Les interpolations chrétiennes dee la Guerre des Juifs en Slavon

Extraits de : “La Prise de Jérusalem de Josèphe le Juif ” :

Texte vieux-russe publié intégralement par V. Istrin, imprimé sous la direction de André Vaillant ; traduit en Français par Pierre Pascal, 1934; traduction rééditée en 1964.

  • Les Prêtres
  • Hérode
  • Les Mages Persans
  • Les édifices Hérodiens
  • Jean- Baptiste
  • Philippe et Antipas
  • Jésus et ses disciples
  •  

    Les prêtres de Jérusalem et le Messie Roi

    Livre I, chapitre XIX
    « Hérode ne demeura guère à Jérusalem. Il partit en guerre contre les Arabes. Aussitôt les prêtres s'affligèrent et se plaignirent les uns aux autres en secret, car ils n'osaient pas le faire à Hérode et à ses amis. Ils disaient en effet : " Notre loi interdit d'avoir un étranger pour roi, mais nous attendons un Oint qui soit doux, de la race de David ; or nous savons qu'Hérode est un Arabe incirconcis [1]. L'Oint sera appelé doux, et celui-ci a rempli de sang tout notre pays. Sous le règne de l'Oint, les boiteux devaient marcher, les aveugles voir, les pauvres devenir riches, et sous celui-ci les valides ont été faits boiteux, les voyants aveugles, les riches pauvres. Qu'est-ce que cela ? Ou bien les prophètes auraient-ils menti ? Les prophètes ont écrit qu'il ne manquerait pas de princes de Juda jusqu'au moment où viendrait celui à qui la tâche est remise. C'est en lui qu'espèreront les nations. Celui-ci est-il l'espérance des nations ? Nous, en effet, nous détestons son iniquité. Les nations vont-elles espérer en lui ? Malheur à nous, Dieu nous a abandonnés, et nous somFmes oubliés de lui ; il veut nous livrer à la désolation et à la perdition, et autrement qu'au temps de Nabuchodonosor et d'Antochius. Alors, il y avait des prophètes qui instruisaient le peuple, et qui avaient fait des prophéties sur la captivité et le retour ; mais aujourd'hui, il n'y a personne à consulter, personne de qui tirer consolation. " Anan le prêtre leur répliqua : " Je sais toute l'Écriture. Quand Hérode luttait devant la ville, jamais mon esprit n'a accepté que Dieu lui eût accordé de régner sur nous. Mais aujourd'hui, je connais que notre ruine est proche. Examinez donc la prophétie de Daniel : il est dit qu'après le retour de captivité la ville de Jérusalem durera soixante-dix semaines d'années, ce qui fait quatre cent quatre-vingt-dix années, et qu'après elle sera dévastée. " Ils firent le compte des années, et il y en avait quatre cent trente-quatre. Et Jonathas répliqua : "Le chiffre des années est bien comme nous l'avons dit, mais le Saint des Saints où est-il ? Car celui-ci , Daniel ne peut l'appeler saint, cet Hérode buveur de sang et couvert de souillures." L'un d'eux, nommé Lévi, qui voulait se montrer plus habile qu'eux, leur dit ce qui lui tombait sous la langue, non pas par des raisons tirées de l'Écriture, mais des fables. Eux, qui étaient des docteurs de la Loi, se mirent à chercher le moment où le Saint devait venir, et ils n'eurent que dégoût pour l'argumentation de Lévi, lui disant : " Tu as de la soupe dans le bec, et de l'os dans la tête. " S'ils disaient cela, c'est parce qu'il déjeunait sans attendre le jour et que la boisson lui faisait la tête lourde, comme de l'os. Couvert de confusion, il se sauva auprès d'Hérode et lui rapporta les paroles que les prêtres avaient prononcées contre lui. Hérode envoya de nuit les massacrer tous, en cachette du peuple, pour qu'il n'y eût pas de troubles, et ils installa d'autres prêtes. Et un matin la terre trembla tout entière et engloutit d'innombrables bestiaux et soixante mille hommes. Les Arabes, apprenant cet évènement, se sentirent plus forts que les Juifs, croyant Hérode et ses troupes saisis d'épouvante. Ils envahirent le pays, firent beaucoup de prisonniers et détruisirent beaucoup de cités. Et comme les Hérodiens n'osaient leur résister par leur peur du tremblement de terre, s'attendant sans cesse à la mort, le roi Hérode, en les voyants épouvantés, les réunit tous et se plaçant au milieu d'eux leur parla ainsi: “Hommes d'armes qui avec moi marchez et guerroyez, auxiliaires d'Hérode il me semble que votre peur est du dérèglement. Car quand le coup vient de Dieu il est juste de s'affliger, de perdre courage. Mais quand c'est des hommes ou d'un élément que vient le malheur, alors il ne faut pas s'épouvanter, mais plutôt être viril et se raidir et prendre les armes contre les présomptueux. Guerriers d'Israël et hommes d'armes d'Hérode écoutez Hérode [2] qui a beaucoup vu et beaucoup appris, qui a beaucoup donné et reçu à travers tous les pays.Je vais vous expliquer ce que c'était que ce tremblement de terre: c'est Dieu qui l'a produit pour abuser les Arabes...»

    Traduction d'après le texte grec de Flavius Josèphe



    [1] “or nous savons qu'Hérode est un Arabe incirconcis”: une affirmation fausse, sinon Hérode n'aurait pu épouser la fille du gran-prêtre ni compter d'autres femmes juives parmi ses épouses . Hérode était iduméen, une tribu convertie de force sous Hyrcan.

    [2] Hérode parlait-il de lui à la troisième personne? Pas dans le texte grec.
    Cette triple mention de son nom n'est pas sans faire penser à la redondance de Luc 23:6-8 qui prend tout son sens en fonction de l'étymologie. En effet Hérode est la composition de deux termes grecs signifiant: “ode au héros-demi-dieu”. Le rédacteur slavon avait donc connaissance de l'étymologie à travers laquelle il amplifiait l'exaltation du roi devant ses soldats.
    Cette redondance du texte slavon tend à manifester que le roi se déifiait lui-même se prenant pour le messie attendu. Elle est à mettre en lien avec l'interpolation sur les prêtres qui précède et sur les mages qui suit.


    Livre I, XX Hérode

    1 - «  Cependant le Roi Hérode parti pour Rhodes se présenta devant César sans couronne, avec les vêtements et l'attitude d'un particulier, mais avec l'esprit d'un roi. Il ne lui cacha rien de la vérité et lui dit sans peur: “Ô César, j'ai été fait roi par Antoine. Je te déclare que j'ai été un roi dévoué en tout à Antoine. Et, sans peur devant toi, je te déclare que tu m'aurais éprouvé dans les combats, si je n'étais parti en guerre contre les Arabes. Mais pour les secours et le blé je lui en ai envoyé des myriades. Et même après la défaite d'Actium, je n'ai pas abandonné mon bienfaiteur. Et, ne pouvant l'aider de mes bras, je fus pour lui un conseiller prudent en lui disant : II ne te reste qu'un remède, tuer Cléopâtre : alors richesses, or et cités, je te procurerai tout, et je me donnerai moi-même à toi, et avec autant de troupes que je pourrai je serai le premier à marcher contre César. Voilà ce que je lui disais. Mais sa passion pour Cléopâtre lui boucha les oreilles, avec Dieu qui t'a donné l'empire. Me voici donc vaincu avec Antoine et, m'ôtant la couronne, puisque la fortune l'a trahi, je me tiens devant toi en simple particulier. Pour espoir de salut j'ai mon courage : connais-moi d'après l'amitié que j'ai gardée pour Antoine. »

    2 - César lui répondit en ces termes :

    « Sois sans honte et sois sauf, et règne plus sûrement encore. Car maintenant tu es digne de commander à beaucoup, puisque tu défends si bien l'amitié. Mais efforce-toi d'être un ami fidèle pour nous aussi, plus fortunés. Car moi-même je fonde de brillantes espérances sur ton intelligence. Mais Antoine a bien fait d'écouter Cléopâtre plutôt que toi, puisque nous t'avons acquis pour ami par son forfait. Et Ventidius m'a écrit tout le bien que tu as fait et les secours que tu as envoyés à mes capitaines. Et maintenant je te confirme par décret la royauté, et je m'empresserai de te faire du bien pour te faire oublier Antoine. »

    Ayant ainsi honoré le roi, il lui imposa la couronne et confirma ce don par un décret où il louait beaucoup l'homme devant tous les auditeurs. Quant à lui, après avoir comblé César de présents, il s'en alla. Ensuite, comme César marchait sur l'Ëgypte à travers la Syrie, voulant soumettre ce pays et manifester sa victoire, Hérode le combla de toutes sortes de richesses royales et monta un festin pour lui et pour tous ses capitaines. Aux soldats en particulier il donna tout le nécessaire. Il leur procura aussi de l'eau en pays sans eau dans leur marche jusqu'à Péluse, et au retour également, et il prit soin de leur fournir tout le nécessaire.

    Aussi César, considérant sa dignité et sa grandeur d'âme, ajouta à son royaume Gadara, Hippos et Samarie et Anthédon et Gaza et Joppé et la Tour de Straton, et lui rendit ce que lui avait enlevé Cléopâtre : car ils étaient morts tous deux, elle et Antoine. Il lui donna aussi quatre cents Galates pour sa garde du corps. Il lui donna les provinces de Zénodore et la Trachonitide et la Batanée et Tauranitide. Il le mit aussi au-dessus des gouverneurs de Syrie et au-dessus de tous les capitaines, avec défense à eux de rien faire sans son ordre. César aimait Hérode par-dessus tous, immédiatement après Agrippa, et Agrippa l'aimait immédiatement après César. Aussi une richesse innombrable lui venait chaque jour, et il la répandait en bienfaits.

    Traduction du texte grec

     

    Comment Hérode dépêcha les mages persans observateurs des astres.

    ... Et ayant ainsi parlé il les congédia. Et il préposa des gardes pour les observer, et il en préposa certains sachant la langue perse pour écouter ce qu'ils disaient. Et étant enfermés ils commencèrent, à se plaindre en ces termes : « Nos pères étaient habiles observateurs des astres, et en regardant les étoiles jamais ils n'ont erré. Nous aussi, instruits par eux, jamais nous n'avonsfaussé la leçon des étoiles. Or que veut dire cela? Est-ce illusion, est-ce scandale? Il nous est apparu une étoile signifiant la naissance d'un roi qui tiendra dans sa main tout l'univers. Et, la vue fixée sur elle, nous avons marché une année et demie jusqu'à cette ville, et nous n'avons pas trouvé de fils de roi. Et l'étoile s'est dérobée à nous. En vérité nous avons été trompés! Mais nous enverrons au roi les présents que nous avions préparés pour le nouveau-né et nous le supplierons de nous laisser entrer dans son pays. »

    Les gardes vinrent trouver le roi et lui redirent le tout. Et celui- ci envoya chercher les Perses. Comme ils étaient en chemin, l'étoile leur apparut, insigne. Et ils furent emplis de joie. Ils vinrent auprès d'Hérode nuitamment avec hardiesse. Et il leur dit en secret de tous : « Pourquoi troublez-vous mon cœur et affligez- vous mon âme en ne disant pas la vérité? Pourquoi êtes-vous venus? » Et eux lui dirent : « 0 roi, nous n'avons pas deux paroles, notre conscience est simple. Notre science et notre art, l'astronomie, nos aïeux l'ont reçue des Chaldéens. Et en regardant les étoiles nous n'avons jamais failli. Une étoile nous est apparue, indicible, éloignée de toutes les étoiles. Elle n'était ni des sept planètes, ni des porte-lance, ni des porte-glaive, ni des sagittaires, ni des comètes, mais très lumineuse, comme le soleil, et joyeuse, et la vue fixée sur elle nous étions venus jusqu'à toi. Mais nous étant ici, elle s'est cachée jusqu'à maintenant. Or maintenant, comme nous venions vers toi, elle nous est apparue. »

    Et Hérode dit : « Pouvez-vous me la montrer? »

    Et eux dirent : « Nous pensons que tout l'univers la voit. » Et s'étant rendus au fenil, qui n'était pas couvert, ils lui montrèrent l'étoile. Et l'ayant vue, Hérode s'étonna fort et il se prosterna devant Dieu, car il était religieux.

    Et il leur adjoignit son frère et des boiars pour que, se mettant en route, ils vissent l'enfant nouveau-né. Mais comme ils étaient en chemin, de nouveau l'étoile se cacha.

    Et de nouveau ils revinrent. Et ils supplièrent le roi de les laisser aller seuls afin que, partant encore une fois en voyage, ils fissent des recherches et lui rapportassent des nouvelles. Et ils lui prê- tèrent serment, pensant que l'étoile leur montrerait le chemin. Et ils parurent en suivant l'étoile.

    Et le roi les attendit une année, mais ils ne revinrent pas. Il entra en fureur et appela un prêtre de son conseil et lui demanda si quelqu'un savait quelque chose de cette étoile. Et on lui répon- dit : « II est écrit : Une étoile se lèvera de Jacob et un homme se dressera de Juda. Daniel aussi écrit qu'il viendra un prêtre, mais nous ne savons pas qui il sera. Nous estimons qu'il naîtra sans père.[3] »

    Hérode alors dit : « Comment pourrions-nous le trouver? » Et Lévi dit : « Envoie à travers toute la terre de Judée rechercher tout ce qui est né du sexe mâle depuis que les Perses ont vu l'étoile jusqu'à ce jour : fais périr tous ces enfants, et alors celui-là aussi sera tué. Et le royaume te sera assuré ainsi qu'à tes fils et à tes petits-fils. »

    Et il envoya aussitôt à travers tout le pays des prédicateurs : qu'on leur apportât tout enfant mâle jusqu'à la troisième année, en vue d'honneurs et de présents en or. Et ils interrogeaient pour savoir si quelqu'un était né sans père, en faisant croire que le roi le prendrait pour fils et le nommerait César.

    Et comme ils n'en trouvèrent aucun de la sorte, Hérode ordonna de les massacrer tous, six fois dix mille, plus trois mille petits enfants. Alors, comme tout le peuple se lamentait et hurlait à cause de ce massacre, les prêtres vinrent le trouver et le supplièrent d'épargner les innocents : mais il les menaça de plus belle pour les faire taire. Ils tombèrent à ses pieds et demeurèrent ainsi pros- ternés jusqu'à la sixième heure. La fureur du roi remportait toujours. Alors ils se relevèrent et dirent : « Écoute tes esclaves, afin que le Très-Haut te couvre de bienfaits. Il est écrit que de Bethléem doit naître un Oint. Puisque tu n'as pas miséricorde de tes esclaves, alors fais périr les enfants de Bethléem, et épargne les autres. » II ordonna de la sorte, et furent massacrés tous les enfants de Bethléem.



    [3]Le personnage de Lévi fait le lien entre l'épisode des prêtres et des mages Persans. Pas plus que les prêtres, les mages ne reconnaissaient en Hérode celui qui devait régner sur l'Univers. Dire que le Messie “naîtrait sans père” est une expression qui ne relève pas plus de la tradition juive que de la tradition chrétienne. Vivant à une époque où le Christianisme s'implantait en Russie le rédacteur slavon cherchait-il à voir dans son prince le roi messie qu'attendaient les prêtres de Jérusalem et le souverain universel que recherchaient les mages persans  qui s' éloignèrent du royaume de Judée sans qu'on sût s'ils l'avaient trouvé ? Le prince Vladimir était un fils naturel de Sviatoslav I de Kiev; par son mariage avec Anne soeur de l'empereur Basile II il fut amené, avec son peuple, à embrasser la foi chrétienne.



    Les Edifices Hérodiens



    En la quinzième année de son règne il rebâtit le Temple et renouvela ses murs en doublant le terrain fortifié; il y dépensa des richesses innombrables et l'embellit d'ornements d'une beauté indicible. C'est ce dont témoignent les vastes portiques et la citadelle qui se dresse sur le flanc nord. Car tout cela il le dora et le nomma Antonia en l'honneur d'Antoine. Dans son hôtel il construisit un palais et y aménagea deux demeures admirables et dorées, dont il nomma l'une Césarée et 'autre Agrippie.

    Il ne se borna pas à attacher à des demeures leurs noms et leur mémoire : son ambition s'étendit à toutes les cités. A Samarie, il bâtit une bonne enceinte de vingt verstes, il amena six mille hommes avec leurs familles, leur donna une terre fertile et les installa là en leur octroyant des libertés insignes. Et au milieu, il éleva un temple de trois demi-verstes à César.

    Et il n'y eut pas de lieu dans son royaume où l'on n'honorât point César. Ayant vu une cité vétuste du littoral nommée Tour de Straton, comme le site était favorable, il remit tout à neuf en marbre blanc. Et il y amena l'eau par tuyaux de deux cents verstes. Et il y érigea une statue en pierre de César : on pouvait voir cette statue à mille verstes. Il dédia au royaume la ville, le port aux navigateurs, et à César la gloire de la fondation, et il baptisa cette ville Césarée [4].Il construisit aussi d'autres ouvrages magnifiques : un hippodrome, qu'il couvrit de marbre blanc; il pava aussi la place du marché sur vingt verstes et la couvrit d'un admirable portique. II reconstruisit Anthédon et la nomma Agrippie; et sur la porte du Temple il écrivit le nom d'Agrippa.

    Étant bon fils comme personne au monde, il bâtit une ville, y planta toutes sortes d'arbres odoriférants» y amena des cours d'eau, et la nomma Antipatris. A Jéricho aussi, ayant élevé une citadelle avec toutes sortes d'ornements, il la nomma du nom de sa mère Kypros. A Jérusalem, il bâtit une tour d'une hauteur et d'une beauté merveilleuses et l'appela, du nom de son frère, Phasaël. En transmettant à la postérité les siens et ses amis, il ne négligea pas non plus sa propre mémoire. Il bâtit des châteaux dans les montagnes d'Arabie, les garnit de pierres blanches, amena l'eau de loin à grands frais, plaça un escalier de trois cents marches blanches, bâtit des tours rondes et des salles magnifiques, recouvrit d'or murailles, enceintes et voûtes, et il nomma ce château Hérodion. Il ne se contenta pas d'embellir son domaine, il manifesta aussi sa générosité dans les pays étrangers. A Tripolis, à Damas et à Ptolémaïs, il construisit des hippodromes; à Byblos des murailles, des prétoires, des portiques, des temples et un marché; à Beryte et à Sidon de même ; à Laodicée sur la mer, il amena l'eau. Pour certaines, il aménagea des bois et des jardins; à d'autres, il donna de la terre avec des revenus, en sorte que la jouissance n'en cessât pas. A tous ceux qui en avaient besoin, il donna du blé. Et aux habitants de l'île de Rhodes, il accorda une forte somme pour la construction de navires; et à Pytho, quand le temple l'Apollon eut brûlé, il dépensa de grandes richesses pour le reconstruire, et il fit aux habitants une dotation à perpétuité. Aux Lydens et aux Samiens et aux Ioniens, il procura tout le nécessaire.

    Traduction du texte grec


    [4] Le rédacteur slavon a amplifié la splendeur de l'Hérodion qu'il couvrait d'or donnant à son escalier 300 marches (au lieu de 200); par contre il a évité de parler de la situation de Césarée en bord de mer avec la construction de son très remarquable port qui facilita considérablement l'implantation de Rome en Judée, ce que ne pouvait omettre un véritable historien. Mais habitant à l'intérieur des terres, le monde maritime devait lui échapper; Il s'est centré sur les caractéristiques romaines de la ville avec la statue colossale de l'empereur (Auguste) ce que Flavius Josèphe aurait évité en s'adressant à ses frères Juifs. La distance indiquée en verstes


     

    Livre II

    II-VI,1(fin)
    “Non seulement pour le salut de Niger mais aussi pour le salut d'autres hommes justes qui furent tués au temps d'Hérode Archélaüs et d'Antipas, Pilate et Agrippa jusqu'à maintenant".
    Niger, gouverneur de Pérée,considéré comme un traître par les Zélotes avait appelé sur leurs têtes la vengeance des Romains avant de mourir. Cette phrase, étrangement placée, détient une allusion directe à Jean-Baptiste, Jésus et ses disciples, la destruction de Jérusalem étant vue comme une réponse à la mort de Jean pui de Jésus puis de Niger.
    II - 110
    Hérode traversa le jourdain et prit des bains chauds à Callirhoé. Les source chaudes sortent du lac Asphaltite: elles sont douces et potables.

    Le lac Asphaltite était la dénomination de l'actuelle Mer Morte L'auteur de ces lignes ne la connaissait pas car il est impossible qu'en sorte de l'eau potable. Josèphe n'a pucommettre un tel impair dans sa première édition; par contre l'auteur slavon qui ne savait pas ce qu'était ce lac a remanié le texte de Josèphe sasn se rendre compte de sa bévue. Le texte grec, par contre est cohérent: “ces sources descendent vers le lac Asphaltite et leur douceur les rend potables”.


    Jean Baptiste

    Livre II, VII, 2

    Il y avait alors un homme qui parcourait la Judée dans des vêtements étonnants, des poils de bête collés sur son corps aux endroits où il n'était pas couvert de ses poils et de visage il était comme un sauvage. En abordant les Juifs, il les appelait à la liberté en disant : « Dieu m'a envoyé pour vous montrer la voie de la Loi, par laquelle vous serez sauvés à'avoir plusieurs maîtres et vous n'aurez plus sur vous de maître mortel, mais seulement le Très-Haut, qui m'a envoyé. » En entendant ces paroles, le peuple était heureux ; et toute la Judée le suivait, et les environs de Jérusalem. Et il ne leur faisait rien d'autre que les plonger dans le cours du Jourdain ; et il les renvoyait en leur enseignant de cesser de faire le mal, et qu'il leur serait donné un roi qui les libérerait et soumettrait tous les insoumis, et ne serait lui-même soumis à personne. Les uns se moquaient de ses paroles, les autres y ajoutèrent foi. Il fut amené auprès d'Archélaüs, et les docteurs de la Loi se réunirent, et on lui demanda qui il était et où il avait été jusque alors. Et il répondit en disant : « Je suis l'homme que l'Esprit de Dieu m'a assigné d'être, me nourrissant de roseaux et de racines de jeunes arbres.» Comme ils menaçaient de le torturer s'il ne cessait ces paroles et ces actes, il dit : « C'est vous qui devez cesser vos actes impurs et adhérer au Seigneur votre Dieu. » Alors, se levant avec fureur, un scribe, Simon, essénien d'origine, dit : « Tous les jours nous lisons la divine écriture, et toi, sorti aujourd'hui de la forêt comme une bête, tu oses nous faire la leçon et séduire le peuple avec tes paroles impies ? » Et il s'élança pour déchirer son corps. Mais lui, leur faisant reproche, dit : « Je ne vous découvrirai pas le mystère qui est parmi vous puisque vous ne l'avez pas voulu. Ainsi est venue sur vous une perdition invincible, et par votre faute. » Ayant ainsi parlé, il s'en alla de l'autre côté du Jourdain ; et, sans que personne osât l'en empêcher, il continua d'agir comme auparavant.

    Traduction du texte grec

    II-IX, 1
    Quand son domaine eût été retiré à Archélaüs, César le donna à ses procurateurs. Philippe et Antipas - surnommé Hérode - gardèrent leurs tétrarchies et fondèrent nombre de villes: Césarée , Julias et Tibériade en l'honneur de Tibère. Après la mort d'Auguste maître de l'Univers qui avait régné cinquante sept ans six mois et deux jours, l'empire passa à Tibère fils de Julie. Philippe, étant dans sa province, vit en songe : un aigle qui lui arrachait les deux yeux. Il rassembla tous ses sages. Comme tous expliquaient le songe différemment, cet homme que nous avons représenté plus haut marchant vêtu de poils de bêtes et purifiant le peuple dans les eaux du Jourdain vint le trouver subitement, sans être appelé, et dit : « Entends la parole du Seigneur. Ce songe que tu as vu, l'aigle, c 'est ton amour du lucre , car cet oiseau est violent et rapace ; et ce péché te ravira tes yeux, qui sont ta province et ta femme. » II parla ainsi, et avant le soir Philippe trépassa, et sa province fut donnée à Agrippa . Et sa femme Hérodiade fut épousée par Hérode, son frère. À cause d'elle, tous les docteurs de la Loi avaient horreur de lui, mais ils n'osaient pas l'accuser en face. Seul cet homme qu'ils appelaient sauvage vint le trouver avec fureur et dit : « Puisque tu as épousé la femme de ton frère qui méprisait la Loi, de même que ton frère est mort d'une mort impitoyable, ainsi tu seras frappé par la faux céleste. Car la divine providence ne le souffrira pas en silence, mais elle te fera périr de chagrins cuisants en d'autres contrées, parce que ce n'est pas une progéniture que tu veux procurer à ton frère, c'est un désir charnel que tu satisfais et tu commets un adultère, puisqu'il y a quatre enfants de lui. » Hérode, à ces mots, entra dans une grande colère, et ordonna de le battre et de le chasser. Mais lui ne cessa pas. Partout où il trouvait Hérode, il l'accusait, jusqu'à ce qu'il en eût assez, et il lui fit trancher la tête (ou le mit au cachot). Ses moeurs étaient étranges, et sa vie n'était pas celle d'un homme, car son existence était celle d'un esprit immatériel. Ses lèvres ne connaissaient pas le pain, et à la Pâque il ne goûtait pas non plus aux azymes, disant qu'ils avaient été donnés à manger en souvenir de Dieu qui avait sauvé le peuple de la captivité, et que le chemin était bref vers la délivrance . Le vin et la cervoise, il ne les laissait même pas approcher de lui. Il avait dégoût de toute chair animale. Il confondait toute injustice. Et il vivait des racines de jeunes arbres.

    Hérode (Antipas) alla trouver Tibère [5] pour le supplier d 'honorer son pouvoir du titre royal. Et César fut irrité de son insatiabilité: il lui enleva sa province qu'il ajouta au domaine d'Agrippa et l'exila en Espagne avec Hérodiade. Et là tous deux périrent avec bien des souffrances.

    2 - Ensuite Tibère envoya en Judée un procurateur, qui en cachette, la nuit apporta à Jérusalem l'image de César nommée semaia et la dressa sur la cité. Le matin venu les Juifs à sa vue furent en proie à un grand tumulte.Ils étaient effrayés du spectacle, voyant leur loi foulée aux pieds. Car elle interdit  qu'il y ait dans la cité aucune image. Les gens des environs quand ils eurent appris l'évènement, accoururent tous en hâte. Ils se précipitèrent à Césarée et supplièrent Pilate de retirer la semaia de jérusalem et de leur accorder de maintenir les coutumes de leurs pères. Pilate repoussant leurs prières, ils tombèrent prosternés et restèrent ainsi, immobiles, cinq jours et cinq nuits.

    3 - Après quoi Pilate s'assit sur son trône dans le grand hippodrome et convoqua le peuple comme pour lui donner sa réponse. Puis il ordonna aux soldats de cerner subitement les Juifs, en armes. Ceux-ci à la vue de ce spectacle inattendu, trois régiments qui les entouraient, tremblèrent grandement. Pilate, menaçant, leur dit: "je vous sabrerai tous si vous ne recevez l'image de césar". Et il commanda aux soldats de tirer les glaives. Tous les Juifs, d'un commun accord se jetèrent à terre et tendirent le cou en clamant: nous sommes prêts à l'immolation, comme des brebis, plutôt que de transgresser la Loi.“ Et Pilate, étonné de leur crainte de Dieu et de leur pureté fit retirer de Jérusalem la semaia.

    Jésus et ses disciples

    Traduction du texte grec

    3 bis - Alors parut un homme, s'il est permis de l'appeler homme. Sa nature et son extérieur étaient d'un homme, mais son apparence plus qu'humaine, et ses oeuvres divines : il accomplissait des miracles étonnants et puissants. Aussi ne puis-je l'appeler homme. D'autre part, en considérant la commune nature, je ne l'appellerai pas non plus ange. Et tout ce qu'il faisait, par une certaine force invisible, il le faisait par la parole et le commandement. Les uns disaient de lui : “ C'est notre premier législateur qui est ressuscité des morts et qui fait paraître beaucoup de guérisons et de preuves de son savoir. ” D'autres le croyaient envoyé de Dieu. Mais il s'opposait en bien des choses à la Loi et n'observait pas le sabbat selon la coutume des ancêtres ; cependant, il ne faisait rien d'impur ni aucun ouvrage manuel, mais disposait tout seulement par la parole. « Et beaucoup d'entre la foule suivaient à sa suite et écoutaient ses enseignements. Et beaucoup d'âmes s'agitaient, pensant que c'était par lui que les tribus d'Israël se libéreraient des bras des Romains. Il avait coutume de se tenir de préférence devant la cité, sur le mont des Oliviers. C'était là qu'il dispensait les guérisons au peuple. Et auprès de lui se rassemblèrent cent cinquante serviteurs, et d'entre le peuple un grand nombre. Observant sa puissance, et voyant qu'il accomplissait tout ce qu'il voulait par la parole, ils lui demandaient d'entrer dans la ville, de massacrer les troupes romaines et Pilate, et de régner sur eux. Mais il n'en eut cure. Plus tard, les chefs des Juifs en eurent connaissance, ils se réunirent avec le grand prêtre et dirent : “ Nous sommes impuissants et faibles pour résister aux Romains, comme un arc détendu. Allons annoncer à Pilate ce que nous avons entendu, et nous n'aurons pas d'ennuis : si jamais il l'apprend par d'autres, nous serons privés de nos biens, nous serons taillés en pièces nous-mêmes et nos enfants dispersés en exil. ” Ils allèrent le dire à Pilate. Celui-ci envoya des hommes, en tua beaucoup parmi le peuple et ramena ce thaumaturge. Il enquêta sur lui, et il connut qu'il faisait le bien et non le mal, qu'il n'était ni un révolté, ni un aspirant à la royauté et le relâcha, car il avait guéri sa femme qui se mourait. Et, venu au lieu accoutumé, il faisait les oeuvres accoutumées. Et de nouveau, comme un plus grand nombre de gens se rassemblaient autour de lui, il était renommé pour ses oeuvres par-dessus tous. Les docteurs de la Loi furent blessés d'envie, et ils donnèrent < talents à Pilate pour qu'il le tuât. Celui-ci les prit et leur donna licence d'exécuter eux-mêmes leur désir. Ils le saisirent et le crucifièrent en dépit de la loi des ancêtres. »

    4 -Après quoi ils soulevèrent une seconde émeute, car le trésor sacré nommé Korbonas[6], avait été enlevé par Pilate qui le dépensait pour la construction des conduites d'eau, pour amener l'eau du Jourdain de quatre cents stades. Comme le peuple clamait contre lui, il envoya des hommes les frapper avec des bâtons. Il y en eut trois mille d'écrasés en fuyant et le reste se tut. X - 1 Après Tibère, Gaius fut César , qui se saoula de sa fortune, enleva à la patrie ses hommes bien nés et étendit son impiété sur les Juifs... XI - 6b Si quelqu'un s'écartait de la lettre de la Loi, le fait était révélé aux docteurs de la Loi. On le mettait à la torture, et on le chassait ou bien on l'envoyait à César. Et sous ces procurateurs apparurent de nombreux serviteurs du thaumaturge déjà décrit, et ils disaient au peuple que leur maître était vivant, bien qu'il fut mort : “ Et il vous libérera de la servitude. ” « Et beaucoup d'entre le peuple écoutèrent leurs paroles. Ils prêtaient l'oreille à leurs commandements, non pas à cause de leur renommée, car ils étaient de petites gens, les uns tailleurs de voiles, les autres savetiers, d'autres artisans. Mais ils accomplissaient des signes merveilleux en vérité, tous ceux qu'ils voulaient. Alors ces nobles procurateurs, voyant l'égarement du peuple, complotèrent avec des scribes de les saisir et de les tuer : car une petite chose cesse d'être petite quand son aboutissement est une grande chose. Mais ils eurent honte et peur devant les signes: ils disaient que la magie ne faisait pas tant de miracles ; si ces gens n'étaient pas envoyés par la providence de Dieu, ils seraient bientôt confondus. Et licence leur fut donnée de circuler à leur gré. Ensuite, importunés par eux, ils les dispersèrent, envoyant les uns à César, les autres à Antioche pour comparaître, et d'autres dans des régions lointaines.  


    [5] Tibère apparaît là où est attendu le nom de Caligula. C'est en effet Caligula qui dota Agrippa d'un royaume que lui jalousa sa soeur Hérodiade et qui exila celle-ci avec son mari. Des faits attestés par Philon d'Alexandrie (Flaccus, V,25 et suivants). On penserait à une erreur de scribe et à un mauvais emplacement du praragraphe si la chronologie entière des fils d'Hérode n'avait déjà été revue par rapport à Jean-Baptiste qui se retrouvait adulte au temps d'Archélaüs et qui serait mort après Philippe . Le rédacteur slavon a donc pris une certaine liberté par rapport aux récits de Flavius Josèphe et des évangiles.
    À noter le mot “cervoise” très inattendu pour une contrée du Moyen-Orient.
    À noter encore le terme "semaia" qui n'a pas trouvé de traduction. Le texte grec parle d'images de César appelées
    αἳ σημαῖαι, désignant spécifiquement les enseignes des armées. Le rédacteur slavon a gardé le terme grec parce qu'il n'en saisissait apparemment pas l'exacte teneure.
    [6] À noter l'expression: “Le trésor sacré nommé Korbonas” traduisant le parallèle trouvé dans le texte grec: Flavius Josèphe prenait le soin de dire à des Grecs que ce trésor était communément appelé en Hébreu Korban (grécisé korbonas). Matthieu 27:6 l'appelait Korbana. Dans l'original sémitique, Korban se suffisant à lui-même, Josèphe n'avait pas besoin de rappeler que le trésor sacré était nommé ainsi.