L'EPÎTRE AUX HÉBREUX
ET LES LETTRES DE PAUL
Alors que
l'épître aux
Hébreux manifestait un enracinement dans la culture Juive
et la
liturgie du temple, les lettres de Paul se distançaient de la
pratique cultuelle pour offrir, parfois avec le
même
vocabulaire, des thèmes spirituels. Du cadre
hébraïque Paul s'ouvrait largement à
celui d'une
diaspora hellénisée. Ce mouvement du particulier
à l'universel qui transparaît dans les parallèles
entre l'Épître aux Hébreux et les écrits de
Paul, implique forcément une
chronologie qui prenait son origine dans l'Épître. Par
contre le
schéma inverse contredit si fortement le mouvement naturel
de la
réflexion qu'il est hautement improbable.
L'obéissance
Pourtant,
étant fils, il apprit l'obéissance de ce qu'il
souffrit,
He
5:8
Il
s'est humilié lui-même, se rendant
obéissant
jusqu'à la mort, et la mort
de la croix.Ph 2:5
Obéissance/souffrance
chez l'un et
obéissance/humilité chez l'autre. Le verset Paulinien
proviendrait d'une hymne de la
première liturgie chrétienne, une hymne qui devait
probablement à Barnabé.
S'étant
consacré,
il est
devenu pour tous ceux qui lui obéissent cause de salut
éternel, étant déclaré par
Dieu
grand-prêtre He 5:9-10
Comme par
la
désobéissance d'un seul
homme beaucoup ont été rendus
pécheurs, de
même par l'obéissance d'un
seul beaucoup seront rendus justes. Rm5:19
À une
lignée de
fidèles
obéissant au
grand-prêtre,
dans l'épître aux
Hébreux, correspondait chez Paul toute la lignée des
hommes
pécheurs en
Adam.
La dignité de
grand-prêtre consacré obtint le salut
à ceux qui,
parmi les descendants d'Abraham, obéissaient au Christ. Pour
Paul, l'obéissance
d'un seul sauvait la multitude, rendue
pécheresse par la désobeissance
d'un seul, à savoir Adam (Rm 5,19). Le
groupe des
descendants d'Abraham s'élargissait à la
multitude des
hommes s'originant en Adam.
Le
Médiateur
À travers
cela, il [Christ
grand-prêtre]est
médiateur d'une alliance nouvelle. He 9:15
La loi a
été promulguée par les Anges par la
main d'un
médiateur, le médiateur n'est pas
[médiateur] d'un
seul, tandis que Dieu est unique.Gal 3:20
Étroit
parallèle entre les
deux auteurs;
cependant, et comme en 1 Tim 2:5, si le terme
médiateur avait le sens technique de
“médiateur
d'une alliance”, le rang de grand-prêtre n'avait pas
été
pris en compte par
Paul . qui lui
préférait
une image , non plus
cultuelle mais spirituelle: il voyait dans le Christ la
“tête du
corps”, le corps étant l'Eglise; ce
thème
récurrent chez lui faisait pendant au grand-prêtre
de
l'épître aux Hébreux (Eph.
1:22,23; 4:14,15; 5:23; Col. 1:18;
2:10,19).
La Nouveauté
Ce
qui est vieilli et
vétuste est
près de
disparaître" He 8,13
Si
quelqu'un est en Christ il est une
nouvelle
créature; le monde ancien est passé,
une réalité nouvelle est là"
(2Co5,17).
Pour l'auteru d'Hébreux, la
nouvelle alliance qui lui était supérieure, allait
prendre la
relève de l'ancienne alliance; cela allait se faire mais ne
s'était pas encore produit . Pour
Paul, par contre, l'ancienne alliance avait déjà
fait place à la nouvelle: il se situait
donc à une étape ultérieure.
L'
Alliance
En
parlant
d'une alliance nouvelle, il a rendu ancienne la première,He 8,13
Ce
sont les deux Alliances: l'une qui
vient du
Mont Sinaï engendre pour la servitude... l'autre, la
Jérusalem
d'En-Haut est libre, c'est elle notre mèreGal 4:24-26.
L'auteur
d'Hébreux, considérait l'Alliance
conclue avec
Moïse comme un prolongement de la promesse
faite à
Abraham. Le sacerdoce était
rapporté
à Lévi, petit fils
d'Abraham en raison de la rencontre de ce dernier avec
Melchisédek. En
remontant jusque là, il envisageait une nouvelle alliance
selon
l'ordre
de Mechisédek qu'il considérait comme
un personnage
à la fois historique et divin.
Paul
qui n'avait pas
intégré l'idée du sacerdoce
à sa
réflexion
reprenait les deux étapes de l'Alliance avec Abraham, puis
avec
Moïse
, mais pour les opposer à travers l' image symbolique de
deux
femmes,
l'une
esclave, Agar, l'autre libre, Sarah.
Les
sacrifices
"Il est
impossible que du
sang de
taureaux et de boucs enlève les péchés" He
10,4 .
"Le
Christ
nous a aimés et s'est livré lui-même
à Dieu
pour nous en offrande et victime comme un parfum d'agréable
odeur"Eph5,2.
Reprise
par Paul, la comparaison
était sortie du
réalisme des sacrifices et spiritualisée: Il ne
mentionnait jamais les animaux offerts boucs,
taureaux, boeufs et agneaux ni même celui de la
Pâque dont
il ne gardait que le nom (1Co5:7)
L'autel
Nous
avons un autel duquel n'ont pas le droit de manger ceux
qui servent dans la tente.He 13:10
Le
verset opposait, de
manière un peu obscure, les prêtres de l'ancienne
alliance
aux fidèles de la nouvelle alliance et à leur
autel. Le
thème de la
participation à l'autel et aux aliments qui en provenaient
fut
repris par Paul (1Co9:13); ailleurs, il mettait en garde les
Corinthiens de ne pas
s'associer aux repas où étaient
consommées les
viandes offertes aux idoles (1Co10:18) et la
séparation
esquissée dans l'épître aux
Hébreux entre
Israël et les Chrétiens était
reportée sur la
séparation des Chrétiens d'avec les cultes
païens.
La
Tente
"la
tente qui
n'était pas faite de mains d'hommes"
He 9,11 et 24
"parce que Dieu
n'habitait
pas les demeures que lui construisaient les humains ni ne s'y faisait
servir" (Ac 17,24-25)
.
L'auteur
de l'Epître aspirait
à un temple spirituel céleste, tel que
le laissent
entrevoir certains documents de Qumrân.
Pour Paul,
même les temples, images des
réalités
célestes, devaient être
dépassés.
La
Maison
Sa
maison c'est nous He 3:6
Vous
êtes la construction de Dieu
I Co3:9. Vous êtes concitoyens des cieux et des familiers de
la
maison de Dieu.
Pour l'auteur de
Hébreux la
famille de Dieu, sa maison, ce sont les croyants
eux-mêmes.
Pour
Paul, il convient de demeurer dans la
maison (Ep 2,19) , ou bien de se faire
demeure de Dieu (I Co3,17 Ep 2,22) et devenir cet homme
nouveau à travers lequel Païen et Juif ne forment
qu'un
seul corps (Eph 2,15-16). Ne se préoccupant plus d'une
stricte
parenté, cet homme nouveau n'est plus
ni Juif ni
Grec
mais concitoyen des Cieux. Paul passait d'une structure
familiale
et raciale
à l'universel. Il offrait une théologie nouvelle
qui
explicitait et justifiait l'incorporation des nations au salut dans le
Christ . Cette préoccupation était absente de
l'Epître aux Hébreux intéressée
principalement par la
lignée
d'Abraham.
La
lutte
Courons
l'épreuve (lutte) qui
nous est proposée He 12:1
Luttons
de la belle lutte de la foi 1Ti
6,12
L'expression
supposait l'effort physique accompli dans les jeux de
l'amphithéâtre et le v 4 parlait à cet
égard
d'une lutte jusqu'au sang.
Paul s'en sinspira par deux fois (cf 2 Ti4:7) mais
pour une
allégorie de la foi.
Le
Rachat
Sa
mort étant intervenue
en vue de la délivrance contre rançon He 9:15
Vous
avez été
rachetés à grand prix 1Co6:20
et 7,23
Ce
thème fondamental de
l'épître, était traité par
Paul dans un
vocabulaire qui ne
faisait déjà plus référence
à la LXX
mais s'inscrivait dans la sociologie de son temps sur le commerce des
esclaves.