LES FRÈRES  DE  JÉSUS  :  LA FIN  DE  L'ÉNIGME  ?

Les "frères" de Jésus étaient-ils ses frères selon la chair ou bien de simples cousins?  Quelle idée s'en faisaient les auteurs du Nouveau Testament et les premiers historiens?  Quelles sont les sources à retenir  et que peut-on sérieusement en déduire? 

Cet article a la prétention d'apporter un éclairage  nouveau sur cette question tellement rebattue. 

Il s'avère  qu'une des informations provenant de l'évangile de Marc - et qui se retrouve à la base des  théories sur les liens familiaux entre Jésus et ses frères -   est grevée d'une erreur significative; elle n'est jamais répertoriée comme telle, bien que Matthieu ait pris soin de la corriger dans son propre évangile.


   “MARIE  DE  JACQUES”  : L' ERREUR DE  MARC
L'Évangéliste Marc n'ignorait pas que Jacques, appelé le frère du Seigneur et Jude étaient frères. Il le savait par les lettres de Paul (Gal 1:19) et celle de Jude,(Jd 1:1).
En savait-il beaucoup plus?
Ses formulations  manifestent une certaine hésitation. Il suggérait que Marie était la mère de Jésus et de quatre autre fils :
Celui-là, n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset de Judas et de Simon ?
Mais ce n'était qu'une suggestion; ailleurs il donnait à entendre que la mère de  Jacques, qui était aussi celle de Joset ,  pouvait être une autre Marie que la mère de Jésus:
«Il y avait des femmes qui regardaient de loin, parmi lesquelles Marie Madeleine, Marie mère de Jacques le petit et de Joset et Salomé.» 
Cette ambiguité permettait à l'évangéliste de dire que Jésus avait des frères ou bien qu'il n'avait que des cousins ou des parents. S'il se permettait d'entretenir une telle ambiguité, c'est parce qu'il ignorait manifestement les liens de parenté qui les unissaient.

À cette ambiguité s'ajoute une erreur sémantique: il appelait “Marie de Jacques” la mère des fils dont on vient de parler et de Salomé. Elle vint au tombeau le matin de la Résurrection, accompagnant Marie Madeleine. Elle était nommée non seulement par Marc, mais aussi par Luc: Μαρία ἡ Ἰακώβου, “Marie celle de Jacques” : l'expression est au génitif; le génitif complément du nom implique l'appartenance ou la dépendance ; telle personne reçoit son nom de telle autre  parce qu'elle en dépend.“Marie [fille] de Jacques”ou “Marie [femme] de Jacques”. Il s'agit de la fille ou encore de l'épouse, mais en aucun cas il ne s'agit de la mère.  Est-ce qu'une mère et un père, tirent leur nom de leurs enfants? Non biensûr.
Pourtant c'est ce lien de parenté mère-fils qu'envisageait Marc puisqu'il  voyait en “Marie de Jacques” qui accompagnait Marie Madeleine (Mc 16:1) la même femme que la mère de Jacques et de Joset. En effet il parlait ailleurs de  “Marie de Joset”,  et  de “Marie  mère de Jacques le petit et de Joset”, présente  à la croix.  “Marie de Jacques"  (comme “Marie de Joset”), ne pouvait s'entendre du lien maternel, et Marc aurait  commis un impair en compilant sa source.

La preuve en est donnée par Matthieu qui a cherché à  rattraper son erreur;  il a présenté la compagne de Marie-Madeleine comme "l'autre Marie" évitant l'expression incriminée: “Marie de Jacques” ou “Marie de Joset” ;  il  s'est contenté de parler une seule fois de Marie, la mère et de Jacques et de Joset.  

En conséquences il est imprudent de s'appuyer sur les informations issues de Marc pour avoir une juste idée de la famille de Jésus.



     "JUDA  DE  JACQUES”

Cette erreur eut des répercussions ailleurs.
Dans la liste des Douze Apôtres, telle qu'elle a été transmise par Luc, avant Judas iSacrioth venait “Juda  de Jacques.”
Si “Marie de Jacques” était la mère de ce dernier, l'Apôtre Juda allait fatalement être pris pour son père. Mais ce mélange des générations pouvait paraître étrange; d'autre part cela ne collait plus avec le portrait que Marc voulait donner d'un Jésus méprisé par les siens ; car si tel était le cas, il ne pouvait avoir ses frères  pour disciples. Sans compter que le  nom de Juda était  associé à iScarioth ... Mieux valait donc lui trouver un substitut. C'est pourquoi, à sa place dans la liste de Douze, Marc inscrivit Lebbaios qui correspondrait à Lévi (en grec et en hébreu le b et le v sont une seule et même lettre). Lévi était le collecteur de taxes qui s'était converti sur le champ. On pouvait regretter qu'il ne soit pas dans les Douze.

Paradoxalement l'évangéliste Matthieu mit le nom de l'Apôtre Matthieu à la place de celui de Lévi dans l'épisode qui lui était consacré et, dans la liste des Douze, il  changea celui de Lebbaios en Thaddaios. Cela fut répercuté ensuite dans les autres manuscrits de Marc.



    MARIE,  LA SOEUR  DE LA MÈRE  DE  JÉSUS

diacre conon mosaique Jean  introduisit au pied de la croix une énigmatique Marie de Clopas:
«Se tenaient  près de la croix de Jésus sa mère, la soeur de sa mère, Marie, celle de Clôpas, et Marie de Magdala.»
La “soeur” de la mère de Jésus: le  terme englobait les  cousines avec les soeurs  ou bien la belle-soeur (qui jouissait cependant d'un terme propre (cf Rt 1:15).
En ajoutant qu'elle était Marie de Clôpas il devait la considérer comme la femme de ce dernier. C'est ainsi, du moins, que l'expression fut comprise. A partir de là, compilant les Synoptiques et Jean, les auteurs ont tenté de redessiner les liens familiaux entre Jésus et les siens. Papias, un auteur du début du second siècle, estimait  qu' Alphée, le père de l'Apôtre Jacques le Mineur et Cléopas qui marchait sur la route d'Oulammaus étaient un seul et même personnage ; il pensait qu'Alphée était non seulement le père de Jacques, mais aussi de Thaddée, Joset(ph) et   Simon, ce dernier étant  son compagnon de route. Ainsi Cléopas s'effaçait derrière Alphée; de même Jacques, le frère du Seigneur, s'effaçait derrière l'Apôtre Jacques d'Alphée.
  • Hégésippe (vers 180) en voyant en Marie la belle-soeur de la mère de Jésus, faisait de son époux Clopas le frère de Joseph (Eusèbe HI III,11 et 23). Ce faisant il faisait de Jacques un cousin de Jéssu et le rattachait à la maison de David , bien qu'il l'ait dépeint comme un prêtre et même un grand-prêtre. 
  • Épiphane se faisait l'écho de la tradition qui voyait en Jacques un aîné de Jésus issu avec ses autres frères d'un premier mariage de Joseph. Parce qu'il en était le premier-né , il était un consacré à Dieu d'autant que sa mère était une descendante d'Aaron. C'est pourquoi il n'hésitait pas à présenter Jacques comme un grand-prêtre, tout en le rattachant à la descendance Davidique. (1)
  • Jérôme, quant à lui,  estimait que Marie  était  la soeur de la mère de Jésus, en dépit du fait qu'elles aient eu même prénom; elle était femme de Clopas qu'il dissociait d'Alphée. Il ne se prononçait  apparemment pas, sur la tribu...

Ces différentes suppositions manifestent à elles-seules que l'information issue de Jean était à prendre avec précautions et que la recouper avec les versets de Marc conduisait à des hypothèses sans fondement bien établi.


    RELATIONS  DE  JÉSUS  ET  DES  SIENS


«
La mère de moi et les frères de moi sont ceux qui écoutent la parole de Dieu
et qui agissent.»
Luc 8:212

De cet épisode sur l'arrivée à l'improviste des frères de Jésus et de sa mère,   Luc et Marc  n'avaient pas la même approche .

Chez Luc la rencontre de Jésus avec ses frères et sa mère survenait à point nommé, en illustration de la parabole du semeur.
diacre conon mosaiqueJésus circulait avec les Douze et des femmes en Galilée. Sortant des villes  on accourait à lui.  C'était peu après la résurrection du jeune homme de la ville de Naïn, une ville  en bordure de la plaine de Yizréel dont l'étymologie  “Dieu sèmera” était prédestinée. La plaine est dominée au Nord par le promontoire  de Nazareth

 Cette proximité pouvait justement favoriser des retrouvailles familiales.  Il est clair que, dans sa réponse , Jésus rendait hommage aux siens pour leur fidélité à la parole, comme s'ils étaient l'image même de la bonne terre . Ne disait-il pas en effet:
« Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui agissent.» ? Luc 8:21

Cependant tout en honorant ses frères et sa mère pour leur pratique de la parole, dans le même temps il les mettait en garde de chercher à se valoriser auprès de lui. C'est en cela que sa réponse était abrupte. Par là même, il montrait  qu'il ne donnait pas la primauté à sa famille et ne donnait pas prise au "népotisme" des siens. Ses disciples n’avaient  donc pas à craindre qu’il favorisât ses proches.
Sa réponse était  donc à double sens.
Le terme ἀδέλφοι “frères”, serait à entendre ici dans son sens le plus  large, englobant dans la fratrie les cousins (1 Chro 23,22; Tobit 5:13), ou encore les  neveux (Gn 13,8; 14,14; Lv 10,4). 
Le terme  ἀνεψιός , relativement fréquent a lui aussi  le sens large de cousin (Tobit 7:2, AJ 17:10,4), de neveu (Col 4:10); ἀνεψιός apparaît une fois dans la LXX mais avec le sens d'oncle (cf Nb 36:11). Apparemment les traducteurs des livres de la Torah  ont adopté ἀδέλφοι dans son sens le plus large englobant avec les frères les cousins et les neveux, plutôt que ἀνεψιός qu'ils ont réservé à l'oncle.

A la différence de Luc, Marc  n'établissait pas de lien entre la parabole du semeur et les frères de Jésus, qui   seraient venus, jusqu'à Capharnaum même, se saisir de lui.
A ceux qui l'informaient de leur présence, Jésus  désignait ceux de son auditoire, devenus ses véritables frères et soeurs :
« Celui qui fait la volonté du Père, celui-ci est mon frère et ma soeur et ma mère»3

Ce n'était plus comme chez Luc une parole à double sens - une louange en même temps qu'une clarification - mais une substitution: Jésus donnait la place des siens à son auditoire fait de disciples.
Selon Marc, Jésus aurait manifesté une certaine défiance vis à vis de ses proches, souhaitant inscrire   une séparation d’avec  la chair et le sang, comme s'il  se distançait d'une famille qui le mésestimait, voire le méprisait (Mc 6:4). Dans ces conditions il devenait improbable que des frères de Jésus aient pu faire partie des Douze.
Cet aspect a été  remis en cause par la critique littéraire qui y discerne une réaction exacerbée de l'évangéliste contre le milieu d'origine; en outre, ce qui s'esquissait  dans le codex Bezae  s'est  trouvé renforcé dans les manuscrits plus tardifs, quand la rupture d'avec la Synagogue fut consommée.


L'APÔTRE JUDE,  FRÈRE  DE  JACQUES 

Luc nommait plusieurs Juda et plusieurs Jacques sans autres précisions, comme s'il avait souhaité que l'un passât pour l'autre auprès de ses lecteurs.
  • Les disciples du nom de Juda
    1 Juda [fils] de Jacques, le onzième de la liste des Douze.
    2 Judas iScarioth, le douzième de la liste des Douze
    3 Juda qui, à Damas, hébergea Saul au moment de sa conversion (Ac 9,11).
    4 Juda l'auteur de l'Epître de St Jude; il se disait frère de Jacques.
    5 Juda surnommé Barabbas (fils du père, D05) ou Barsabbas (fils du Sabbat, autres mss); lui et  Silas furent envoyés appuyer la démarche  de Paul; tous deux étaient des “guides et des prophètes” au sein de la communauté (Ac 15:22, 27 et 32);

Les numéros 1, 3 4 et 5 correspondraient à un seul et même personnage l'Apôtre St Jude,  frère de ce Jacques  par qui il fut missionné à Antioche; il avait reçu comme surnom Bar Abbas (Ac 15:22 D) ; il est l'auteur d'une épître dans laquelle il citait 1 Enoch dans sa traduction grecque dont il pouvait avoir été familier.

«Notre seul DESPOTHN et Seigneur Jésus Christ »(Jude 4).
Jude donnait à Jésus un titre que le prêtre Siméon et  la communauté en prière  adressaient à Dieu au vocatif: DESPOTA  (Lc 2: 29 et Ac 4:24). Il recouvrait le nom «ADONAÏ» très souvent couplé dans la LXX  avec le tétragramme (YHWH). «ADONAÏ» en était le substitut puisque sa prononciation était réservée au grand-prêtre. D'autre part les prêtres seuls étaient en mesure d'invoquer sur les fidèles le nom d'ADONAÏ en les bénissant. Cette réminiscence d'ADONAÏ était peut-être influencée par le milieu sacerdotal.
On sait par Hégésippe que Jude avait eu des descendants directs qui, devant Domitien, avaient affirmé relever de la maison de David. Mais tout en le disant “frère de Jésus selon la chair”, Hégésippe ne disait pas que Jude appartenait à la maison de David;  rien n'empêche, en effet, que ses filles , mariées dans la Maison de David à des petits-neveux - de Joseph par exemple - lui aient donné des descendants Davidiques.

Selon Jules l'Africain dont la lettre à Aristide était citée  par Eusèbe, ceux de la famille de Jésus étaient appelés “DESPOSYNOI”. (4)
Or ce terme signifie précisément: consacré à ADONAÏ. Ce n'est rien d'autre que la traduction de l'inscription gravée sur l'éphod que portait le grand-prêtre. Si Jacques et Jude n'avaient appartenu à la descendance d'Aaron, ils n'auraient pu recevoir un tel titre. C'est à tort que des auteurs contemporains comme Malachi Martin (5) ont étendu le terme, non seulement aux descendants, mais aux représentants des églises Judéo-Chrétiennes qui se seraient rendues en 318 à Rome auprès du pape Sylvestre.
Jules l'Africain disait encore qu'ils connaissaient leur généalogie, la conservant précieusement dans leur mémoire. C'était en effet le cas de Marie, parente d'Élisabeth qui appartenait à la classe sacerdotale. Ne pas pouvoir établir son appartenance à une des classes sacerdotales, c'était s'exposer à en être exclu et c'est pourquoi les prêtres gardaient  des tablettes recensant leur généalogie. Par contre les descendants de Jude durent faire des recherches concernant la branche Davidique, puisque Hérode avait brûlé les généalogies archivées; celles des prêtres conservées au Temple  avaient apparemment échappé (Contre Apion 1: 30-36).


 
JACQUES  LE FRÈRE DE JUDE

  Nombreux étaient les dénommés Jacques:
  1.  Jacques fils de Zébédée et frère de Jean décapité sous Agrippa I, vers 42. Il était le troisième sur la liste des Douze (Lc 6,14). Il a été appelé le Majeur et c'est lui qui est vénéré à Compostelle.
  2. “Jacques , celui d'Alphée”, c'est à dire le fils d'Alphée (Lc 6,16D05) par opposition à Jacques le fils de Zébédée. C'était le neuvième sur la liste des Douze, à tort il a  été identifié au "frère du Seigneur". Il aurait eu pour frère Lévi (Lc 5,27 et Mc 2:14D).
  3. Jacques père (?) de Juda  le onzième sur la liste des Douze ( “Juda de Jacques”, Lc 6,16).
  4. Jacques, le chef de la communauté de Jérusalem que Luc nomma à trois reprises dans les Actes, avec les frères, les Apôtres et les Anciens. C'était celui que Paul nommait "le frère du Seigneur". Il envoya Juda en mission  à Antioche. Juda était son frère.
  5. Jacques époux d'une certaine Marie qui était venue avec Marie de Magdala au tombeau : “Marie, la de Jacques”, Lc 24,10. L'expression s'entend de la fille sinon de l'épouse. Pour être des femmes disciples, elle était vraisemblablement mariée.
Les deux derniers pourraient avoir été un seul et même personnage.

Les sources apocryphes concernant Jacques sont nombreuses. Elles donnent à entendre qu'il appartenait à la lignée sacerdotale. 
« A Jacques seul il était permis d'entrer dans le Saint des Saints une fois l'an...Celui-ci, même la lame d'or il portait. (Panarion 78:14.1).
Ce que rapportait  Épiphane ressemble à une légende :  car il n'y a pas de Jacques dans la liste les grands-prêtres nommés par Rome et recensés par Flavius Josèphe.
Cependant tout grand prêtre, au cas où il serait dans l'impossibilité d'officier, était assisté d'un autre; si Jacques descendait  d'Aaron, occasion a pu lui être donnée  d'officier en la fête de Kippour jusqu'à entrer dans le Saint des Saints, revêtu du vêtement du grand-prêtre et d'y  invoquer le Nom. Le propos d'Épiphane n'est pas à rejeter comme invraisemblable;  il est cependant fragile puisque le "petalon" (gr), ou “l‘éphod”(hebr) ne se portait pas sur le front mais sur la poitrine (6).
Il ne semble pas qu'Épiphane ait disposé de sources autres que celles d'Hégésippe consigné par Eusèbe et Jérôme :
 « Jacques , le frère du Sauveur, surnommé le juste...fut saint pour ainsi dire avant de naître. Il ne but jamais de vin ou d'autres liqueurs spiritueuses, et ne mangea jamais de chair; jamais il ne coupa ses cheveux, et il ne connut point l'usage des parfums et des bains. Il n'était permis qu'à lui seul de pénétrer dans le sanctuaire. Ses vêtements étaient faits de lin et non de laine. Il entrait seul dans le temple et se prosternait devant le peuple pour prier. Ses genoux avaient fini par devenir aussi durs que la peau du chameau. » (cité par Jérôme Hommes illustres II, cf Eusèbe EH 2:24) .

De Jacques nous ont été transmis un discours et une lettre. Détiendraient-ils les indices d'une appartenance sacerdotale?.
L' invocation d' ADONAÏ sur les fidèles par le prêtre, émissaire de Dieu et non des hommes, était au coeur des préoccupations de Jacques qui,  dans sa sa lettre  s'insurgeait:
«N'est-ce pas eux  (les riches) qui blasphèment le beau Nom qui est invoqué sur vous Jc 2:7.
Selon les autres livres du NT,  Pierre et Paul exhortaient souvent  les frères à invoquer le Nom, le Nom de Dieu, le Nom du Seigneur, le Christ Jésus; par contre ils ne se préoccupaient pas   d'invoquer le Nom sur eux, puisque c'était du seul ressort des prêtres.
En comparaison, la bénédiction venait  naturellement dans les paroles de Jacques comme une “attitude réflexe”, puisqu'elle était encore présente dans son discours où il citait Amos :
«Afin que le reste des hommes, recherche Dieu, ainsi que toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué» Ac 15:17
A nouveau il faisait allusion à la bénédiction sacerdotale. Cette préoccupation est un très sérieux indice de son appartenance à la classe sacerdotale.


    La question du  Premie-né d'entre ses frères
Selon Luc, Jésus était le fils unique de Marie.
Toutefois en  écrivant  qu' "Elle enfanta son fils, le premier né",  ne se contredisait-il  pas et ne donnait-il pas à  entendre qu'elle avait eu d'autres enfants?
Le "premier-né" prôto-tokon en Grec est une traduction de l'Hébreu bécor, un terme réservé à l'individu masculin ou mâle qui ouvre la matrice de sa mère; bécor à la différence de son correspondant grec, n'est pas construit sur l'adjectif premier et rien n'implique qu'un bécor soit suivi d' individus frères.
Un autre terme monogênês , unique engendré(e) aussi employé pour la fille ne se rencontre pas dans la Torah, raison pour laquelle Luc l'a peut-être évité en parlant de Jésus. Dans les autres livres de la LXX, monogênês recouvre l'Hébreu iarid, unique. 

Le recours à prôto-tokon/bécor,  "premier-né", apportait des informations importantes:
      - Un premier né (mâle) devait être racheté (cf Ex 13,13; Nb 3,49-51) à moins d'être issu par sa mère de la tribu de Lévi, qu'elle ait été mariée à l'intérieur ou à l'extérieur de cette tribu. Puisqu'il n'était pas dit que son fils premier-né fut racheté, le lecteur  pouvait déduire et conclure que Marie, parente d'Elisabeth, relevait comme elle, à travers la classe sacerdotale, de la tribu de Lévi.
      - "Premier-né" était également un titre donné au Messie Davidique selon la parole du Psaume: "Et moi je l'instituerai Premier-né, Très haut par rapport aux rois de la terre"Ps 89,28. Cet épithète qualifiait plus précisément le Messie dit "Fils de Joseph" qui selon le prophète Zacharie était un fils unique (Za12/10). En mettant Jésus au monde Marie avait conscience qu'il était "le premier-né" annoncé dans les Écritures.
Lisant Luc en Grec, et en se référant à Marc, l'évangéliste matthieu s'est permis de glisser la supposition que Marie avait eu d'autres enfants que Jésus:
Et il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eut enfanté un fils et il lui donna le nom de Jésus.(Mt 1:25),
 Cependant s'il avait disposé d'informations précises, il n'aurait pas manqué de clarifier les ambiguïtés de Marc sur la mère des frères de Jésus. Ce qu'il n'a pas fait.
 

       PAUL FACE  AUX  “PSEUDO-FRÈRES”

C'est Paul qui appelait Jacques «le frère du Seigneur»; il le fit une fois dans ses écrits au moment où il parlait de sa conversion (Gal 1,19); était-ce une manière de le dissocier de Jacques fils de Zébédée encore en vie? C'est le même titre que lui donnait Flavius Josèphe en relatant les conditions de sa mort (5). Dans la même épître, et juste quelques versets plus loin , au coeur de sa confrontation avec ce même Jacques sur la circoncision, il faisait allusion à de "pseudo-frères" (Gal 2,4) qui espionnaient la liberté qu'il avait prise et il se félicitait de ne pas leur avoir cédé. Pseudadelfoi, pseudo-frères, un hapax legomenon qui ne se rencontre pas antérieurement dans les textes grecs, ni son équivalent dans les textes latins, est à prendre au sens figuré d'espions. Certains se faisaient passer pour des frères, mais on ne pouvait se fier à eux. Le chapitre XV des Actes permet d'identifier ces pseudo-frères à des Pharisiens qui avaient semé le trouble à Antioche et contraint Paul et Barnabé à venir rendre compte de leur agir aux "notables" de Jérusalem. Suite à quoi l'Apôtre Jude fut missionné par Jacques avec Silas pour  aller appuyer Paul (Ac 15:22, 27 et 32) . Le ton de la lettre aux Galates laisse percer une entente négociée avec les "notables" dont Jacques et Jude faisaient partie.
Paul eut beaucoup de mal à reconnaître l'autorité de Jacques. Il n'a nulle part dans ses lettres mentionné le décret apostolique dont il fallut lui rappeler l'existence lorsqu'il monta pour la dernière fois à Jérusalem. Se voulant l'apôtre des Gentils, il n'acceptait pas la soumission à la communauté de Jérusalem dont le chef était un prêtre. La rivalité séculaire entre les  pharisiens et la classe sacerdotale rejaillissait entre eux.



   LA  SECONDE  APOCALYPSE  DE  JACQUES
Parmi les écrits apocryphes, la seconde Apocalypse de Jacques détient des renseignements qui sont à prendre en considération(6).
Ils venaient d'un prêtre qui faisait partie de l'assemblée réunie par Ananus pour juger Jacques . Ce prêtre s'appelait Mareim et il se disait le parent de Theuda le père de Jacques qu'il avait fait prévenir pour qu'il vienne en hâte.  Il reconnaissait ne pas avoir avoué devant le sanhédrin qu'il était parent de l'accusé. L'épouse de Theuda, la mère de Jacques, s'appelait Marie. Elle confiait à son fils qu'elle avait allaité Jésus et que pour cette raison, il l'appelait “ma mère” et  Jacques “mon frère”. Jésus le Fils du Père était le “frère de Theuda”, c'est-à-dire son neveu. Ainsi l'auteur de cette Apocalypse laissait entendre que Jacques comme son père Theuda était de classe sacerdotale.
Comparativement, la première Apocalypse de Jacques, trouvée elle aussi à Nag Hammadi, mais plus tardive plaçait Jacques dans la Maison de David.




    JACQUES  ET  JUDE  DES  COHANIM ?



Que Jacques et Jude, aient été  prêtres , rien n'interdit de le penser; au contraire les traditions les concernant en gardent des traces significatives, même si le mot n'était jamais prononcé..
Les auteurs, à la suite de Papias, ont rattaché les deux frères à la Maison de David, mais sans s'appuyer sur des éléments précis. Le Messie était annoncé dans la maison de David et la promesse faite lors de l'Annonciation  regardait le trône de David. Paul considérait Jésus comme issu de la lignée Davidique (Rm 1:3) et on en déduisait que Marie en relevait elel aussi (cf Protévangile de Jacques 10:1). Comme Jacques puis Simon succédèrentt à Jésus sur Jérusalem jusqu'à former une “dynastie”  l'ascendance des frères de Jésus fut dressée à l'intérieur de la maison de David comme l'exposait Épiphane (1).
Pourtant nombre d'éléments incitent à penser qu'ils étaient comme Élisabeth et Marie (Lc 1:5, 36, 2:5) descendants d'Aaron. 
 
Élisabeth était “d'entre les filles d'Aaron”, ce qui signifie qu'elle pouvait être donnée en mariage à un prêtre (Lev. 21:7). Elle était "pure" (Nb 18:11). L'évangéliste ne s'intéressait pas à sa lignée , mais l'expression employée signifiait qu'elle relevait , à l'intérieur de  la tribu Lévitique, de la descendance d'Aaron. En d'autres mots son père était prêtre, mais peu importait de quelle classe il relevait.

Marie, sa parente qui parce qu'elle était plus jeune qu'elle, pouvait être sa nièce, était elle aussi, très vraisemblablement,  fille de prêtre; même si les coutumes  favorisaient les mariages à l'intérieur de la tribu, il n'y avait pas obligation pour elle d'épouser un prêtre et elle fut donnée en mariage à un homme de la tribu de Juda. Paul affirmant que Jésus était de la descendance de David selon la chair (Rm 1:3), Marie fut raccrochée à la tribu de Juda du côté paternel; mais ce n'est pas à cela que Paul faisait allusion; il savait pertinemment que la mère ne conférait pas l'appartenance à la tribu .  Il n'en savait pas plus que les lecteurs de Luc sur les origines de Marie et de Jésus mais il   établissait  un parallèle entre l'appartenance charnelle et l'appartenance spirituelle du Christ. Comparativement la formulation de l'épître aux Hébreux qui pouvait être prise au sens figuré était plus adaptée: "il est notoire que  de Juda, s'est levé notre Seigneur" Hb 7:14.
Le portrait laissé par Hégésippe et recueilli par Jérôme dans ses Hommes Illustres est parlant puisqu'il donne les caractéristiques d'un prêtre, voire d'un grand-prêtre apte à pénétrer dans le Saint des Saints.
« Il fut sanctifé dès le sein de sa mère. Sans jamais boire de vin ou d'autre liqueur, sasn jamais manger de viande, laissant toujours croître ses cheveux, il laissa de côté les onguents et les v-bains. Il était permis à lui seul de pénétrer jusqu'au Saint des Saints. Aux vêtements de laine, il préférait ceux de fil, entrait seul dans le temple, et priait si longtemps à genoux su'ils avaient contracté la dureté de ceux du chameau.»(Jérôme, Hommes Illustres II ).

La position de prêtre à l'intérieur de la communauté chrétienne devait être difficile à tenir, ce qui expliquerait le silence de Jacques sur lui-même.
D'autant plus difficile à tenir que la communauté chrétienne s'orientait, avec la Lettre aux Hébreux, vers un nouveau sacerdoce qui se substituait à l'ancien. Il n'est pas indifférent que le terme prêtre n'apparaisse dans aucune des autres lettres du Nouveau Testament.

Relevant de la tribu de lévi, Jacques et Jude étaient parents de Marie, ses neveux probablement; ils n'étaient pas les frères consanguins de Jésus. Leur père (Clopas ou Theuda?)  qui était prêtre,  était vraisemblablement le frère de Marie.



CONON DIACRE DE HIEROSOLYMON


diacre conon mosaique
Selon les Actes de son martyr sous Decius (milieu IIIème siècle), Conon qui vécut comme jardinier à Magydus en Pamphilie, disait lors de son procès venir de Nazareth et appartenir à la parenté de Jésus:
“Je suis de la ville de Nazareh en Galilée; je suis de la famille du Christ dont j'ai hérité du culte par mes ancêtres“ Martyr de Conon, 4:2 (cf Richard Bauckham) .
Serait-il à identifier avec Conon, ce diacre de Jérusalem, dont le nom et le titre sont inscrits sur un pavement de mosaïque de la petite église-synagogue retrouvée sous la basilique de l'Annonciation à Nazareth?
Conon est un nom fréquent , mais il est fort possible que le diacre de Jérusalem enterré à Nazareth ait fait partie lui aussi de la parenté de Jésus. L'emplacement de la mosaïque en est un indice.
Les descendants des frères de Jésus occupèrent des charges d'épiscopes et de diacres. Cela suppose qu'ils étaient d'origine sacerdotale car c'est à des descendants de prêtres que dans les provinces romaines du Moyen Orient fut confié le gouvernement des églises.

 


Sylvie. Chabert d'Hyères
© Copyright 2006


  I -    Identification du lieu-dit Emmaus
  II -   Identification du compagnon de Cléopas
  III -  Le disciple Bien-Aimé
  IV - Les frères de Jésus: La fin de l'Énigme?
  V -  Jean L'évangéliste, mort et renaisssance
 VIEn définitive, Qui était Luc ?


-1  - «Quand la dignité royale se transforma, elle qui était en Christ, elle fut transferée à l'Eglise depuis la maison de Juda et d'Israël qui est de la chair mais dont le trône est établi pour toujours dans la sainte église de Dieu; trône dont la royauté et sacerdotale dignité repose sur deux fondements: la dignité royale venant de Notre Seigneur Jésus Christ de deux manières: du fait qu'il est de la descendance du Roi David selon la chair et du fait qu'il est- selon ce qui est certainement vrai , un bien plus grand roi pour l'éternité dans sa divinité. Jacques ayant été consacré premier évêque, lui qui est appelé frère du Seigner et Apôtre...Mais on trouve qu'il est de la semence de David étant fils de Joseph et qu'il était un Nazarite.
Le premier né de Joseph était Jacques surnommé Oblias (= rempart), aussi surnommé "le Juste" qui était Nazarite soit un homme saint. Il fut le premier à recevoir la chaire d'évêque, le premier par qui le Seigneur a dressé son trône sur la terre.
Jacques aussi portait une lame d'or sur la tête. Une fois, durant une sécheresse il leva les mains vers le ciel et pria et le ciel donna la pluie. Il ne portait pas de vêtement de laine. Ses genoux s'étaient durcis comme la peau du chameau de par son continuel agenouillement devant le Seigneur, de par son excessive piété. Aussi ne l'appelait-on plus par son nom. Son nom était le Juste. Il ne prenait pas de bain, il ne prenait pas la chair de l'animal comme je l'ai expliqué et ne portait pas de sandales. Epiphane, Panarion 29 et
Panarion 78 . Le “petalon” correspond dans la LXX à l'ephod que le grand-prêtre portait sur la poitrine, ce que confirmait Flavius Josèphe. Épiphane l'imaginait sur le front. Il réécrivait à sa manière le récit d'Hégésippe reçu d'Eusèbe.
cf J Julius Scott : James the relative of Jesus JETS 1982
5 Malachi Martin "Decline and Fall of the Roman Church" essentiellement cité par les sites des TJ.

2 -  Luc 8:21 selon D05 et les mss 579, 69,1071, 1484, 1346. La syntaxe, en principe, veut l'article  devant mère et frères qui sont définis par le pronom mou = de moi. Sa disparition dans les autres mss vient, semble-t-il d'une influence du parallèle de Marc.

3 - Mc 8:35. D et W n'ont pas le pronom devant soeur. Les termes frère, mère soeur sont ici attributs; il n'y a donc pas l'article.

-4 - “Quelques personnes soigneuses gardèrent pour elles leurs propres généalogies, soit, en se souvenant des noms, soit en en prenant des copies et se glorifièrent d’avoir sauvé la mémoire de leur noblesse. Parmi elles, se trouvaient ceux dont on a parlé, qu’on appelle desposynes, à cause de leurs accointances avec la famille du Sauveur : originaires des villages juifs de Nazareth et de Kokaba, ils s’étaient répandus dans le reste du pays et ils avaient compilé la sus-dite généalogie d’après le Livre des Jours,(Chroniques) autant qu’ils l’avaient pu.” Jules l'Africain cité par Eusèbe HE I: 7,14  Kokaba, selon Epiphane (Haer. XXX. 2 and 16), était un village de Basanitide proche de la Decapole. Kokaba serait plutôt ce village de Galilée à 24 km au Nord de Nazareth, actuel Kaukab qui signifie étoile, rappel de la prophétie de Balaam sur l'étoile de Jacob (Nb 24:17). Serait-ce le village de Marie? Celui-ci n'est pas nommé dans le récit de l'Annonciation, si on se réfère au codex Bezae, Nazareth n'étant qu' une addition tardive faite ultérieurement dans les autres manuscrits.

-5 - «Ananus rassembla le sanhédrin des juges et fit comparaître devant eux le frère de Jésus l'appelé Christ, qui avait pour nom Jacob" ainsi que quelques autres;

-6  «C'est le discours que Jacques le Juste prononça à Jérusalem et que mit par écrit Mareim un des prêtres. Il l'avait dit à Theuda le père du Juste dont il était parent. Il dit : “Vite, viens avec Marie ton épouse et tes parents...» (trad de l'Anglais) Préface de la seconde Apocalypse de Jacques. Il faut distinguer l'auteur de l'Apocalypse du prêtre Mareim qui a retranscrit le discours de Jacques. Présent à l'assemblée du sanhédrin, il avait alerté Theuda