Manifestation sur la montagne
Canaan depuis le Nebo

 


Le Mt Carmel
har Karmel











L'envoi des Douze, la multiplication des pains, la manifestation sur la montagne (transfiguration), et passage en Samarie:

Evangile de Luc selon le codex Bezae Cantabrigiensis, notes du chapitre IX

1 - Il leur donna puissance et autorité sur toute démone et des maladies pour prendre soin.
Toute démone : démon est ici au féminin singulier; Jésus ne donnait pas autorité sur tous les démons, mais sur toutes sortes de démons et sur les maladies.
Pour prendre soin : le verbe est à prendre au sens absolu, sans complément d’objet direct, comme en Lc 9,6; maladies   qui le précède, est à rattacher au début du verset. Les maladies, sur le même plan que les démons, étaient considérées comme des puissances extérieures aux humains (cf. 4,39, 5,13, 8,2). Luc n’a pas commis un contre-sens en donnant à entendre que Jésus envoyait ses apôtres prendre soin des maladies. Sous sa plume, partout ailleurs en effet,  vient l’ expression soigner les malades (4,40, 9,2,11), ou soigner  les gens de leurs maladies (5,15,17, 7,21, 8,2); ce même verbe sans complément d’objet direct décrit le rôle des lévites: les fils de Lévi  qui prennent soin à Jérusalem  (Tb 1,7).
    Prendre soin des maladies  est un  “non-sens“ fréquent dans la littérature ; Matthieu ne l'a pas évité (4,23,9,35,10,1, et 8,3).
Peut-être l’évangéliste Luc était-il ce médecin dévoué à Paul? Toujours est-il que soins et guérisons sont toujours envisagés par lui sous l’angle corporel et spirituel.

 5 -Secouez la poussière de vos pieds 
La forme verbale est empruntée à Mc 6,11 ou Mt 10,14; Luc fit usage de ce même verbe en deux autres sentences similaires (Ac 13, 51 et 18,6). Le choix dans les autres manuscrits s’est porté sur le préfixe ἀπο ( Ac 28,5), avec l’impératif présent et non plus aoriste.
     Il est dit dans le traité Berakot (IX,5, ou Yebamot 6b): "Personne ne doit entrer sur l'esplanade du Temple avec son bâton, ses chaussures, avec sa bourse ou de la poussière aux pieds!".  Cette marque de respect, les disciples étaient en droit de l'attendre pour eux-mêmes lorsqu'ils annonçaient la royauté de Dieu, puisqu'ils se présentaient sans bâton ni besace ni argent (v.3) et sans porter de chaussures (10,4). Reçus ils auraient les pieds lavés. S'ils ne l'étaient pas, ils n'avaient pas à se charger de la poussière du lieu.

De la mort de Jean à la manifestation de Jésus en gloire.

9 - Moi, j’ai décapité...moi, cela j’entends.
De même qu’ Hérode Antipas entendait  de lui-même, de même avait-il décapité Jean Baptiste de lui-même. Le verbe décapiter  n’est pas factitif (faire faire, faire décapiter); il est   renforcé par le pronom personnel moi; Hérode prêtait l’oreille aux dires, après qu’il eut lui-même décapité Jean; la formulation de la phrase met bien en avant un acte fait de sa main. Cette parole n’est pas suivie de la légendaire histoire du festin d’anniversaire contrefaite par Marc (Mc 6,21-29) qui en Hérodiade voyait l’ “anima” d’Hérode.
 En usant du procédé qui consiste à noircir un personnage pour en laver un autre, Marc réorientait la tragédie. L'accumulation de détails contradictoires mêlés d'emprunts littéraires pose la question de la vraisemblance des faits. Poussé à l'extrême, son festin d'anniversaire est un récit cousu d'un fil sanglant digne de séries noires: la mère d'une fillette lui suggérant de faire amener devant elle, sur un plateau, la tête d'un décapité, comment la fillette  n'exprimerait-elle pas son épouvante? Hérodiade image de la perfidie ligotant dans son voeu son propre époux! Le festin d'anniversaire donné au lieu même de la prison, le voeu du roi formulé suite à la danse, tout cela relève de la "phantasmagorie".
En allant jusqu'à faire d' Hérode Antipas un disciple de Jean, et en l'innocentant de toute intention meurtrière, Marc dressait le portait d'un homme débonnaire. et son tableau du festin d'anniversaire avait pour effet de détourner l'attention de la tragédie vécue par le prophète.
Hérode Antipas fut le troisième représentant d'une dynastie qui en compta sept; le dernier, Agrippa II, s'éteignit à la fin du premier siècle; la communauté des croyants eut à s'affonter à eux notamment Jacques et Paul  ( Ac 12,2 et 26,32). Pour tenter d'apaiser la vindicte à l'égard des chrétiens qui auraient pu fréquenter leur cour, on peut imaginer que Marc ait estimé utile de maquiller les conditions du meurtre. Ne pas accentuer le rôle de la dynastie Hérodienne dans les mises à mort de Jean, de Jésus et de Jacques, puis dans le complot contre Paul c'était se donner les moyens d'une conciliation. Mieux valait ne pas attiser les persécutions. Mais en blanchissant Antipas, et en offrant une certaine connivence avec le pouvoir en place dont les actes n'étaient pas dénoncés, la conscience était-elle apaisée?
    
10 -  Il se retira à l' arrière en privé
Le verbe avec le préfixe ana indique un retour en arrière qui peut être géographique ou figuré (battre en retraite) et l'adverbe signifie , en privé (plutôt que à l'écart ou solitairement  qui est rendu par un autre adverbe, cf 9,18). Le fait que les apôtres aient qualifié au v 12 l'endroit de désert, a pu pousser certains scribes à remplacer le terme village par différentes leçons qui hésitent entre la ville  ou le lieu désert
En apprenant la mort de Jean, il était légitime que Jésus souhaitât prendre un temps de recul par rapport aux évènements en se retirant avec ses Apôtres aussi loin que possible de Tibériade, ville du tyran.

- Vers un village dit Bethsaïde .
[vers une ville appelée Bethsaïde]
La même orthographe Bêdsaïdav est en Jn 12,21D alors que Bedsaïdav se lit en Lc10,13D, là où Mc 6,45 parle de Bessaïdav . Il y eut ensuite une harmonisation de l'ensemble des manuscrits tant en Marc qu'en Luc, basée sur l'orthographe de Mt 11,21: Bêthsaidav, qui en araméen signifie “maison de pêche” . Le d au lieu du th est fréquent dans l'orthographe des noms propres du codex Bezæ.
Bethsaïde, n’était pour Luc qu’un village tandis que les autres Synoptiques ne donnaient que le nom du lieu sans autre précision. Pour jean, c'était la ville d'André et de Pierre.
Les scribes ont hésité entre un lieu désert nommé Bethsaïde(Sinaïticus), un lieu désert de la ville de Bethsaïde (A) ou bien la ville de Bethsaïde (B). On pensait savoir par F Josèphe, que de Bethsaide le tétrarque Philippe avait fait une ville nommée Julias, mais comme Eusèbe dans son Onomastica Sacra n'en disait qu'une ligne en référence aux évangiles, il est probable que de son temps la ville n'existait plus.
Luc n'avait pas nommé Tiberias édifiée par Antipas et à la Julias de Philippe il avait préféré  l'ancien nom du lieu. Il est possible et vraisemblable que le village de pêcheurs qu'était Bethsaïde ait subsisté à côté de la nouvelle ville Julias. L'archéolgie hésite entre deux lieux possibles: A El Tell, ci-contre, dont l'emplacement est assez distant du lac et qui recèle peu de vestiges d'époque romaine, serait préféré El Araj en partie noyé sous les eaux du lac et qui resterait à fouiller.

14 - Ils étaient en effet des mâles  comme  cinq mille.
Ôs , comme, introduit une comparaison, à la différence de ôsei qui commande une estimation, environ; (cf Jos 7,4,  Jg 8,10.9,49,16,27 et ôs pour l’ étalonement de deux chiffres en Jos 7,3) .  L’image de cinq millle hommes,  des mâles avec andres, devait évoquer un certain type de rassemblement ; ainsi celui des cinq mille de l’armée de Josué (Jos 8,12); mais c’est plus prosaïquement vers les soldats de la légion romaine que  pourraient se tourner les regards; une  légion sous le Principat ne dépassait pas 5100 hommes (6000 sous la République, 1000 au IVème siècle). Les habitants des campagnes en redoutaient le passage qui ne leur laissait plus guère de vivres. A l’image des légions réparties en cohortes manipules et centuries, Jésus fit diviser cette foule de cinq mille personnes en groupes ordonnés d’environ cinquante, invitant ses Apôtres à les nourrir  - donnez leur vous-mêmes à manger, v.13 - plutôt qu’à en faire porter le poids aux habitants d’alentour.
    Cette image des 5000 mâles  semble avoir gêné Matthieu qui ajouta: sans les enfants et les femmes  (Mt 14,21).
Faites les s'étendre par campements d'environ 50.
Dans son sens premier κλισίας désigne un abri pour dormir telle la tente du soldat; comme le jour baissait ils s'allongeaient surtout pour dormir.
πεντακισχίλιοι et πεντήκοντα évoquent “la cinquantaine” où la Pentecôte. La fête, semble-t-il était proche: cf les neuf premières semaines du ministère de Jésus.

16 - Il pria; puis il prononça la bénédiction sur eux, et il donnait aux disciples.
[et non: Il les bénit, et il rompit et il donnait aux disciples].
Jésus pria; un acte souvent remarqué en Luc; ensuite il ne bénit point les pains, mais sur  eux il prononça la bénédiction d’usage, qui elle, est adressée à Dieu. L’acte de  donner est à l’imparfait, indiquant une action prolongée et renouvelée (geste à comparer avec  la Cène dite d’Emmaüs  en 24,30); c'est  parce que Jésus ne cessait de donner que tous furent rassasiés. Ce tableau offre une autre image de la multiplication des pains puisque  l'acte de  rompre n’est pas mentionné; n’aurait-il pas été ajouté sous l’influence du rite eucharistique?

17 -  Douze.
Le chiffre douze se rapporte ici aux paniers de morceaux de pain récoltés après la multiplication des 5 pains présentés à Jésus; évoquait-il pour l’auteur les douze pains de proposition offerts au Temple?
    Depuis le début du chapitre huitième, le chiffre douze est énoncé avec insistance, en des circonstances diverses: l’évangélisation avec les Douze et des femmes, la guérison de femmes l’une de douze ans, l’autre malade depuis douze ans, l’envoi des Douze, les douze paniers restant après la multiplication des pains distribués par les Douze ; un total de six fois (8:1,42,43; 9:1,12,17). Ensuite, douze ne se rencontre plus avant 10,1 : “il désigna  72 autres”;  72, ou six fois douze; par ce jeu de gématrie,  soixante douze était préparé depuis le chapitre huit. La formation à l’annonce de la bonne nouvelle commencée en 8,1 ne s’arrêtait pas aux seuls apôtres, mais  s’adressait au plus grand nombre.

19 - ils dirent: "Jean le Baptiste"; d'autres : "Elie ou l'un des prophètes.
[Ils dirent: Jean Baptiste; les autres, Élie; les autres, qu'un des anciens prophètes est ressuscité.]
Le codex Bezae est conforme aux parallèles de Marc et Matthieu . “Un des anciens prophètes ressuscités" est une glose explicative.

20 -  Tu es le Christ fils de Dieu (D05, it boms 28,892)
[Tu es le Christ de Dieu]
Fils de Dieu   associé à Christ (l'oint), ou Messie, évoque  le “Saint de Dieu” , c'est-à-dire le grand-prêtre (cf Lc 1:35; 4:34,41). Aussi le Messie dit en outre Fils de Dieu réunissait les deux pouvoirs, religieux et politique. Dans le parallèle évangélique de Marc 8,29 il n'y a qu'une seule réponse “tu es le Christ”, et en Matthieu un titre : “tu es le Christ, le Fils  de  Dieu-le-Sauveur”  (16,16D rectifié dans les autres manuscrits en Dieu-le-Vivant puisque c'est Jésus même qui est Sauveur).
“Le Christ Fils  de Dieu”  apparaît comme  la réponse initiale de Pierre; elle se retrouve  en 23,35 dans un grand nombre de manuscrits lors des invectives contre Jésus en croix, de même qu' en Ac 8,37 dans la confession de l'eunnuque baptisé par Philippe.
Marc, pour sa part, prêtait cette confession du fils de Dieu à un païen , le centurion qui remplissait son service au pied de la croix; ce Romain était sensé se référer à Auguste qui avait sur ses monnaies le titre Filius Dei. Ce titre recouvrait l' état divinisé de celui qui, avec le commandement, assumait le rôle de Pontifex Maximus.
Cf : Jésus "Fils de Dieu" .

22 - Il faut pour le Fils de l’homme souffrir...et après jours trois  se lever.
[et le troisième jour être réveillé]
En hébreu la formule correspondante au δει grec ( “il faut"), est YL+infinitif, (“il incombe à...”) . L’hébreu marquait moins une nécessité qu’un devoir. Jésus exprimait ce qu'il estimait être son devoir en tant que Fils de l'homme. Cette prophétie sur les jours de la Passion englobait les jeudi, vendredi et  samedi, la résurrection  intervenant dans la nuit du samedi au dimanche.  La même formulation a été adoptée, avec une inversion des termes, en Mc 8,31 et Mt16,21D. Cet ordre-ci dénote un septantisme (cf. Gn 1,13, 42,17 2R 18,10 etc), qui a un antécédent strict dans ce même évangile en 2, 46: Jésus fut retrouvé par ses parents dans le Temple “après  jours trois”  de recherche. Quel  lien direct le rédacteur souhaitait-il créer entre les deux événements? Voyait-il dans la  séparation d’avec la mère et le milieu familial, une nécessité à laquelle faisait écho la séparation d’avec sa propre vie humaine?
    Le verbe se lever  est à la voix active, (sinon au futur de la voix moyenne) chez les trois synoptiques dans  le codex Bezæ,  et ce, pour les deux annonces concernant la Résurrection. En disant son intention Jésus s'engageait lui-même: il n’allait pas se lever grâce à une puissance extérieure à lui, mais  de lui-même, après avoir été mis à mort, il se lèverait. Au-delà d'une prophétie, cette annonce constituait un engagement de sa part.
Ultérieurement, dans les autres manuscrits, se lever fut remplacé par son synonyme réveiller  à la voie passive; mais sans complément d’ agent, la voie passive est à considérer comme une  voie moyenne, se réveiller . La  différence entre se lever (à l'actif) et se réveiller (au moyen-passif) est minime. Toutefois Pierre et Paul disaient l’un comme l’autre, que Dieu avait ressuscité Jésus d’entre les morts (Ac 3:15;4:10; 13:23,30, Ro 10:9 etc), semblant ne pas considérer Jésus comme acteur dans sa résurrection. On peut donc penser que le texte des Synoptiques fut retouché d'une manière qui tendait à concilier ces deux aspects.

 L'évangéliste Luc s'est fait le rapporteur de cinq paroles de Jésus sur sa Passion où en quatre d'entre elles il avait annoncé sa Résurrection (cf 9:22 et 43-46; 17:23-25; 18:31-34; 24:6-8) s’engageant à "se lever" après sa mort. Ce verbe est à l'infinitif actif dans la première et la cinquième, au futur moyen dans la quatrième; dans l'un et l'autre cas il se présentait comme sujet de l'action; il n'envisageait pas sa Résurrection de manière passive puisqu'il allait l'accomplir de lui-même. En comparaison, le fait d'être livré et mis à mort apparaissait comme une action subie par lui et donc indépendante de son intention propre. En contraste, la Résurrection était annoncée comme un acte de sa volonté, une intention qu'il s'engageait à réaliser. Devant ses disciples, à trois reprises, Jésus avait promis de se lever après sa mort.
 
        Mais dans les annonces 2 et 4, Luc a souligné que les Apôtres n'avaient pas compris ce que Jésus leur avait dit. Si bien qu'au jour de la Pentecôte, sans citer les paroles de Jésus, Pierre donnait sa propre lecture des évènements: "Ce Jésus donc, Dieu l'a relevé; de cela tous nous sommes témoins" Ac2,32. A la différence des femmes qui en revenant du tombeau faisaient mémoire des paroles mêmes de Jésus (Lc24,8), Pierre fit appel à des citations de l'Ecriture pour dire que la Résurrection était l'oeuvre de Dieu qui avait relevé le Christ d'entre les morts; il ne recevait pas ce fait comme une intention en acte de Jésus, mais comme une manifestation de la Toute Puissance de Dieu agissant à travers lui. Pierre  fut appuyé par Paul (1Co15 1-28) et la tradition apostolique.
         En signifiant que les Apôtres ne comprenaient pas les paroles de Jésus et qu'elles leur demeuraient cachées, Luc a eu recours aux temps de l'imparfait et du parfait. Il indiquait par là que cet état de fait se prolongeait.
    
    
23 - *[ qu’il prenne sa croix chaque jour].
Annotation absente du codex Bezæ. Son insertion plus tardive viendrait d’une harmonisation avec Mc8,34, et Mt 16,24.

 25 - En effet qu’est-ce qui  est utile pour un humain: gagner le monde entier - se perdre alors soi-même - ou éprouver une perte ?
 [Quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier s’il se perd ou se ruine lui-même?]
La phrase diffère ici par la voix et le mode des verbes; la principale est une question (comme en Mc 8,36), suivie de deux propositions contraires, séparées par un membre de phrase en enclave;  le verbe au passif ζημιωθῆναι, signifie subir une peine, une perte,  être dépouillé ;  il est placé en contraste avec le verbe gagner (comme en Phi 3,8). Si dans la Septante, ce verbe est pris dans le sens d’indemniser  (Ex 21,22, Dt 22,19), le  correspondant hébraïque , implique un châtiment sinon une peine.
    Il semblerait que  Jean Baptiste dont  la mort était connue depuis le v.9, et dont on reparlait au v.19, se soit profilé derrière cette remarque de Jésus. Il avait été plus utile pour lui de vivre une mort injuste que de gagner d'autres disciples s'il avait dû le faire en se trahissant lui-même. Et Jésus n’avait-il pas trouvé préférable d’endosser la perte de Jean-Baptiste, plutôt que de se prosterner devant le diable lorsqu’il lui présentait la domination sur le monde entier? (cf 4,5). La personne de Jean est encore présente au verset suivant.

26 - Car celui qui aurait honte de moi et des miens   *[ mots].
Le pronom masculin pluriel, les miens  n’est suivi ici d’aucun substantif tant dans le grec que dans le Latin correspondant; il a été complété dans d’autres manuscrits par "les miennes paroles", en harmonie avec Mc 8,38 . Cependant “les miens”, pourrait tout autant concerner des personnes, comme ces “saints envoyés”  en fin de verset , dont Jean Baptiste était le représentant par excellence (cf 7, 27).

- et de son Père .
 Le pronom personnel vient d’une influence des parallèles de Marc et Matthieu, car en Luc Jésus parle toujours du Père et non de “son Père”. Sauf exception en 2,49, où mon Père  pourrait avoir été une expression employée couramment par les enfants pour désigner Dieu.

27 - Sont  certains de ceux qui s’étant tenus ici, ne goûteront pas la mort jusqu’à ce qu’ils voient le Fils de l’humain venant dans sa gloire.
[ certains de ceux   qui se se tiennent là, ne goûteront pas la mort Jusqu’à ce qu’ils voient la royauté de Dieu.]
S’étant tenus:  à la voix  active ce parfait garde sa valeur de parfait, tandis qu’au moyen-passif il s’emploie pour un présent, “se tenant”. La question qui se pose est de savoir de qui Jésus parlait.
“Ici” :  cet adverbe (choisi également par Mt 16,28) a été remplacé dans les autres manuscrits par “là”.  Or ici  bien que d’emploi courant, se retrouve dans la vision sinaïtique d’Ex 3,5 “n’approche pas d’ici... car le lieu où tu te tiens est une terre sainte”; il y recouvre un adverbe moins fréquent en Hébreu halom , mais qui est toujours en rapport avec les lieux de culte et d’oracle (cf 1 S14,36,38etc). L’importance de cet adverbe est à relever puisque il sera deux autres fois sur les lèvres de Pierre au verset 33: “il est bon pour nous d’être ici..que je dresse ici trois tentes”.  Il est donc, plus que  probable, que la montagne où Jésus se rendit était considérée comme un haut-lieu d’histoire sainte.

Qui ne goûteront pas la mort : à qui était il faisait allusion à travers ces paroles? Si c’était à  Pierre, Jacques et Jean nommés au verset suivant,   pourquoi Jésus  aurait-il annoncé leur mort comme un fait  proche? Aurait-il employé l'expression "goûter la mort" pour Jacques qui allait mourir sous les coups d'Hérode Agrippa? Se pourrait-il qu’il ait parlé  secrètement de Moïse et d’Elie qui allaient se tenir  avec lui sur la montagne (v.32), comme ils s’y étaient  tenus auparavant (Ex 33,21 et 1R19,11) avant d’entrer dans la nuée  (Ex24,18) ? Tous deux avaient vu passer le Seigneur sur la montagne (Ex 33,22,34,6; 1R19,13). Elie était réputé ne pas avoir connu la mort, quand à Moïse les conditions de sa sépulture demeurèrent inconnues. Moïse était réputé , comme Aaron et Myriam, être mort de la bouche du Seigneur, une image rendue autrement par cette expression proprement rabbinique et justement adoptée par Luc: goûter la mort (taham mita) à propos d’une mort donnée par la main du ciel. Les trois Apôtres ressentirent de l’effroi en voyant Moïse et Elie  entrer dans la nuée, puis être soustraits à leur regard...avant que ces deux hommes n’apparaissent en habit d’éclair devant les femmes au jour de la Résurrection  (24,4).

 Le Fils de l’humain venant dans sa gloire :  la gloire de la transfiguration, la gloire de la résurrection, ou la gloire du monde futur? cette sentence  qui faisait écho aux v. 26 et 31 sur  la gloire de celui qui vient  (même participe présent qu’en 7,19-20), annonçait la manifestation sur la montagne. Le choix du TA en corrélation avec Mc 9,1 et Mt 16,28 s'est reporté sur  la venue de la royauté de Dieu , considérant que la venue du Christ dans sa gloire est toujours en attente de réalisation. Cependant la royauté de Dieu qui est déjà présente au coeur (Lc 6,20, 17,21) par la proclamation de la parole (Lc 8,1,10, 9,2,11) ne fait  pas partie du domaine des apparences  tactiles, à la différence du  Fils de l’humain, capable, lui, de se rendre visible dans sa gloire.
La parole originelle est celle de Luc D05, elle fut réinterprétéée par Marc, Matthieu mêla ce qu'il lisait chez les deux autres Synoptiques. Le texte de Luc fut ensuite repris avec une formule qui lui était familière: la royauté de Dieu.

28 - Environ huit jours après ces paroles.
Il s'agit bien d'“environ” avec ὡσεὶ.
Sur la date de l'évènement cf:
"Les neufs premières semaines du ministère de Jésus”

emmenant Pierre et Jacques et Jean
[Pierre et Jean et Jacques]
Jacques était nommé avant Jean dans le codex Bezae et de nombreux autres manuscrits (P45 P75), comme en 5,10 et 6,14,9,54 tandis qu'en 8,51 Jean était nommé avant Jacques. Pour préparer la Pâque Jésus enverra Pierre et Jean qui dans le début des Actes seront souvent nommés ensemble. Jacques aurait été nommé avant Jean car il devait être l'aîné des deux; l'inversion de leurs deux noms pourrait laisser entendre qu'en certaines occasions, Jean se serait trouvé plus proche de Pierre, se distançant de son frère. L'inversion des noms Paul et Barnabé, dans les Actes, joue un rôle comparable. A moins qu'en 8,51 Jacques n'ait pas été le frère de Jean, mais un autre, celui que Paul nommait le frère du Seigneur.

Il monta sur la montagne pour prier
Luc parlait de la montagne en omettant de la désigner. Était-ce la montagne déjà évoquée en 6:12? L'insistance de Pierre à proposer de dresser "ici" trois tentes pour lui, Moïse et Elie, laisserait  supposer que cette montagne  était chargée d'histoire sainte.

Canaan depuis le NeboUne montagne  habitée de souvenirs et de promesses tel le Mont Nébo où Dieu prit le corps de MoIse , de l'autre côté du Jourdain?Du haut de cette montagne élevée, Dieu lui fit voir la terre de Canaan qui allait devenir l'héritage d'Israël.

Peut-être est-ce à cette "très haute montagne"(Lc4:3) que Luc pensait en rédigeant la seconde tentation de Jésus au moment où il le présentait revenant du Jourdain?

Sinon pourquoi pas l'Hermon au Nord, dont la rosée était associée par le psalmiste à la barbe d'Aaron? A la suite d'Origène, les Pères optèrent pour le Mont Thabor, de l'autre côté de la plaine de Yizréel, comme lieu de transfiguration.Ce n'était pas un lieu "parlant" bibliquement comme l'était le Carmel, mais il était important pour les Chrétiens de se forger leurs propres lieux d'histoire sainte.


Proche du lac de Gennésareth, la chaîne du Mont Carmel gardait vivant le souvenir des deux prophètes Elie et Elisée. Le Carmel , qui signifie  verger, était et reste une chaîne verdoyante. Le Carmel était la montagne de la révélation prophétique que Jésus pouvait apercevoir des hauteurs de Nazareth. Comment ne serait-elle pas celle dont il fit choix  pour y venir prier et s'y révéler?

karmel

La Montagne de la Transfiguration

29 - La ressemblance de son visage devint autre.
[Et devint...l’aspect de son visage différent]
Sujet et verbe sont des hapax dans le NT. Changer de visage  se rencontre à plusieurs reprises dans les livres bibliques, pour ces  visages qui tout à coup se mettent à refléter des sentiments autres.  Jean Baptiste avait fait demander à Jésus s’il était bien celui qu’on attendait, alors qu’il se le figurait autre  (7,19-20);  et c’est l’aspect, la forme, l'idée  du visage de Jésus qui devint autre,  révélant peut-être l’attente qui avait habité Jean. Le terme grec ἰdέα , hébreu "dmout"  en  Gn 5,3  correspond à la ressemblance, celle de Seth à son père Adam. De même du Christ et du Père.
Le vêtement blanc dans lequel Jésus leur apparut évoque la sainteté, ce que retint Marc dans une comparaison avec la blancheur des neiges de l'Hermon. Sa fulgurance permet d'établir un lien avec les paroles du ch 17,24 et 24,6.

30 C'était Moïse et Elie .
Le verbe est au singulier car l'accord se fait avec le sujet le plus rapproché qui est ainsi mis en valeur; soit ici Moïse puisqu'il est question d'"exode" dans les paroles échangées..

31 - Moïse et Elie...parlaient de son exode qu’il doit accomplir à Jérusalem.
[son exode qu’il devait accomplir dans Jérusalem]
Le présent  μέλλει, (devoir ou être sur le point de), offre un passage au discours direct. En raison de la présence de Moïse, τὴν ἔξοδον, “la sortie“, évoque inévitablement la sortie d’Égypte, la libération de l’esclavage (comme en He 11:22). Jésus se préparait à  une nouvelle libération,  qu’il allait accomplir en un temps liturgique précis, celui de la Pâque en annonçant une pâque nouvelle (cf 22:15).
τὴν ἔξοδον accompagne un verbe d’accomplissement à la voie active et Jésus parlait de ce qu’il s’apprêtait à accomplir au milieu de Jérusalem. Or ce terme est souvent traduit par "départ", en référence à la sortie de la vie, sens qu’il revêt dans le livre de la Sagesse ou la seconde épître de Pierre. Et en effet peu de versets auparavant, Jésus avait parlé de la mort prochaine de ceux qui s’étaient tenus ici (cf 9;27). Dans la littérature classique, ἔξοδος constituait le dénouement de la tragédie; toutefois  ce terme est trop riche de sens pour se réduire à un seul , pour se réduire à la seule pensée du passage de la vie à trépas. 

33 - Du fait pour eux d'avoir été séparés de lui.
[de se séparer de lui]
διαχωρισθῆναι infinitif aoriste passif de διαχωρέω synonyme de διαχωρίζεσθαι infinitif présent passif de διαχωρίζω .
Le pronom  “eux”   représente les trois Apôtres, qui par leur sommeil s’étaient retrouvés séparés  de Jésus et des deux hommes en gloire comme la ténèbre s’était retrouvée séparée  de la lumière au premier jour de la Création (Gn 1,4). Enfouis dans le rêve au cours de leur sommeil, ils avaient sombré dans l'inconscience, tandis que Jésus revêtu de lumière était l'expression même de la conscience et de la présence divine au monde. Pierre aurait alors proposé de dresser trois tentes de la rencontre, pour réduire la distance spirituelle ressentie.   

33b Veux-tu que je fasse trois tentes ici?
[Faisons trois tentes ]
La tournure est familière. Le “nous” du texte alexandrin vient d'une harmonisation avec le parallèle de Marc. L'adverbe ὧδε est présent deux fois dans le verset ; cette insistance est un rappel du v 27 qui détient une allusion à Moïse et Elie. Ce "ὧδε" rappelle la parole divine à Moïse sur le Mt Horeb: "n'approche pas d'ici car le lieu que tu foules est une terre sainte”. Pierre avait conscience de la sacralité du lieu.
Le mot σκηνὰς traduit par " tentes" évoque généralement la fête de ce nom. Cependant le terme évoque un autre type de tentes , et une autre époque dans l'année liturgique:
p "Les neufs premières semaines du ministère de Jésus”

sans avoir conscience des [paroles] qu'il était en train de dire.
[sans avoir conscience de ce qu'il était en train de dire]
Peu importe en fait que le relatif soit au singulier ou au pluriel. Selon Marc, Pierre, effrayé, aurait prononcé des paroles peu sensées. Ce n'est pas du tout le compte rendu de Luc : Pierre avait reconnu Moïse et Élie, mais sans réaliser qu'il les avait identifiés et sans comprendre comment il y était parvenu. Il était dépassé par les paroles prononcées.
A noter que le parfait εἰδὼς a une valeur de présent.

34 - Dans le fait pour ceux là d’entrer dans la nuée.
Le pronom έκείνους, désigne des personnes illustres, ici avec Jésus, Moïse et Elie, les saints envoyés , ainsi désignés au v. 26; ils étaient par là-même, différenciés du groupe des Apôtres rassemblés sous le pronom αὐτοὺς (v.33). Selon cette lecture, ce ne sont pas les Apôtres qui entrèrent dans la nuée, mais  Moïse et Elie,  ainsi soustraits à leur regard.

35- Celui-ci    est    mon Fils     le bien-aimé,  en qui j’ai mon bon-plaisir, écoutez le !
Parole originelle reprise par Matthieu (3:17 et 17:5) et par Marc dans une forme abrégée (par Marc (1:11 et 9:7) et sur laquelle fut harmonisé le texte de Luc dans le TA avant qu’il ne soit remanié d'après Lc 23:35 en B, P 45 75 sous la forme:“Celui ci est mon fils l'Élu, écoutez-le!”

37 - De jour.
[ le jour suivant]
Ils redescendirent de la montagne de jour; ainsi ce qui avait eu lieu sur la montagne s’était bien déroulé de nuit comme le suggérait le sommeil des Apôtres dont seul Luc s’était fait le rapporteur. 

40 - afin qu'ils le délivrent (le fils)
[afin qu'ils l'expulsent (l'esprit démoniaque)]
Dans la formulation du codex de Bèze un père s'intéressait à son fils unique dont il demandait la délivrance, souhaitant le sortir des griffes de l'adversaire (cf 12,58). Avec la refonte ,influencée par Mc 9,18, l'intention exprimée n'était pas le soin de ce fils unique mais l'exercice de la puissance sur les forces occultes en expulsant l'esprit impur. L'impuissance des disciples ne venait-elle pas de cette déviation de l'intention? C'est ce que confirme la parole de Jésus qui fait suite.

45 Or eux ignoraient cette parole là - et elle était voilée d'eux, afin qu'ils n'en aient pas l'intelligence.
Voiler est ici le verbe simple, sans préfixe; il est au parfait.
Cela faisait donc un certain temps que Jésus et ses disciples n'étaient plus sur une même longueur d'ondes. Qu'est-ce qui provoquait leur aveuglement? La question qui se repose en Lc 18,34, recevait déjà un début de réponse dans les versets précédents, 40 et 41. Ils n'interrogeaient pas Jésus , préférant que le voile demeure.
       
45-46 -Et ils craignaient d'interroger sur cette parole là * 
[ Intervint alors un débat entre eux], à savoir; qui pourrait bien être plus grand qu’ eux ?
“Cette parole là”  renvoie à la parole  énoncée à la suite, et non à celle qui venait d'être dite. L’ajout circonstanciel dans les autres manuscrits de la phrase entre crochets, rompt la continuité du récit qui s’offre dans le codex Bezæ avec une autre logique: les apôtres étaient dans l’ignorance des paroles prophétiques sur la souffrance du Fils de l’humain, et ils  souhaitaient  continuer à les garder voilées ;  ils étaient à ce moment là préoccupés par une toute autre pensée, sur laquelle ils redoutaient d'interroger Jésus : Qui pourrait  bien être plus grand qu’eux?  Jésus venait de les semoncer par ces mots , génération incrédule et perverse, pour n’avoir su délivrer l’enfant épileptique. Par contre ils avaient  vu “quelqu’un” d’extérieur à leur groupe expulser les démons au nom même de Jésus (v. 49), ce qui leur donnait à craindre pour leur position.
Dans l’expression  “qui pourrait bien être plus grand qu’ eux?”,  l’adjectif  au comparatif est attribut; c’est pourquoi il a pu être lu comme un superlatif: qui pourrait bien être le plus grand d'entre eux ? Mais cette lecture méconnaît le v.49 et la parole énoncée à l’intention de  celui qui chassait les démons: “Qui n’est pas contre vous est pour vous”.
Qui pouvait bien être cet homme? N’était-ce pas Jacques, le “frère du Seigneur” évoqué dans la note des versets 8:21 et 51? Une confirmation en ce sens est apportée par le verset 12 de l’évangile de Thomas:
“Les disciples dirent à Jésus: nous savons que tu nous quitteras; qui est-ce qui deviendra grand sur nous? Jésus leur dit: où que vous alliez, vous irez vers Jacques ce juste pour qui le ciel et la terre ont été faits”.
“Devenir grand sur” selon la traduction littérale, serait à rattacher  au questionnement des Apôtres  transmis par le codex Bezæ; Jean venant d’être décapité , un autre ne devait-il pas  accompagner le Messie? Tandis que Jésus emmenait avec lui trois apôtres sur la montagne, les neuf autres s’interrogeaient en voyant quelqu’un [Jacques  peut-être?] imiter Jésus. Devant leurs interrogations, Jésus plaça au milieu d’eux un enfant en ajoutant:

48 - le plus petit parmi vous tous, celui là sera grand. 
[et non: En effet celui qui est le plus petit parmi vous tous ,   celui là est grand]. 
Accueillir le jeune enfant qui se trouvait près de lui, c’était accueillir Jésus lui-même; Il n’invitait pas à devenir comme les enfants  selon l’interprétation   de Matthieu 18, 3, mais  il proposait d’ accueillir la royauté de Dieu comme un enfant appelé à grandir parmi eux. Plus petit, là encore était à comprendre comme plus jeune (cf 7,28). Il n’est pas indifférent que Marc ait donné à Jacques, frère de Jésus, le qualificatif de “petit”, soit jeune. Jésus ne préparait-il pas doucement les Douze à l’accueillir parmi eux ?

51 - Or il advint comme s'accomplissaient les jours de son “analêmpseôs”, que lui-même durcit son visage pour marcher vers Jérusalem.
Le verbe accomplir  n’a pas ici le préfixe συν comme en 9,31, où Moïse et Elie parlaient de l'exode que Jésus allait accomplir à Jérusalem. L’hapax ἀναλήμψεως traduit par “élévation”,  a  fait penser à l’ascension d’Elie (2R2,10, Si 48,9) , une image  développée au début des Actes (dans un récit qui n’est pas de facture lucanienne). Si Jésus s’apprêtait à sortir de ce monde dans une élévation,  pourquoi durcissait-il son visage. comme Ezéchiel lorsqu’il prophétisait contre Israël? (cf. Ez 6,2, 13,17, 14,8,15,7).
ἀναλήμψεως , un jeu de mots? ce n’est ni ἀνάλαμψις, la splendeur, ni ἀνάληψις , la suspension, la reprise, l’adoption, la restauration, la réparation, l’acquisition de connaissance. Le terme ἀνάλημψις apparaît sur les papyrii, témoignant de l'évolution de son orthographe avec l'introduction du μ. Il se retrouve dans le Psaume de Salomon 4:18 où il revêt le sens donné à "exode" , c'est à dire le départ de cette vie. Jésus ayant annoncé sa Passion (v 22et 44), il est clair qu’il s’y préparait.


54 -  Comme fit aussi Elie.
Une remarque faite à propos, puisque Jacques et Jean  avaient vu Elie sur la montagne.  Que cette phrase soit présente ou non, cela ne change rien au récit qui détient une allusion explicite à Elie avec une citation prise à 2R 1,10.
55 - Et il dit : “vous ne savez de quel esprit vous êtes”;
Cette remontrance de Jésus a été effacée dans les autres manuscrits pour ne pas charger trop lourdement les deux apôtres;  ceux-ci croyaient se recommander d’Elie en faisant venir le feu du ciel sur les Samaritains; aussi Jésus les réprimanda en leur faisant entendre que leur inspiration était celle de “fils du tonnerre”  (cf. 6,14).

62 - Personne regardant vers l'arrière et posant sa main sur la charrue n'est apte à la royauté de Dieu.
[et non: Personne posant la main sur la charrue et regardant vers l'arrière n'est apte à la royauté de Dieu].
L'ordre des mots propose une chronologie inverse de celle que nous avons l'habitude de lire. Celui qui regarde en arrière ne saurait être en mesure de se placer par rapport à  la charrue pour la diriger correctement. L'image concernerait non des gens tentés de revenir sur leurs pas après avoir commencé à suivre , mais ceux qui sont, avant tout, attirés par ce qui les précède, en l'occurence la famille. Le jeune homme qui souhaitait suivre Jésus non sans saluer auparavant les siens était peut-être viscéralement lié à eux.
Ces versets ont leur parallèle en 1 R 19:21 quand Elisée demandait à Elie de revoir les siens avant de le suivre.
Cf : les premières semaines du ministère de Jésus