5a - Si quelqu'un manque de sagesse qu'il demande à Dieu qui donne à tous
Le manque de sagesse était-il le manque, non précisé, du verset précédent?
La réitération d'un terme d'un verset sur l'autre est un procédé littéraire servantt à enchaîner les phrases entre elles. Ainsi le v 4 participe de ce qui précède et prépare à ce qui suit, sans qu'il y ait pour autant continuité dans le discours.
Parallèle lucanien: « Combien plus le Père, du ciel, donnera-t-il le "bon don" à ceux qui le lui demandent» Luc 11:13D
5b - simplement, sans faire de reproche et il lui sera donné.
ὀνειδίζω
signifie reprocher, outrager. Pour l'auteur de l'épître, Dieu n'adresse pas de reproche à sa créature. Il ne cherche pas à l'humilier ni à la culpabiliser. Il donne simplement, sans regret ni rancoeur. Développement de Isaïe 55:1 sq, selon qui Dieu donne gratuitement.
6a - Qu'il demande avec foi sans tergiverser, car celui qui tergiverse,
Leitmotiv lucanien, "Où est votre foi... si vous aviez de la foi de la grosseur d'un grain de moutarde..."
Lc 8:25, et 17:6 etc
Sans tergiverser: s'agi-t-il du doute par opposition à la foi? ne serait-ce pas plutôt l'attitude instable de celui qui ne parvient pas à se décider? Le verbe est à plusieurs reprises dans les Actes avec le sens discriminer(Ac 10:20; 12,12; 15:9). Sinon Jésus disait lui-même "vous ne pouvez servir deux maîtres" C'est peut-être bien le sens que lui conférait l'auteur de la lettre en considérant l'admonition faite au riche et au pauvre (v 11). C'est un homme à l'âme double, retenu par les biens de ce monde (1:8 et 4:8).
6b - ressemble à La houle de la mer agitée par le vent
C'est la première image utilisée par l'auteur; à l'imitation des enseignements de Jésus faits en paraboles. Les flots étaient associés par Jacques à l'instabilité ; Jésus avait apaisé les flots en furie devant les apôtres qui craignaient pour leur vie.
7 Que cet humain là ne s'imagine pas recevoir quoi que ce soit de la part du Seigneur
Quand celui qui détient l'autorité parle pour le Seigneur...
Les impératifs très nombreux (une cinquantaine sur la centaine de versets) sont la marque d'une personne qui exerçait l'autorité et savait admonester.
8 - homme à l'âme partagée, indécis dans toutes ses démarches.
δίψυχος est à nouveau en 4:8; l'auteur avait été aux prises avec des frères indécis, à l'âme double, et c'est eux qu'il invectivait tout au long de sa lettre. Trois cas de cet ordre étaient mis en avant par Jésus : celui qui s'engage en paroles, celui qui donne plus d'importance à ce qui est mort, au passé qu'à la vie et au présent, celui qui a des regrets et regarde en arrière en conduisant sa charrue (Luc 9:57-62). C'étaient des cas types auxquels les Apôtres furent confrontés eux-mêmes.
9 - Que le frère de condition humble se réjouisse de son élévation, le riche de son abaissement.
Le thème est repris plus loin (4:10)
Luc 14:11 et 18:14 :“Celui qui s'abaisse sera élévé et celui qui s'élève sera abaissé ”
10 - Comme la fleur des prés il passera
Luc 12:28 "l'herbe des champs qui est là aujourd'hui et demain sera jetée au feu..”
11a - En effet le soleil s'est levé avec sa chaleur et il a desséché la tige et sa fleur est tombée et la grâce de son apparence s'est perdue.
Image reprise à la parabole du semeur, et au grain desséché par manque d'humidité. Luc 8:6 . Alors que la parabole s'achève sur l'image de la bonne terre, la comparaison choisie ici revêt un caractère essentiellement critique.
11b - Ainsi du riche, dans ses voies, il se flétrira.
L'admonition faite aux riches, soit directement soit en paraboles et à la différence des trois autres évangélistes est particulièrement sensible chez Luc ; c'est le point de contact le plus frappant entre les deux écrits. Le thème est repris au chapitre 5 de manière virulente.
12a - Heureux l'homme qui endure l'épreuve;
Reprise du v2. πειράσμος désigne à la fois l'épreuve et la tentation; mais toutes deux ne sont pas équivalentes et dans les versets 13 et 14 , il convient de traduire πειράσμος par tentation car l'auteur n'y parle plus des épreuves de la vie, mais des tentations dont il donnera le développement dans les chapitres suivants, l'hédonisme et les richesses.
12b - devenant expérimenté,
il recevra la couronne de vie qu'Il a promise à ceux qui l'aiment
Image de la récompense divine à celui qui vit l'épreuve et qui est fidéle jusque dans la mort, cf Apocalypse 2:10 . Le premier martyr en tirait son nom, car Stéphane en grec signifie couronne. A croire que c'était un surnom donné après sa mort.
13a - Que personne, pour avoir été tenté, ne dise qu'il est tenté par Dieu.
πειράσμος est à traduire ici par tentation et non par épreuve comme au v12. Le terme a conduit à l'association des versets sans qu'il y ait nécessairement continuité du discours. Ce verset visait peut-être à expliciter la demande du Notre Père et les questions qu'en soulevait la traduction : Ne nous introduis pas dans la tentation. Lc 11:3
Jacques incitait à en dépasser la littéralité pour comprendre: fais que nous n'entrions pas dans la tentation.
Dans l'évangile de Luc, les tentations de Jésus au désert par le diable constituent une métaphore. Jésus n'y fut pas poussé par l'Esprit pour y être mis à l'épreuve, mais plein de l'Esprit Saint il repoussa les tentations diaboliques. Le créateur de cette métaphore manifestait que les tentations viennent du diable - celui qui divise l'âme - et certainement pas de Dieu. Comme lui, l'auteur de la lettre voyait la source des tentations non seulement dans les convoitises personnelles mais dans le diable sous-entendu au verset suivant et nommé en 4:7.
À la différence de Luc, Marc et Matthieu ont lu dans le récit des tentations une mise à l'épreuve, un test.
13b -Dieu est sans tentation du mal et lui-même ne tente personne:
πειράσμος, est à traduire par tentation et non par épreuve comme précédemment.
Cette seconde phrase du verset a été comprise diversement : Dieu n'est pas tenté de mal faire, soit Dieu ne peut être tenté par le Mal. Elle offre un parallèle avec ce que Flavius Josèphe disait des Sadducéens:
«Quant à la seconde secte, celle des Sadducéens, ils suppriment absolument le destin et prétendent que Dieu ne peut ni faire, ni prévoir le mal ; ils disent que l'homme a le libre choix du bien et du mal et que chacun, suivant sa volonté, se porte d'un côté ou de l'autre ...» (GJ II, 162)
14 - Chacun, est tenté par ses propres convoitises, entraîné et séduit.
Il importe de garder l'ordre des termes, car “entraîné et séduit” peuvent avoir un autre agent que les seules “convoitises”. Soumis à ses désirs l'homme se laisse séduire et entraîner par celui qui divise l'âme. L'auteur pouvait sous-entendre le diable sans le nommer; la dénonciation du démoniaque se fait progressivement au cours de l'épître: sous entendue ici, puis nommée à travers la Géhenne, les démons et le diable en 4:7.
15 - Puis, rendue féconde la convoitise enfante le péché. Et le péché , à son comble, met au monde la mort.
Il n'est pas indiqué par qui la convoitise est rendue féconde. Probablement par celui qui ne sera nommé qu'en 4:7, le diable. Il féconde la convoitise charnelle source du péché et de la mort. L'auteur faisait ainsi une synthèse de Génèse 3 , de l'histoire d'Adam et Éve et du serpent. Pour ce faire il avait recours au vocabulaire de la génération et de l'enfantement: rendre fécond, mettre au monde. Mais en l'associant au péché et à la mort, il en donnait une image déppréciative.
16a - Ne vous fourvoyez pas
Cette invitation est en Luc 21:8 où Jésus mettait en garde contre les faux Messies.
16b - mes frères bien-aimés
Cette expression revient
au v 19 et en 2:5; elle se retrouve dans la lettre écrite à l'initiative de Jacques en Acts 15:25; un expression chère à Paul.
17a - Toute donation bonne et tout don parfait sont d'En-Haut,
δώρημα peut être assimilé à δωρεά l'
offrande, δωρεά του Θεου signifiant la libéralité divine (cf. Ac
8,20, Jn 4,10). Dieu est connu pour donner gratuitement.
17b descendant du Père des lumières
Une expression à rapprocher de: " Combien plus le Père, du ciel, donnera-t-il le bon don à ceux qui le lui demandent" Lc 113D .
17c - auprès de qui il n'y a pas de variation ni l'ombre d'une révolution.
Comme dans le Ps 136:7 l'auteur exaltait en Dieu le créateur des deux astres, le grand et le petit luminaires. En écrivant qu'il n'y a pas en lui l'ombre d'une révolution, il opposait mentalement l'impassibilité divine à la révolution des astres perçue comme une instabilité; le soleil était sensé tourner autour de la terre et laisser une ombre passagère sur le cadran solaire. Cette image littéraire venait après celle des flots inconstants, de la fleur de champs qui se flétrit, du soleil qui dessèche, de la couronne de vie du martyr, du péché engendrant la mort.
18 Il a voulu nous mettre au monde par une parole de vérité, pour que nous soyons prémices de ses créatures.
Contrairement au v15, le verbe "mettre au monde" est associé ici à une image positive; cependant il est réservé à la mère, alors qu'ici le sujet est le "Père des lumières”. Un anthropomorphisme qui a des échos dans les épîtres de Jean.
19 Soyez bien conscients mes frères bien-aimés.
Que tout humain soit prompt à écouter lent à parler, lent à la colère.
Le thème est développé dans les chapitres suivants à propos de la langue, puis du jugement émis contre autrui.
20 Car la colère d'un homme ne collabore pas à la justice de Dieu.
Cela laisse entendre que la justice de Dieu n'est pas fondée sur une réaction de colère.
21 Aussi vous étant éloignés de toute avarice et d'un excès de malice, accueillez la parole plantée, capable de sauver vos âmes.
ῥυπαρία désigne la saleté, au figuré, l'avarice ou la trivialité.
La parole plantée fait référence à la parabole du semeur en Luc 8 et plus encore à celle de la graine de moutarde , susceptible, selon Luc, de donner un arbre.
22 Devenez praticiens de la parole et pas seulement des auditeurs qui s'abusent eux-mêmes
Avec des termes propres l'auteur reprenait un thème issu des paroles de Jésus sur la mise en pratique de la parole; à cette occasion, mais de manière détournée, Jésus avait rendu hommage à sa mère et à ses frères (Lc 8:21), et donc à Jacques lui-même, qui avait fait sien ces propos jusqu'à les redonner sous une forme propre.
23a - Parce que si quelqu'un est auditeur de la parole mais non praticien, il ressemble à un homme
L'auteur mettait en alternance l'homme (ἀνὴρ) au sens viril du terme et l'humain (ἄνθρωπος = hommes, vieillards, femmes et enfants).
C'est “l'homme”(ἀνὴρ) qui a l'âme partagée (v8) ; il est susceptible de colère (v20) et c'est encore lui qui se contemple dans un miroir.
23b qui observe dans un miroir la face de son existence.
24 Il s'est contemplé
puis s'est éloigné et aussitôt à oublié qui il était.
Les miroirs de l'Antiquité ne donnaient qu'une très faible image de la réalité à suivre l'appréciation de Paul :"Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. " 1Co 13:12
Le miroir donne de soi une connaissance pleine d'énigmes; cependant devant lui, instantanément, l'homme fait face à lui-même; il est ébloui par une soudaine connaissance qu'il n'aurait pas sans lui; dès qu'il a quité le miroir ce face à face s'évanouit et la mémoire n'en garde qu'une trace. De la même façon celui qui écoute la parole et en est éclairé sur lui-même, s'il ne met pas la parole en pratique par des oeuvres, se retrouve dans l'illusion.
Jacques avait trouvé une image en pendant de la parabole de Jésus sur la maison construite sur le roc ou sur le sable en illustration de cettte parole " quiconque vient à moi écoute mes paroles sans les mettre en oeuvre, je vais vous montrer à quoi il ressemble...” Luc 6:47. Jacques “collait” aux propos de Jésus qu'il développait avec ses images et son langage personnel.