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Documentation
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AMMAOUS ET L'ONOMASTIQUE
La ville de Judée qui avait été le theâtre de la victoire de Judas Maccabée sur Nicanor et Gorgias en 166 était AMMAOUS. (1Mb 3:40,57; 4:3, 9:50). Son nom figurait avec un A initial dans les quatre occurrences de la Septante ou de la Vulgate latine, et ce, quels que soient les manuscrits.
| Même accord sur le A initial pour trois des quatre occurrences des
oeuvres
de Flavius Josèphe. Dans la “Guerre des Juifs”, l'historien donnait la déclinaison AMMAOUNTA (de la même manière Jéricho HIERICOUNTA AJ 13:15) , et dans le parallèle des Antiquités, il l'orthographiait EMMAOUNTA avec un E. (3) AMAUANTE sur la table de Peutinger, ci-contre, est donc la toparchie d'AMMAOUS, aujourd'hui AMOUAS. AMMAOUS avec l'initiale A au verset 24:13 de l'évangile de Luc est majoritaire dans les vieilles traductions Latines antérieures à la Vulgate(4). Cependant, dans une partie d'entre elles, AMMAUS a été pris pour un nom de personne: | ![]() |
«
Et d'eux d'entre eux , ce même jour , se rendaient vers un village
distant de Jérusalem, de 60 stades, du nom d'Ammaus
et Cléopas...»(5)
En rajoutant Cléopas en fin de phrase on donnait à entendre
qu'AMMAUS était le compagnon de Cléopas. Ambroise
de Milan (339-397) qui devait avoir sous les yeux une de ces
anciennes versions latines faites à Carthage vers la fin du second
siècle,
commentait ce passage en disant que Cléopas et Amaus cheminaient
avec tristesse (6). Quelle qu'en soit l'interprétation, AMMAUS était la retranscription latine d'un correspondant grec qui n'était autre qu'AMMAOUS.
AMMAOUS - NICOPOLIS
| Sous l'empereur Héliogabale, AMMAOUS fut rebaptisée NICOPOLIS ce qui signifie “cité de la
victoire” . - Pour les Romains c'était la Victoire de Rome sur Jérusalem en 70 et 135. - Pour les lecteurs des livres saints, l'AMMAOUS biblique avait été le lieu de la victoire de Judas Maccabée. - Pour Origène à qui on attribue l' identification du village de l'évangile à la ville 'd'AMMAOUS, ou pour Jules l'Africain qui présida à sa rénovation sous Alexandre Sévère (Eusèbe, chronique 11, 178f.), le nouveau nom pouvait inviter à célébrer la victoire du Christ sur la mort. | Baptistère cruciforme de la seconde église Byzantine d'Emmaüs- Nicopolis |
![]() | 1 - Basilique : l'abside est d'époque paléo- chrétienne sinon Byzantine, la nef du XIIème siècle 2- Inscription grecque 3 - Abside sud avec niche reliquaire 4 - Baptistère et réservoir 5 - Basilique Nord 6 - Restes de mosaïques et passage entre les deux basiliques 7 - Carrière de pierres 8 - Zone de sépultures et mosaïques 9 - Restes de mosaïques 10 - résidences. |
EMMAOUS
Mais pourquoi, dans le texte grec des évangiles lit-on EMMAOUS au lieu d'AMMAOUS ?
EMMAOUS avec un E initial est dans l'Historia Naturalis de Pline l'Ancien publiée en Latin un an avant qu'il ne meurt victime des laves du Vésuve en 79; il y avait recensé les dix circonscriptions administratives de la Judée, telles qu'elle avaient été redessinées après la guerre de 70 :
«La Judée même est divisée en dix toparchies, dans l'ordre suivant :
celle de Jéricho, plantée de palmiers, arrosée de sources; celle
d'Emmaüm, celle de Lydda, celle de Joppé, celle d'Acrabatène, celle de
Gophna, celle de Thamna, celle de Bethleptephe, celle d'Orine, où fut
Jérusalem, la plus célèbre des villes non de la Judée seulement, mais
de l'Orient; celle d'Herodium, avec une ville illustre du même nom.»
(7)
Le changement serait donc à imputer à l'administration romaine qui avait enrégistré EMMAUS avec un E
initial dans ses documents officiels grecs et latins. En Hébreu , l'initiale était vraisemblablement, un aleph. L'Onomasticon d'Eusèbe, atteste que le aleph hébreu était retranscrit par l'alpha grec, sinon par un Epsilon (8).
C'est ainsi qu' EMMAOUS avec Epsilon s'est retrouvé dans les manuscrits grecs de l'évangile, avec pour premier représentant le papyrus de la collection Bodmer ( P75) remontant aux années 170-220, puis dans les travaux d'Eusèbe et de Jérôme.
Les témoignages épigraphiques font défaut qui nous en auraient appris davantage.
L'EMMAUS DES CROISÉS
Les Croisés rebâtirent l'église d' AMMAOUS/NICOPOLIS; mais ils n'étaient pas convaincus que la ville ait été le lieu indiqué par Luc : Le soleil déclinait quand les voyageurs arrivèrent à destination; ils en repartirent aussitôt après le repas et refirent le chemin en sens inverse. Entre AMMAOUS et Jérusalem la distance est de 26 km par la route Nord, 32km par la route Sud; l'aller-retour de dix-douze heures minimum que cela suppose est peu compatible avec les détails du récit; mais c'est surtout en désaccord avec Luc qui avait pris soin d'évaluer la distance à soixante stades seulement, soit 11km. L'ajout du chiffre cent devant soixante au IVème siècle, dans le codex Sinaïticus et les manuscrits affiliés, visait à rendre crédible cette identification.
Aussi les Croisés ont-ils recherché un village de même consonnance aux abords de Jérusalem.
Dans le livre de Josué (Jos18:26) étaient énumérés plusieurs lieux-dits précédés en Hébreu d'un article: ha Mitspé, ha Kephira, ha Motza ; cet article disaparaissait dans la LXX , mais curieusement, non pour ha-MOTZA : il avait été rattaché au nom jusqu'à former AMWSA, selon le codex Alexandrinus (AMWKH selon le codex Vaticanus). Flavius Josèphe évoquait lui aussi ce lieu, orthographié AMASSA dans la transcription latine de sa Guerre des Juifs; il faut préciser que les manuscrits latins en sont les témoins les plus anciens (IX-Xème siècles). Flavius Josèphe situait ce lieu à 30 stades de Jérusalem et, comme le Talmud, il indiquait le nouveau nom donné par l'armée romaine: KOLONIE , du Latin colonia (GJ 7.10.9 v.217). A MOTZA, on venait cueillir des branches pour la fête de Sukkôt (TB sukkah 45a).
AMWSA pouvait faire penser à AMMOUS et les Croisés n'hésitèrent pas à retoucher les textes de manière à faire coïncider la topographie, l'Évangile et les sources scripturaires. En effet dans les manuscrits grecs de la Guerre des Juifs - [ et ceux qui nous sont parvenus ne sont pas antérieurs au XIème siècle ] - AMWSA fut écrit AMMAOUS, et sur l'un des manuscrits, la distance de trente stades fut changée en soixante pour correspondre au texte de Luc. Car si cet AMMAUS avait été présent dans le texte de la Guerre des Juifs, avant que les Croisés ne s'y intéressent, Origène Eusèbe sinon Jérôme l'y auraient forcément détecté et fait le rapprochement avec l'Évangile.
On racontait (cf Sozomenus Histoire ecclésiastique V, 21) qu'en arrivant au village qui se trouvait à l'embranchement de trois voies romaines (trivium), Jésus s'était lavé les pieds à une fontaine aux eaux devenues miraculeuses ; il fallait donc que le choix du nouveau site en tienne compte.
AMWSA/KOLONIE se trouvait sur la voie conduisant à AMMAUS/NICOPOLIS; bien qu'à un carrefour et arrosée de sources réputées encore à l'époque byzantine, elle n' était pas à la distance voulue; par contre sur la même route, au carrefour suivant et à soixante stades de Jérusalem, les attentes n'étaient pas décues.
![]() | L'ordre des Hospitaliers y construisit une église dont la crypte enserrait des
citernes d'époque romaines alimentées par des sources et qui avaient constitué le
réservoir d' un
caravansérail construit sous la dynastie Abasside. Le lieu ut dénommé FONTAINE EMMAUS,(11); c'est l'actuelle ABU GOSH. Le site se confondait avec Kyriat Yearim (Kiriat Jearim) où l'Arche d'Alliance aurait séjourné une vingtaine d'années avant d'être transférée à Jérusalem par David. L'église fut dédiée à Jérémie, le prophète de l'alliance et couverte de fresques restaurées depuis peu. |
Près d'El QUBEIBEH à environ 70 stades de Jérusalem, un ancien fort romain , fut dénommé "CASTELLUM EMMAUS". Les fouilles n'ont pas apporté la preuve de substructures byzantines.
Le souvenir de la dernière Cène de Jésus reste attaché à tous ces différents lieux EMMAUS/NICOPOLIS, ABU GOSH et El KUBEIBEH , tant qu'aucune preuve n'émerge du dossier historique (11) autorisant à conclure qu'en l'un d'eux, précisément, Jésus fit étape le soir de sa Résurrection. Deux sont des "inventions" de l'époque des Croisés , tandis que le premier est bien éloigné de Jérusalem pour permettre d'opter positivement en sa faveur.
Retrouver le site de MOTZA, auquel les Croisés avaient préféré ABU GOSH, a été l'objectif de C.P Thiede qui y conduisit des fouilles en 2001 après celles notamment de E. Eisenberg en 1973 qui avaient révélé des structures d'époque byzantine (11).
Mais la dénomination habituelle au Ier siècle était MOTZA ; pour les besoins de la cause, les copistes de l'époque Croisée l'écrivirent AMMAOUS.
IDENTIFICATION D'OULAMMAUS
Eusèbe de Césarée dans son Onomastique des lieux de Terre Sainte, considérait Oulammaus, avec LOUZA, comme un premier nom de BÉTHEL.
| “Béthel, maintenant est un village distant d'Ailias (Aelia Capitolina, Jérusalem) de 12 bornes, à droite en allant vers Néapolis, mais Oullamaus auparavant était appelé aussi Louza. Elle devint aussi partie de la tribu de Benjamin limitée par Bethaun et Gai. Josué la combattit supprimant son roi. 8 | ![]() |
OULAMMAOUS venait inopinément au milieu de la phrase. Eusèbe n'avait pas cherché à s'en expliquer; Il avait simplement repris le terme à la LXX ; à la lettre L de son dictionnaire, il recensait à nouveau LOUZA mais sans rappel d' OULAMMAOUS:
LOUZA que Jacob surnomma BÉTHEL: habité jusqu'à
aujourd'hui, le village se trouve à gauche de la route conduisant
à Aelia en venant de Néapolis ; il revint à la tribu de Benjamin.
Détail précieux entre tous: il donnait la position exacte du village à 12 bornes milliaires (17,8 km) de Jérusalem sur la route menant à Neapolis (Nablus ou Shechem), détail repris par Jérôme:
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Il pouvait y avoir là encore un jeu de mots car en Hébreu HA - MUGDALON , désignait une tour ou une fortification et BÉTHEL avait été fortifée par le Syrien Bacchidès (IM 9:50); Vespasien s'en empara en 69 et profitant des fortifications il y laissa une garnison (GJ IV,9,9).
Sur la
mosaïque de Madaba du VIème siècle, au-dessus
de HAGIA POLIS, se lit l'inscription![]() «LUZA qui est aussi BETHEL» elle est soulignée d'une porte entre deux tours, signalant une fortification. | ![]() |
Une église Constantinienne avait été bâtie dans le village de BÉTHEL et elle était, selon Jérôme, accompagnée d'un couvent (Epist., CVIII, 13). Y étaient commémorés les évènements bibliques : le songe de Jacob et l'envoi d'un prophète à Jéroboam. Le village était largement christianisé à suivre la lettre d'Épiphane à Jean de Jérusalem (13).
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IDENTIFICATION DU SITE D'OULAMMAUS / BÉTHEL
En dépit de son importance biblique et stratégique la localisation du village de Béthel - tel que le connaissaient Flavius Joseph et Eusèbe - s'est perdue avec l'invasion Arabe et sa redécouverte s'est accompagnée de nombreux questionnements que les repérages topographiques et les fouilles archéologiques ont laisssés en suspens.
CON-FUSION LITTÉRAIRE DE BÉTHEL ET BÉTHAUN
| BETHEL était proche de BETHAUN (ou
BET-AVEN).
Nommées ensemble en Josué 18:13, elles étaient dans
le lot de la tribu de Benjamin, à la frontière d' Ephraïm. En venant de Jéricho, la route traversait un désert montagneux avant de les atteindre. Le report sur les cartes anciennes ne se référait pas à des relevés de terrrain mais répondait à la volonté d' illustrer les récits bibliques. |
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Cette fusion littéraire , s'est répercutée dans les écrits talmudiques et dans ceux de Jérôme , comme si, topographiquement les deux sites étaient indistincts (10). Eusèbe les recensait dans son Onomasticon comme deux sites distincts au temps de Josué, mais il ne disait pas que BETHAUN subsistait à l' époque où lui-même écrivait.
Le pèlerin dit “l'Anonyme de Bordeaux” , lors de son pèlerinage en Terre Sainte en 333, consignait le lieu du songe de Jacob :
«À 28 milles de là,
sur la gauche, comme on va vers Jérusalem, il y a un village nommé
BÉTHAR - À un mille de là se trouve l’endroit où Jacob a dormi lorsqu’il
se rendit en voyage en Mésopotamie. Et là se trouve l'amandier. Là Jacob eut sa vision et
l'ange combattit avec lui. Là était Jéroboam lorsque le prophète lui
fut envoyé... De là à Jérusalem ,12 milles.»
Mais Béthar, était-ce Béthel ou bien Béthaun?LOCALISATION DE BÉTHEL
Sur les cartes anciennes de Jérusalem fut indiquée parfois la direction de BETHEL depuis la porte de Benjamin. Sur la carte de 1584 il y a même deux Béthel: celle du songe de Jacob, près de Jérusalem; l'autre, à côté de Sichem sur le mont Garizim en écho aux traditions Samaritaines.
![]() 1486![]() 1884 | ![]() 1584![]() 1590 |
Le recensement des bornes milliaires encore en place entre 1870 et 1880, lors des relevés topographiques «Survey of Western Palestine», est venu appuyer cette identification. Elles étaient au nombre de trois sur la route de Jérusalem à Néapolis, avant BEITIN; elles remontaient à Marc-Aurèle et avaient pour numéro 3 et 5 (SWP vol III, p 130-131); la troisième dont l' inscription était effacée, apparaît à hauteur de Khirbet esh-She sur la carte “Roman Palestine map” de M. Avi Yonah, dressée en 1940-44.
La route
suivait la ligne de crête et n'offrait pas de
dénivelées susceptibles de modifier, de manière significative, le
rapport à la distance réelle et, sur la carte, le
curvimètre relève la même
distance de
la porte de Damas à la borne 3 et de cette dernière à la
borne cinq ; la borne au chiffre I se trouvait donc à la porte de Damas . La
distance étant double entre
la borne 5 et la dernière au chiffre lacunaire,
celui-ci devait être un IX .
À partir de là, le relief étant plus mouvementé, l'évaluation de l'implantation des bornes se fait plus approximative; la borne XII pouvait se trouver aux abords de BEITIN, conformément aux indications d'Eusèbe et de Jérôme qui comptaient 12 bornes entre Béthel et Jérusalem, soit 18 km, le mille romain équivalant à 1km480.
![]() | «Survey of Western Palestine, 1870-80» n°17 moyen format; Sur la mosaïque de Madaba, La colonne au départ du Cardo, à la porte de Damas, était le point de départ du bornage. |
![]() Carte 14 moyen format;![]() |
La distance est de trois km entre BEITIN et El BIREH puis de quinze jusqu'à Jérusalem.
En se basant sur le résultat des fouilles conduites en 1934, AE Rainey, a estimé pouvoir confirmer l'identification de BETHEL à BEITIN , la stratigraphie du tell témoignant d'une occupation à l'âge du bronze et du fer qui n'aurait pas de concurrent dans les environs immédiats.
.Toutefois Devant certaines lacunes du dossier archéologique et la difficulté de déterminer l'emplacement d'autres sites, D Livingston s'est essayé à une nouvelle lecture topographique en restituant le chiffre XI sur la borne à l'inscription effacée et en identifiant l'ancienne BETHEL à EL BIREH ; mais celle-ci n'est qu'à 15km de Jérusalem. Par ses fouilles conduites sur le tell voisin de Khirbet Nisya il n'est pas non plus parvenu à convaincre qu'il s'agissait de celui d' AI.
À EL BIREH comme à BEITIN, les Croisés commémorèrent le pèlerinage des parents de Jésus à Jérusalem. A douze ans - dans sa treizième année, l'année de sa bar-mitzva, - il les accompagnait lors du pèlerinage de la Pâque. Au retour il resta à Jérusalem à leur insu et ils ne le trouvèrent pas, le soir, à l'étape ; ils refirent le chemin en sens inverse, pour le retrouver le troisième jour dans le temple.
| En chacune, les Croisés édifièrent une église, dédiée
respectivement à Marie et à Joseph (WSP II, p305). Celle d'EL BIREH fut dotée d'un accueil des pèlerins d'un hôpital et défendue par une forteresse. Avec la conquête de Saladin en 1187 l'église fut transformée en mosquée; elle était encore en partie debout au XIXème siècle. La campagne de fouilles conduite par Y Magen de 1987 à 1991, n'y a pas révélé de substructures d'époque Constantinienne. Celle de BEITIN était dédiée à st Joseph. A proximité les ruines de BURJ-BEITIN pourraient correspondre a l'église et au monastère auxquels Jérôme faisait allusion. | ![]() Ruines du Sanctuaire Sainte Marie à EL BIREH en 1937 |
CONCLUSION
Avec OULAMMAOUS, le contexte biblique prend le pas sur l'indication topographique, mais sans la masquer. Luc avait rédigé son livre en Grec à l'intention d'un lecteur qui avait accès à la LXX et pouvait ne pas ignorer ce que recouvrait ce nom. .
OULAMMAUS , attesté jusque dans les traductions latines anciennes du Livre de la Génèse, n'était pas totalement inconnu des premiers Chrétiens. Néanmoins ceux qui avaient accès à la Septante en dehors de son courant Alexandrin, ne lisaient pas OULAMMAOUS mais OULAMLOUS. C'est pourquoi, dès la fin du premier siècle, dans le texte de Luc, ils raccourcirent un vocable dont le sens leur échappait, en AMMAOUS qu'ils connaissaient pour être le chef lieu d'une tétrarchie. Le passage à l'orthographe EMMAOUS vient du contact avec les documents de l'administration romaine.
- Attesté par des textes antérieurs, OULAMMAOUS n'est pas une simple allusion littéraire mais correspond à un lieu géographique repérable dont l' identification à BÉTHEL - aujourd'hui BEITIN - confère au récit de la Résurrection une assise concrète.
- le Codex Bezae n'est pas une ré-écriture tardive ou marginale des évangiles; bien au contraire ses leçons sont des clés de compréhension du texte.
1 - Codex Bezae Cantabrigiensis, l'édition de F H Scrivener a fait l'objet de réimpressions successives depuis 1889. New Testament Greek manuscripts, édition de Reuben Swanson (1995). Sinon des leçons propres du codex Bezae sont citées en notes de l'édition Nestle Aland, Novum Testamentum Graece, depuis 1927. Mis à part le travail documenté de W. Wilker, elles sont absentes des sites internet qui présentent un apparat critique.
2 - Jenny Read-Heimerdinger: ‘Where is Emmaus?’, in Studies in the Early Text of the Gospels and Acts, D.J. Taylor (ed.), Birmingham University Press, pp. 229-44.
Jenny Read-Heimerdinger with J. Rius-Camps: ‘Emmaous or Oulammaous? Luke’s Use of the Jewish Scriptures in the Text of Luke 24 in Codex Bezae’, Revista Catalana de Teologia 27, pp. 23-42.
3- Dans la LXX, en 1Mb 3:40 et 57; 4:3; 9:50 on lit AMMAOUS dans les codicii A B et S. Si EMMAOUS est en 1M4:3 dans le Sinaiticus, c'est de par la correction d'un scribe qui ne l'a cependant pas reportée sur les autres versets comportant ce vocable. AMMAOUS est l'une des 11 toparchies de Judée BJ 3:55. La déclinaison AMMAOUNTA (κατ' Ἀμμαοῦντα en BJ 2.63) est EMMAOUNTA en AJ 17.282.
4 - AMMAUS dans les codicii a (Vercellensis IVs.), b (Veronensis,Vs), codex l (Berlin, VIIIs.) , ff2 (Paris BN, Vs); Codex e (Trente,Palatinus 1185, Vs) ; codex l (Berlin VIIIs) codex r (Dublin VIIs).
EMAUS codex f (Brescia VIs)
5 - Lc 24:13 «Et ecce duo ex illis, ibant in ipsa die in castellu, quod aberat spatio stadiorum sexaginta ab Hierusalem, nomine Ammaus et Cleophas.» ff2 (Paris BN, Vs)
«Fuerunt autem duo ex illis euentes ipsa die in castellum quod est ab Hierosolymis stadia septem, nomine Ammaus et Cleopas» Codex e (Trente,Palatinus 1185, Vs)
«e duo erant ex illis, eunt .... castellum, quod aberat st.......Hierusalem, nomine Amaus...as.» codex r (Dublin VIIs).
6 - St Ambroise de Milan q 77.2: «Cleopas (Cleophas CNAB) et Amaus (Emaus N, Emmaus X) euntes in via tristes». Egalement Expositio Evangelii Secundum Lucam (Migne col 1847...1848) et Commentaire sur le Ctq des Ctq ch 49.
7 - Pline Histoire Naturelle 5,15(14),1, Flavius Josèphe nommait onze toparchies: Jérusalem, “qui domine tout le reste comme la tête le corps humain”, Gophna, Akrabatta, Thamna, Lydda, Emmaus, Herodium Jericho Pella, Idumea, Engedi (GJ III, III, 5). Les trois dernières furent supprimées à la décennie suivante et remplacées par Bethleptephe et Joppé. Selon les documents de Babata provenant de Murabba'at (16,1,16), Ein Guedi n'était plus qu'un village elle qui avait été la capitale d'une toparchie du temps de Flavius Josèphe. Batharda était dans le district de Gophna (cf Judaea under roman rule p 178).
8 -Exemple : EPHRATA (Gn35:16) ELLASAR (Gn 14.1), ELIM (Is 15.8) ont un aleph en Hébreu.
9 - Eusèbe, Onomastica, 40:20. La lacune < Oulamma> du texte grec a été restituée notamment d'après la version syriaque qui comporte ULAMAUS.
10 Jérôme Comm. ad Hoseam, v, 8; P.L., XXV, 861
11 J. Delaville Le Roulx, Cartulaire général des Hospitaliers de S. Jean de Jérusalem, Paris 1894-1906, Bd. 1,113-114.
Michel Vincent, Le Complexe Ecclésiatique d’Emmaüs-Nicopolis, Université de Paris Sorbonne, Paris IV, Paris , 1996-1997, Library des Béatitudes . Synthèse en Allemand
C. G. de Silva, Supplementum to the Corpus of the Byzantine Churches in the Holy Land, Levant 14 (1982), 157 (Nr. 44); E. Eisenberg, Motza, RB 82 (1975), 587.
12 Discussion des arguments de D Livingston et AE Rainey sur Bethel et Ai
13 - Bellarmino Bagatti , Ancient Christian Villages of Samaria, Jerusalem .2002 (trad de l'italien)



















