Les "frères" de Jésus étaient-ils ses frères selon la chair ou bien de simples cousins? Quelle idée s'en faisaient les auteurs du Nouveau Testament et les premiers historiens? Quelles sont les sources à retenir et que peut-on sérieusement en déduire?
Cet article a la prétention d'apporter un éclairage nouveau sur cette question tellement rebattue.
Il s'avère qu'une des informations provenant de l'évangile de Marc - et qui se retrouve à la base des théories sur les liens familiaux entre Jésus et ses frères - est grevée d'une erreur significative; elle n'est jamais répertoriée comme telle, bien que Matthieu ait pris soin de la corriger dans son propre évangile.
- Marie de Jacques : l'erreur de Marc
- Juda de Jacques: les conséquences d'une erreur
- Marie la soeur de la mère de Jésus
- Relations de Jésus et des siens
- l'Apôtre Jude frère de Jacques et les Desposynoi
- Jacques le frère de Jude
- Le premier né de ses frères
- Paul et les Pseudo-Frères
- La seconde Apocalypse de Jacques
- Jacques et Jude, des Cohanim?
- Le diacre Conon de Nazareth
En savait-il beaucoup plus?
Ses formulations manifestent une certaine hésitation. Il suggérait que Marie était la mère de Jésus et de quatre autre fils :
À cette ambiguité s'ajoute une erreur sémantique: il appelait “Marie de Jacques” la mère des fils dont on vient de parler et de Salomé. Elle vint au tombeau le matin de la Résurrection, accompagnant Marie Madeleine. Elle était nommée non seulement par Marc, mais aussi par Luc: Μαρία ἡ Ἰακώβου, “Marie celle de Jacques” : l'expression est au génitif; le génitif complément du nom implique l'appartenance ou la dépendance ; telle personne reçoit son nom de telle autre parce qu'elle en dépend.“Marie [fille] de Jacques”ou “Marie [femme] de Jacques”. Il s'agit de la fille ou encore de l'épouse, mais en aucun cas il ne s'agit de la mère. Est-ce qu'une mère et un père, tirent leur nom de leurs enfants? Non biensûr.
Pourtant c'est ce lien de parenté mère-fils qu'envisageait Marc puisqu'il voyait en “Marie de Jacques” qui accompagnait Marie Madeleine (Mc 16:1) la même femme que la mère de Jacques et de Joset. En effet il parlait ailleurs de “Marie de Joset”, et de “Marie mère de Jacques le petit et de Joset”, présente à la croix. “Marie de Jacques" (comme “Marie de Joset”), ne pouvait s'entendre du lien maternel, et Marc aurait commis un impair en compilant sa source.
La preuve en est donnée par Matthieu qui a cherché à rattraper son erreur; il a présenté la compagne de Marie-Madeleine comme "l'autre Marie" évitant l'expression incriminée: “Marie de Jacques” ou “Marie de Joset” ; il s'est contenté de parler une seule fois de Marie, la mère et de Jacques et de Joset.
En conséquences il est imprudent de s'appuyer sur les informations issues de Marc pour avoir une juste idée de la famille de Jésus.
Cette erreur eut des répercussions ailleurs.
Dans la liste des Douze Apôtres, telle qu'elle a été transmise par Luc, avant Judas iSacrioth venait “Juda de Jacques.”
Si “Marie de Jacques” était la mère de ce dernier, l'Apôtre Juda allait fatalement être pris pour son père. Mais ce mélange des générations pouvait paraître étrange; d'autre part cela ne collait plus avec le portrait que Marc voulait donner d'un Jésus méprisé par les siens ; car si tel était le cas, il ne pouvait avoir ses frères pour disciples. Sans compter que le nom de Juda était associé à iScarioth ... Mieux valait donc lui trouver un substitut. C'est pourquoi, à sa place dans la liste de Douze, Marc inscrivit Lebbaios qui correspondrait à Lévi (en grec et en hébreu le b et le v sont une seule et même lettre). Lévi était le collecteur de taxes qui s'était converti sur le champ. On pouvait regretter qu'il ne soit pas dans les Douze.
Paradoxalement l'évangéliste Matthieu mit le nom de l'Apôtre Matthieu à la place de celui de Lévi dans l'épisode qui lui était consacré et, dans la liste des Douze, il changea celui de Lebbaios en Thaddaios. Cela fut répercuté ensuite dans les autres manuscrits de Marc.
Jean
introduisit au pied de la croix une énigmatique Marie de Clopas:«Se tenaient près de la croix de Jésus sa mère, la soeur de sa mère, Marie, celle de Clôpas, et Marie de Magdala.»
La “soeur” de la mère de Jésus: le terme englobait les cousines avec les soeurs ou bien la belle-soeur (qui jouissait cependant d'un terme propre (cf Rt 1:15).
En ajoutant qu'elle était Marie de Clôpas il devait la considérer comme la femme de ce dernier. C'est ainsi, du moins, que l'expression fut comprise. A partir de là, compilant les Synoptiques et Jean, les auteurs ont tenté de redessiner les liens familiaux entre Jésus et les siens. Papias, un auteur du début du second siècle, estimait qu' Alphée, le père de l'Apôtre Jacques le Mineur et Cléopas qui marchait sur la route d'Oulammaus étaient un seul et même personnage ; il pensait qu'Alphée était non seulement le père de Jacques, mais aussi de Thaddée, Joset(ph) et Simon, ce dernier étant son compagnon de route. Ainsi Cléopas s'effaçait derrière Alphée; de même Jacques, le frère du Seigneur, s'effaçait derrière l'Apôtre Jacques d'Alphée.
- Hégésippe (vers 180) en voyant en Marie la belle-soeur de la mère de Jésus, faisait de son époux Clopas le frère de Joseph (Eusèbe HI III,11 et 23). Ce faisant il faisait de Jacques un cousin de Jéssu et le rattachait à la maison de David , bien qu'il l'ait dépeint comme un prêtre et même un grand-prêtre.
- Épiphane se faisait l'écho de la tradition qui voyait en Jacques un aîné de Jésus issu avec ses autres frères d'un premier mariage de Joseph. Parce qu'il en était le premier-né , il était un consacré à Dieu d'autant que sa mère était une descendante d'Aaron. C'est pourquoi il n'hésitait pas à présenter Jacques comme un grand-prêtre, tout en le rattachant à la descendance Davidique. (1)
- Jérôme, quant à lui, estimait que Marie était la soeur de la mère de Jésus, en dépit du fait qu'elles aient eu même prénom; elle était femme de Clopas qu'il dissociait d'Alphée. Il ne se prononçait apparemment pas, sur la tribu...
Ces différentes suppositions manifestent à elles-seules que l'information issue de Jean était à prendre avec précautions et que la recouper avec les versets de Marc conduisait à des hypothèses sans fondement bien établi.
« La mère de moi et les frères de moi sont ceux qui écoutent la parole de Dieu
et qui agissent.» Luc 8:212
Chez Luc la rencontre de Jésus avec ses frères et sa mère survenait à point nommé, en illustration de la parabole du semeur.
Jésus
circulait avec les Douze et des femmes en Galilée. Sortant des
villes
on accourait à lui. C'était peu après la résurrection du
jeune homme de la ville de Naïn, une ville en bordure de la
plaine de
Yizréel dont l'étymologie “Dieu
sèmera” était prédestinée. La plaine est dominée au Nord par le promontoire de Nazareth
Cette proximité pouvait justement favoriser des retrouvailles familiales. Il est clair que, dans sa réponse , Jésus rendait hommage aux siens pour leur fidélité à la parole, comme s'ils étaient l'image même de la bonne terre . Ne disait-il pas en effet:
« Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui agissent.» ? Luc 8:21
Cependant tout en honorant ses frères et sa mère pour leur pratique de la parole, dans le même temps il les mettait en garde de chercher à se valoriser auprès de lui. C'est en cela que sa réponse était abrupte. Par là même, il montrait qu'il ne donnait pas la primauté à sa famille et ne donnait pas prise au "népotisme" des siens. Ses disciples n’avaient donc pas à craindre qu’il favorisât ses proches.
Sa réponse était donc à double sens.
Le terme ἀνεψιός , relativement fréquent a lui aussi le sens large de cousin (Tobit 7:2, AJ 17:10,4), de neveu (Col 4:10); ἀνεψιός apparaît une fois dans la LXX mais avec le sens d'oncle (cf Nb 36:11). Apparemment les traducteurs des livres de la Torah ont adopté ἀδέλφοι dans son sens le plus large englobant avec les frères les cousins et les neveux, plutôt que ἀνεψιός qu'ils ont réservé à l'oncle.
A la différence de Luc, Marc n'établissait pas de lien entre la parabole du semeur et les frères de Jésus, qui seraient venus, jusqu'à Capharnaum même, se saisir de lui.
A ceux qui l'informaient de leur présence, Jésus désignait ceux de son auditoire, devenus ses véritables frères et soeurs :
« Celui qui fait la volonté du Père, celui-ci est mon frère et ma soeur et ma mère»3
Ce n'était plus comme chez Luc une parole à double sens - une louange en même temps qu'une clarification - mais une substitution: Jésus donnait la place des siens à son auditoire fait de disciples.
Selon Marc, Jésus aurait manifesté une certaine défiance vis à vis de ses proches, souhaitant inscrire une séparation d’avec la chair et le sang, comme s'il se distançait d'une famille qui le mésestimait, voire le méprisait (Mc 6:4). Dans ces conditions il devenait improbable que des frères de Jésus aient pu faire partie des Douze.
Cet aspect a été remis en cause par la critique littéraire qui y discerne une réaction exacerbée de l'évangéliste contre le milieu d'origine; en outre, ce qui s'esquissait dans le codex Bezae s'est trouvé renforcé dans les manuscrits plus tardifs, quand la rupture d'avec la Synagogue fut consommée.
Luc nommait plusieurs Juda et plusieurs Jacques sans autres précisions, comme s'il avait souhaité que l'un passât pour l'autre auprès de ses lecteurs.
- Les disciples du nom de Juda
2 Judas iScarioth, le douzième de la liste des Douze
3 Juda qui, à Damas, hébergea Saul au moment de sa conversion (Ac 9,11).
4 Juda l'auteur de l'Epître de St Jude; il se disait frère de Jacques.
5 Juda surnommé Barabbas (fils du père, D05) ou Barsabbas (fils du Sabbat, autres mss); lui et Silas furent envoyés appuyer la démarche de Paul; tous deux étaient des “guides et des prophètes” au sein de la communauté (Ac 15:22, 27 et 32);
Les numéros 1, 3 4 et 5 correspondraient à un seul et même personnage l'Apôtre St Jude, frère de ce Jacques par qui il fut missionné à Antioche; il avait reçu comme surnom Bar Abbas (Ac 15:22 D) ; il est l'auteur d'une épître dans laquelle il citait 1 Enoch dans sa traduction grecque dont il pouvait avoir été familier.
On sait par Hégésippe que Jude avait eu des descendants directs qui, devant Domitien, avaient affirmé relever de la maison de David. Mais tout en le disant “frère de Jésus selon la chair”, Hégésippe ne disait pas que Jude appartenait à la maison de David; rien n'empêche, en effet, que ses filles , mariées dans la Maison de David à des petits-neveux - de Joseph par exemple - lui aient donné des descendants Davidiques.
Selon Jules l'Africain dont la lettre à Aristide était citée par Eusèbe, ceux de la famille de Jésus étaient appelés “DESPOSYNOI”. (4)
Or ce terme signifie précisément: consacré à ADONAÏ. Ce n'est rien d'autre que la traduction de l'inscription gravée sur l'éphod que portait le grand-prêtre. Si Jacques et Jude n'avaient appartenu à la descendance d'Aaron, ils n'auraient pu recevoir un tel titre. C'est à tort que des auteurs contemporains comme Malachi Martin (5) ont étendu le terme, non seulement aux descendants, mais aux représentants des églises Judéo-Chrétiennes qui se seraient rendues en 318 à Rome auprès du pape Sylvestre.
Jules l'Africain disait encore qu'ils connaissaient leur généalogie, la conservant précieusement dans leur mémoire. C'était en effet le cas de Marie, parente d'Élisabeth qui appartenait à la classe sacerdotale. Ne pas pouvoir établir son appartenance à une des classes sacerdotales, c'était s'exposer à en être exclu et c'est pourquoi les prêtres gardaient des tablettes recensant leur généalogie. Par contre les descendants de Jude durent faire des recherches concernant la branche Davidique, puisque Hérode avait brûlé les généalogies archivées; celles des prêtres conservées au Temple avaient apparemment échappé (Contre Apion 1: 30-36).
Nombreux étaient les dénommés Jacques:
- Jacques fils de Zébédée et frère de Jean décapité sous Agrippa I, vers 42. Il était le troisième sur la liste des Douze (Lc 6,14). Il a été appelé le Majeur et c'est lui qui est vénéré à Compostelle.
- “Jacques , celui d'Alphée”, c'est à dire le fils d'Alphée (Lc 6,16D05) par opposition à Jacques le fils de Zébédée. C'était le neuvième sur la liste des Douze, à tort il a été identifié au "frère du Seigneur". Il aurait eu pour frère Lévi (Lc 5,27 et Mc 2:14D).
- Jacques père (?) de Juda le onzième sur la liste des Douze ( “Juda de Jacques”, Lc 6,16).
- Jacques, le chef de la communauté de Jérusalem que Luc nomma à trois reprises dans les Actes, avec les frères, les Apôtres et les Anciens. C'était celui que Paul nommait "le frère du Seigneur". Il envoya Juda en mission à Antioche. Juda était son frère.
- Jacques époux d'une certaine Marie
qui était venue avec Marie de Magdala au tombeau : “Marie, la de
Jacques”, Lc 24,10. L'expression s'entend de la fille sinon de
l'épouse. Pour être des femmes disciples, elle était vraisemblablement
mariée.
Les sources apocryphes concernant Jacques sont nombreuses. Elles donnent à entendre qu'il appartenait à la lignée sacerdotale.
Cependant tout grand prêtre, au cas où il serait dans l'impossibilité d'officier, était assisté d'un autre; si Jacques descendait d'Aaron, occasion a pu lui être donnée d'officier en la fête de Kippour jusqu'à entrer dans le Saint des Saints, revêtu du vêtement du grand-prêtre et d'y invoquer le Nom. Le propos d'Épiphane n'est pas à rejeter comme invraisemblable; il est cependant fragile puisque le "petalon" (gr), ou “l‘éphod”(hebr) ne se portait pas sur le front mais sur la poitrine (6).
Il ne semble pas qu'Épiphane ait disposé de sources autres que celles d'Hégésippe consigné par Eusèbe et Jérôme :
« Jacques , le frère du Sauveur, surnommé le juste...fut saint pour ainsi dire avant de naître. Il ne but jamais de vin ou d'autres liqueurs spiritueuses, et ne mangea jamais de chair; jamais il ne coupa ses cheveux, et il ne connut point l'usage des parfums et des bains. Il n'était permis qu'à lui seul de pénétrer dans le sanctuaire. Ses vêtements étaient faits de lin et non de laine. Il entrait seul dans le temple et se prosternait devant le peuple pour prier. Ses genoux avaient fini par devenir aussi durs que la peau du chameau. » (cité par Jérôme Hommes illustres II, cf Eusèbe EH 2:24) .
De Jacques nous ont été transmis un discours et une lettre. Détiendraient-ils les indices d'une appartenance sacerdotale?.
L' invocation d' ADONAÏ sur les fidèles par le prêtre, émissaire de Dieu et non des hommes, était au coeur des préoccupations de Jacques qui, dans sa sa lettre s'insurgeait:
En comparaison, la bénédiction venait naturellement dans les paroles de Jacques comme une “attitude réflexe”, puisqu'elle était encore présente dans son discours où il citait Amos :
Toutefois en écrivant qu' "Elle enfanta son fils, le premier né", ne se contredisait-il pas et ne donnait-il pas à entendre qu'elle avait eu d'autres enfants?
Le "premier-né" prôto-tokon en Grec est une traduction de l'Hébreu bécor, un terme réservé à l'individu masculin ou mâle qui ouvre la matrice de sa mère; bécor à la différence de son correspondant grec, n'est pas construit sur l'adjectif premier et rien n'implique qu'un bécor soit suivi d' individus frères.
Un autre terme monogênês , unique engendré(e) aussi employé pour la fille ne se rencontre pas dans la Torah, raison pour laquelle Luc l'a peut-être évité en parlant de Jésus. Dans les autres livres de la LXX, monogênês recouvre l'Hébreu iarid, unique.
Le recours à prôto-tokon/bécor, "premier-né", apportait des informations importantes:
- Un premier né (mâle) devait être racheté (cf Ex 13,13; Nb 3,49-51) à moins d'être issu par sa mère de la tribu de Lévi, qu'elle ait été mariée à l'intérieur ou à l'extérieur de cette tribu. Puisqu'il n'était pas dit que son fils premier-né fut racheté, le lecteur pouvait déduire et conclure que Marie, parente d'Elisabeth, relevait comme elle, à travers la classe sacerdotale, de la tribu de Lévi.
- "Premier-né" était également un titre donné au Messie Davidique selon la parole du Psaume: "Et moi je l'instituerai Premier-né, Très haut par rapport aux rois de la terre"Ps 89,28. Cet épithète qualifiait plus précisément le Messie dit "Fils de Joseph" qui selon le prophète Zacharie était un fils unique (Za12/10). En mettant Jésus au monde Marie avait conscience qu'il était "le premier-né" annoncé dans les Écritures.
Lisant Luc en Grec, et en se référant à Marc, l'évangéliste matthieu s'est permis de glisser la supposition que Marie avait eu d'autres enfants que Jésus:
C'est Paul qui appelait Jacques «le frère du Seigneur»; il le fit une fois dans ses écrits au moment où il parlait de sa conversion (Gal 1,19); était-ce une manière de le dissocier de Jacques fils de Zébédée encore en vie? C'est le même titre que lui donnait Flavius Josèphe en relatant les conditions de sa mort (5). Dans la même épître, et juste quelques versets plus loin , au coeur de sa confrontation avec ce même Jacques sur la circoncision, il faisait allusion à de "pseudo-frères" (Gal 2,4) qui espionnaient la liberté qu'il avait prise et il se félicitait de ne pas leur avoir cédé. Pseudadelfoi, pseudo-frères, un hapax legomenon qui ne se rencontre pas antérieurement dans les textes grecs, ni son équivalent dans les textes latins, est à prendre au sens figuré d'espions. Certains se faisaient passer pour des frères, mais on ne pouvait se fier à eux. Le chapitre XV des Actes permet d'identifier ces pseudo-frères à des Pharisiens qui avaient semé le trouble à Antioche et contraint Paul et Barnabé à venir rendre compte de leur agir aux "notables" de Jérusalem. Suite à quoi l'Apôtre Jude fut missionné par Jacques avec Silas pour aller appuyer Paul (Ac 15:22, 27 et 32) . Le ton de la lettre aux Galates laisse percer une entente négociée avec les "notables" dont Jacques et Jude faisaient partie.
Paul eut beaucoup de mal à reconnaître l'autorité de Jacques. Il n'a nulle part dans ses lettres mentionné le décret apostolique dont il fallut lui rappeler l'existence lorsqu'il monta pour la dernière fois à Jérusalem. Se voulant l'apôtre des Gentils, il n'acceptait pas la soumission à la communauté de Jérusalem dont le chef était un prêtre. La rivalité séculaire entre les pharisiens et la classe sacerdotale rejaillissait entre eux.
Ils venaient d'un prêtre qui faisait partie de l'assemblée réunie par Ananus pour juger Jacques . Ce prêtre s'appelait Mareim et il se disait le parent de Theuda le père de Jacques qu'il avait fait prévenir pour qu'il vienne en hâte. Il reconnaissait ne pas avoir avoué devant le sanhédrin qu'il était parent de l'accusé. L'épouse de Theuda, la mère de Jacques, s'appelait Marie. Elle confiait à son fils qu'elle avait allaité Jésus et que pour cette raison, il l'appelait “ma mère” et Jacques “mon frère”. Jésus le Fils du Père était le “frère de Theuda”, c'est-à-dire son neveu. Ainsi l'auteur de cette Apocalypse laissait entendre que Jacques comme son père Theuda était de classe sacerdotale.
Comparativement, la première Apocalypse de Jacques, trouvée elle aussi à Nag Hammadi, mais plus tardive plaçait Jacques dans la Maison de David.
Que Jacques et Jude, aient été prêtres , rien n'interdit de le
penser; au contraire les traditions les concernant en gardent des
traces significatives, même si le mot n'était jamais prononcé..
Les
auteurs, à la suite de Papias, ont
rattaché les deux frères à la Maison de David, mais sans s'appuyer sur des éléments
précis. Le Messie
était annoncé dans la maison de David et
la promesse faite lors de l'Annonciation regardait le trône de
David.
Paul considérait Jésus comme issu de la lignée Davidique
(Rm 1:3) et on en déduisait que Marie en relevait elel aussi (cf Protévangile
de Jacques 10:1). Comme Jacques puis Simon succédèrentt à Jésus sur
Jérusalem jusqu'à former une “dynastie” l'ascendance
des frères de Jésus fut dressée à
l'intérieur de la maison de David comme l'exposait Épiphane (1).
Pourtant nombre d'éléments incitent à penser
qu'ils étaient comme Élisabeth et Marie (Lc 1:5, 36, 2:5) descendants d'Aaron.
Élisabeth était
“d'entre les filles d'Aaron”, ce qui signifie qu'elle pouvait
être donnée en mariage à un prêtre (Lev.
21:7). Elle était "pure" (Nb
18:11). L'évangéliste ne s'intéressait pas à sa lignée , mais
l'expression employée signifiait qu'elle relevait , à l'intérieur
de
la tribu Lévitique, de la descendance d'Aaron. En d'autres mots son père
était prêtre, mais peu importait de quelle classe il relevait.
Marie,
sa parente qui parce qu'elle était plus jeune qu'elle, pouvait être sa
nièce, était elle aussi, très vraisemblablement, fille de prêtre; même si les
coutumes
favorisaient les mariages à l'intérieur de la tribu, il n'y avait pas
obligation pour elle d'épouser un prêtre et elle fut donnée en mariage
à un homme de la tribu de Juda. Paul affirmant que Jésus était de la descendance de David
selon la chair (Rm 1:3), Marie fut raccrochée à la tribu de Juda du
côté paternel; mais ce n'est pas à cela que Paul faisait allusion; il
savait pertinemment que la mère ne conférait pas l'appartenance à
la tribu . Il n'en savait pas plus que les lecteurs de Luc sur les
origines de Marie et de Jésus mais il établissait un parallèle
entre l'appartenance charnelle et l'appartenance spirituelle du Christ. Comparativement
la formulation de l'épître aux Hébreux qui pouvait être prise au sens figuré
était plus adaptée: "il est notoire que de Juda, s'est
levé notre Seigneur"
Hb 7:14.
Le portrait laissé par Hégésippe et recueilli par Jérôme dans ses Hommes Illustres
est parlant puisqu'il donne les caractéristiques d'un prêtre, voire d'un grand-prêtre
apte à pénétrer dans le Saint des Saints.
« Il fut sanctifé dès le sein de sa mère. Sans jamais boire
de vin ou d'autre liqueur, sasn jamais manger de viande, laissant toujours
croître ses cheveux, il laissa de côté les onguents et les v-bains. Il était
permis à lui seul de pénétrer jusqu'au Saint des Saints. Aux vêtements de
laine, il préférait ceux de fil, entrait seul dans le temple, et priait si
longtemps à genoux su'ils avaient contracté la dureté de ceux du chameau.»(Jérôme,
Hommes Illustres II ).
La position de prêtre à l'intérieur de la communauté chrétienne devait être difficile à tenir, ce qui expliquerait le silence de Jacques sur lui-même.
D'autant plus difficile à tenir que la communauté chrétienne s'orientait, avec
la Lettre aux Hébreux,
vers un nouveau sacerdoce qui se substituait à l'ancien. Il n'est pas
indifférent que le terme prêtre n'apparaisse dans aucune des autres
lettres du Nouveau Testament.
Relevant de la tribu de lévi, Jacques et Jude étaient parents de Marie, ses
neveux probablement; ils n'étaient pas les frères consanguins de Jésus. Leur père (Clopas ou
Theuda?) qui était prêtre, était vraisemblablement le
frère de
Marie.
Selon les Actes de son martyr sous Decius (milieu IIIème siècle), Conon qui vécut comme jardinier à Magydus en Pamphilie, disait lors de son procès venir de Nazareth et appartenir à la parenté de Jésus:
“Je suis de la ville de Nazareh en Galilée; je suis de la famille du Christ dont j'ai hérité du culte par mes ancêtres“ Martyr de Conon, 4:2 (cf Richard Bauckham) .
Serait-il à identifier avec Conon, ce diacre de Jérusalem, dont le nom et le titre sont inscrits sur un pavement de mosaïque de la petite église-synagogue retrouvée sous la basilique de l'Annonciation à Nazareth?
Conon est un nom fréquent , mais il est fort possible que le diacre de Jérusalem enterré à Nazareth ait fait partie lui aussi de la parenté de Jésus. L'emplacement de la mosaïque en est un indice.
Les descendants des frères de Jésus occupèrent des charges d'épiscopes et de diacres. Cela suppose qu'ils étaient d'origine sacerdotale car c'est à des descendants de prêtres que dans les provinces romaines du Moyen Orient fut confié le gouvernement des églises.
Sylvie. Chabert d'Hyères
© Copyright 2006
-1 - «Quand la dignité royale se transforma, elle qui était en Christ, elle fut transferée à l'Eglise depuis la maison de Juda et d'Israël qui est de la chair mais dont le trône est établi pour toujours dans la sainte église de Dieu; trône dont la royauté et sacerdotale dignité repose sur deux fondements: la dignité royale venant de Notre Seigneur Jésus Christ de deux manières: du fait qu'il est de la descendance du Roi David selon la chair et du fait qu'il est- selon ce qui est certainement vrai , un bien plus grand roi pour l'éternité dans sa divinité. Jacques ayant été consacré premier évêque, lui qui est appelé frère du Seigner et Apôtre...Mais on trouve qu'il est de la semence de David étant fils de Joseph et qu'il était un Nazarite.
Le premier né de Joseph était Jacques surnommé Oblias (= rempart), aussi surnommé "le Juste" qui était Nazarite soit un homme saint. Il fut le premier à recevoir la chaire d'évêque, le premier par qui le Seigneur a dressé son trône sur la terre.
Jacques aussi portait une lame d'or sur la tête. Une fois, durant une sécheresse il leva les mains vers le ciel et pria et le ciel donna la pluie. Il ne portait pas de vêtement de laine. Ses genoux s'étaient durcis comme la peau du chameau de par son continuel agenouillement devant le Seigneur, de par son excessive piété. Aussi ne l'appelait-on plus par son nom. Son nom était le Juste. Il ne prenait pas de bain, il ne prenait pas la chair de l'animal comme je l'ai expliqué et ne portait pas de sandales. Epiphane, Panarion 29 et Panarion 78 . Le “petalon” correspond dans la LXX à l'ephod que le grand-prêtre portait sur la poitrine, ce que confirmait Flavius Josèphe. Épiphane l'imaginait sur le front. Il réécrivait à sa manière le récit d'Hégésippe reçu d'Eusèbe.
cf J Julius Scott : James the relative of Jesus JETS 1982
5 Malachi Martin "Decline and Fall of the Roman Church" essentiellement cité par les sites des TJ.
2 - Luc 8:21 selon D05 et les mss 579, 69,1071, 1484, 1346. La syntaxe, en principe, veut l'article devant mère et frères qui sont définis par le pronom mou = de moi. Sa disparition dans les autres mss vient, semble-t-il d'une influence du parallèle de Marc.
3 - Mc 8:35. D et W n'ont pas le pronom devant soeur. Les termes frère, mère soeur sont ici attributs; il n'y a donc pas l'article.
-5 - «Ananus rassembla le sanhédrin des juges et fit comparaître devant eux le frère de Jésus l'appelé Christ, qui avait pour nom Jacob" ainsi que quelques autres;
-6 «C'est le discours que Jacques le Juste prononça à Jérusalem et que mit par écrit Mareim un des prêtres. Il l'avait dit à Theuda le père du Juste dont il était parent. Il dit : “Vite, viens avec Marie ton épouse et tes parents...» (trad de l'Anglais) Préface de la seconde Apocalypse de Jacques. Il faut distinguer l'auteur de l'Apocalypse du prêtre Mareim qui a retranscrit le discours de Jacques. Présent à l'assemblée du sanhédrin, il avait alerté Theuda
