La leçon
la plus ancienne D, W est
appuyée par Matthieu qui précisait bien que Jésus
parlait à Pierre qui avait tenté de
détourner Jésus de sa résolution.
Mais pourquoi le
traiter ainsi?
Marc
n'avait pas répercuté
cette parole dite pendant le dernier repas:
"Satan vous a
réclamés pour vous cribler comme le blé, mais j'ai
prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas” Lc
22:31
Il n'avait pas répercuté non plus le dialogue en
désert rédigé par Luc, quand Jésus,
éprouvé par l'emprisonnement de Jean se voyait proposer
par Satan de faire acte de puissance, sinon de s'incliner devant lui,
sinon encore de mettre Dieu à l'épreuve. Pour Luc en
effet Jésus fut soumis à une forte tentation et,
moyennant la prière, il accepta que ses disciples le soient
aussi, vis à vis de lui.
Or ce schéma se retrouve inversé sous la plume de Marc
qui a reporté la tentation sur l'affrontement
entre Pierre et Jésus, épisode absent de Luc. Ce
n'étaient plus les Apôtres qui comme leur maître
allaient être soumis à la tentation, mais Pierre qui
devenait figure du tentateur.
Alors que Luc présentait Pierre comme
l'ami le plus fidèle mais qui au dernier moment buttait sur
l'obstacle, Marc le dépeignait avec une certaine
rusticité incapable de saisir les mouvements du coeur de
Jésus.
La demande de
sacrifier
Isaac émanait d'un Dieu impersonnel (ha-Elohim = les dieux),
obligeant YHWH LE SEIGNEUR
à se manifester pour arrêter le bras d'Abraham. De
même la mort du Christ émanait d'une volonté
impersonnelle: “il faut pour
le Fils de l'homme souffrir...“
C'est en
remettant sa vie entre les mains du Père dans la
confiance, manifestant leur unité au-delà de la mort, et
en se levant le troisième jour comme il l'avait annoncé,
que le Christ a révélé la compassion divine.
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