Chapitre I

Datation de la naissance du Christ dans l'Antiquité

À travers les repères qu'il nolus a transmis, l 'évangéliste Luc datait la naissance du Christ de l'an 752 de l'ère de Rome.
Cependant l'Anno Domini, première année de l'ère chrétienne, fut fixée en l'an 754. Pourquoi ce retard de deux ans?
Parce que l'année 753 était remarquable par la coïncidence astronomique entre la Nouvelle Lune et l'Équinoxe de Printemps, toujours fixé au 25 Mars sur le calendrier Julien; or le 25 Mars était fête de l'Annonciation. En établissant le calendrier des fêtes, Denys le Petit profita de cette coïncidence et lui sacrifia la rigueur historique.

Sommaire

Introduction

Dans les premiers siècles, les auteurs du Christianisme assignaient une année précise à la naissance du Christ, puisant l'information à sa source, l'évangile de Luc; pour Clément qui écrivait d'Alexandrie, la vingt-huitième année d'Auguste s'entendait de l'ère créée au lendemain de la prise de l'Égypte en Août 30 avant l'ère chrétienne (aec).:
"Notre Seigneur est né l'an XXVIII de l'Empereur Auguste quand on imposa le premier recensement. L'exactitude de ce fait est garanti par ces termes de l'évangile de Luc: l'an XV du règne de Tibère César la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie. Et aussi: Jésus, commençant à son baptême, avait comme trente ans... Quinze ans sous Tibère , quinze sous Auguste , cela fait les trente ans qui s'écoulèrent jusqu'à sa Passion..."

Son ton ferme n'entretenait pas de doute sur les versets de l'Évangile, d'autant qu'il jouissait d'une source orale complémentaire avec une proposition sur le jour et le mois et que celle-ci accréditait l'année.

Les premiers auteurs du Christianisme parvenaient à un consensus en regard de leurs chronologies provinciales; ils avaient ainsi déterminé que le Christ était né
- l'an 752 depuis la fondation de Rome (auc, ab urbe condita),
- la 41 ème année après qu'Octave ait accédé au pouvoir
- 15 ans avant sa mort
- la 28ème année après la prise de l'Égypte
- la seconde année de la 194ème olympiade.
Le recoupement de ces datations correspond aux six premiers mois de l'an 2 avant l'ère Chrétienne (aec) .


Au début du sixième siècle, souhaitant ouvrir une nouvelle ère , celle de l'Incarnation, le moine Dionysius Exiguus proposa un schéma chronologique qui partait non point de 752 mais de 753auc.
Pourquoi ce décalage d'un an? Un écheveau entier est à démêler car cette nouvelle ère s'est imposée progressivement dans la chrétienté et, avec elle, ce retard.
Même laborieux, un cheminement déductif est préférable à la présentation d'une synthèse qui aurait trop vite fait de monter en épingle l'erreur supposée de tel ou tel .

Le règne d'Auguste

Sur les monnaies, les années de l'Empereur étaient données en fonction de la puissance tribunitienne qu'il exerça de manière continue à partir de 23 aec, soit du consulat (mais de façon intermittente), soit encore des acclamations impériales.
Les historiens Romains référaient les événements qu'ils traitaient, aux deux consuls nommés cette année là.

Auguste couronné
Auguste, profil

Irénée, Tetullien, Eusèbe dans sa chronique, Jérôme, et plus tard Malalas et Cassiodorus, dataient la Nativité de la LXIème année d'Auguste. De fait ils res gestae Ankara disposaient comme point de départ de leur comput d'une référence commune: les RES GESTAE écrites de la main d'Auguste et connues dans le Moyen Orient Ancien, car leur texte avait été gravé sur les temples dédiés à l'empereur de son vivant. Plusieurs exemplaires en ont été retrouvés, comme celui d'Ankara. Dans ses RES GESTAE Auguste faisait débuter sa carrière à l'âge de 19 ans sous le consulat de Gaius Pansa et d’Aulus Hirtius; c'était l'année consulaire 43 aec .
Si Luc avait disposé de cetté référence à l'époque où il écrivait, il s'en serait vriaisemblablement servi.
Eusèbe de Césarée indiquait la LXIIème année d'Auguste dans son Histoire Ecclésiastique légèrement postérieure à sa chronique ; il la mettait en rapport avec la XXVIIIème année de la domination de l'Egypte, date offerte par Clément d'Alexandrie. Il faisait donc partir le règne d'Auguste dès la mort de César. Épiphane, évêque de Salamine ajoutait en regard de la Nativité, la XIIIème nomination d'Auguste au consulat avec Silvanus, le consulat commençant au 1er janvier.

Ab Urbe Condita

À Rome même, les événements historiques étaient consignés par rapport à la fondation de la ville que les auteurs Latins faisaient remonter à un 21 avril de la sixième olympiade, une olympiade regroupant quatre années. Tandis que Cicéron et Atticus prônaient la première , c'est la chronologie de Varron, adoptée notamment par Tite Live, qui s'imposa avec la troisième année de la sixième olympiade. La seconde année ab urbe condita, fut alignée sur le départ de l'année consulaire le premier janvier. Ainsi Hippolyte de Rome donnait l'année 752auc soit 2aec pour la Nativité, une date entérinée par l'historien Orose avec la troisième fermeture du Janus.

Quirinius

A côté du nom d'Auguste figurait celui du légat de province selon une manière courante de dater les documents officiels: "Le Christ naquit il y a 150 ans sous Quirinius (orthographié Cyrenius)". Cette affirmation était dans l'Apologie que Justin adressait à Antonin le Pieux, empereur entre 138 et 161. Il disait en outre se référer aux registres du cens:"Dans le pays des Juifs, il y a un village à 35 stades de Jérusalem où Jésus est né; vous pouvez en avoir la preuve dans les registres du cens fait sous Cyrenius, votre premier procurateur en Judée." (Ière apologie, XXXIV). Ces registres remis aux gouverneurs de province étaient acheminés vers Rome à des fins de statistiques; ils y faisaient l'objet d'une conservation officielle, ce dont la littérature offre des exemples: "Tu demandes les registres publics des Héracléens; lesquels registres nous savons tous avoir péri dans la guerre d'Italie, leur dépôt ayant brûlé. Il est ridicule de ne rien dire à ces preuves que nous avons; il est ridicule d'exiger celles que nous ne pouvons avoir." Les invoquer faisait partie d'une rhétorique conventionnelle. "Vous pouvez en avoir la preuve dans les registres du cens" écrivait Justin. S'il invitait son interlocuteur à une vérification, cela n'impliquait pas qu'il y ait procédé lui-même. Par contre il avait à portée de main les écrits de Flavius Josèphe auxquels il consacrait le chapitre IX de sa seconde Apologie. Aussi, quand pour flatter le politique, il prenait Quirinius pour le premier procurateur de Judée, il amalgamait ses sources sans se rendre compte de sa méprise sur l'affectation et sur le titre: Quirinius fut légat de Syrie et non procurateur de Judée.

Saturninus

Paradoxalement, une cinquantaine d'années plus tard les archives étaient sensées détenir la preuve que le recensement mentionné par Luc avait été entrepris par Sentius Saturninus. Ainsi en statuait Tertullien qui ne s'expliquait pas sur ce changement de nom. En défendant l'évangile de Luc contre la lecture qu'en faisait Marcion, sur ce point précis qu'il estimait vérifiable, il contredisait l'évangéliste et Justin qui, lui aussi, avait invoqué les archives. Il considérait la mention du gouverneur de Syrie, non sous l'angle d'un repère temporel, mais comme l'exécuteur du recensement conduit en Judée, bien que celle-ci ait été à l'époque le royaume d' Hérode. Tertullien, qui était de Carthage, avait fait ses études de juriste à Rome; mais ses écrits détiennent peu d'informations de type administratif comme les titres et qualités des officiels de haut rang; dans son traité contre Marcion qui est une vibrante défense de l'évangile, sa mention d'une 'preuve' de la Nativité , éparpillée en trois endroits , est un leitmotiv littéraire plus qu'une affirmation de caractère officiel ou administratif. Il confirmait Justin en disant que le cens donnait lieu à une consignation dans des registres, et ceux-ci, se contentait-il d'ajouter, étaient détenus dans les archives romaines: il suffisait de le vérifier: Il présupposait lui aussi que le recensement fait en Judée avait donné lieu à des registres archivés. S'en était-il assuré pour être en mesure de citer le nom de Sentius Saturninus? C'est peu probable et, tout comme Justin, il disposait des oeuvres de Flavius Josèphe. Un recensement s'était déroulé en Judée, sous Quirinius, la 37ème année après le combat naval d'Actium, soit l'an 6 ec; il était mentionné par Josèphe et par Luc dans les Actes, mais, visiblement, il ne concordait pas avec la naissance de Jésus huit ans auparavant. Varus, le successeur de Saturninus, gouvernait la Syrie quand Hérode s'éteignit. Sa mort survint dans sa 34ème année d'exercice et selon une donnée vague de l'évangéliste Matthieu , près de deux ans après la naissance de Jésus . Les gouverneurs de province n'étant nommés que pour une durée de deux à trois ans, le légat en titre au moment de la Nativité, n'aurait pas été Quirinius ni même Varus, mais son prédécesseur Saturninus par qui, coïncidence heureuse, s'inscrivait un lien avec la ville de Carthage ; en effet Tertullien ne manquait pas de rappeler son nom en s'adressant à ses concitoyens: "lorsque Statilius Taurus releva vos murailles, lorsque Sentius Saturninus les inaugura avec les solennités ordinaires, lorsque enfin la paix fut cimentée". S'expliquerait ainsi qu'il ait donné, avant le cognomen Saturninus, le gentilice Sentius qu'avait omis Josèphe. Qu'il ait procédé par déductions à propos du recensement paraît plus plausible qu'une incursion dans les archives romaines. Il livrait l'aboutissement d'une réflexion et non une information.

Les Olympiades

Créateur d'une chronographie chrétienne, Jules l'Africain comptait les années séparant les événements et datait certains en fonction des olympiades qui partaient du Ier juillet. Leur délicate superposition avec l'ère d'Alexandrie le 29 août, avec les années de Tibère le 20 août ou encore l'année Julienne le 1er janvier pourrait expliquer le décalage d'un à deux ans qui affecte l'ensemble de sa chronologie notamment la prise d'Alexandrie (olymp. 187/4 au lieu de 187/2) , la seizième année de Tibère, année de la Passion (olymp. 202/2 au lieu de 202/1); l'année de la Nativité n'apparaît pas dans les fragments conservés, mais déduite de la précédente elle s'offrait avec un décalage d'un an. Dans son Histoire Ecclésiastique, comme dans le texte grec de sa Chronique, Eusèbe de Césarée manifestait son accord avec ses prédécesseurs sur la 28ème année d'Alexandrie et la 42ème année d'Auguste; dans sa Chronique, il proposait une correspondance avec les Olympiades ; si la mort de César et celle d'Auguste y sont justement datées, se trouvent avancées d'un an la prise d'Alexandrie et de deux l'imposition du titre d'Auguste à Octave; la Nativité est en regard de la troisième année de la 184ème olympiade au lieu de la seconde. Influence de Jules l'Africain? Il se peut que les chevauchements inévitables d'une année sur l'autre lors de la mise en tableau aient offert un écart qui n'était pas intentionnel, à moins qu'il ne faille chercher une autre raison.

Hérode Le Grand

En voulant harmoniser les chronologies de Matthieu et de Luc, sur le modèle du Diatessaron de Tatien, Eusèbe était allé jusqu'à décaler les années d'Hérode d'une olympiade, soit quatre ans consécutifs, voire d'une olympiade et demi ou six ans! D'autres avant lui avaient eu accès, aux dates du règne d'Hérode à travers les oeuvres de Flavius Josèphe, mais comme l'année de sa mort n'y est pas précisée mais se déduit de l'âge indiqué, ils ont pu ne pas s'arrêter à la problématique qu'elle soulevait. Eusèbe réalisait qu'il était vain de vouloir conjuguer ces repères avec une harmonisation des récits de Matthieu et de Luc et il préféra faire mentir l'historien plutôt que l'un ou l'autre évangéliste; le texte grec de sa Chronique , conservé de manière fragmentaire, fut connu dans ses versions arméniennes et dans sa traduction latine faite par Jérôme qui se rendit à Constantinople pour le concile de 381. S'était-il aperçu du caractère fantaisiste de la chronologie d'Eusèbe? Il n'en a rien dit dans sa préface et s'est contenté de noter en regard de la deuxième année de la 194ème olympiade la correspondance avec la date donnée par Tertullien pour la naissance du Christ. Sulpitius Severus qui venait après lui, ignorant délibérément Luc, datait la naissance de Jésus d'après Matthieu sous le règne d'Hérode, un an avant sa mort, et sous les consuls de l'an 4. Conscient des enjeux il disait ne pas oser s'aventurer plus loin.


Le jour de Noël

Les traditions les plus anciennes transmises par Clément d'Alexandrie et Hippolyte de Rome situaient la Nativité à la fin du printemps quand les moutons déjà gênés par la chaleur du jour paissaient de nuit sous la surveillance des bergers. Cependant, pour des raisons de politique religieuse, elles furent oubliées au profit du solstice d'hiver et du 25 décembre fête du “dies natalis solis invicti” instituée en 274 par Aurélien, un dévôt de Mithra, ce dieu qui fut déclaré "protecteur de l'Empire” par son successeur Dioclétien, le grand persécuteur des Chrétiens. Celui-ci instaura en 284 une nouvelle ère, que l'ère chrétienne, créée au VIème siècle, devait ensuite effacer. Le 25 décembre 307, Constantin reçut officiellement du Sénat le titre d'Auguste et il semblerait qu'il en étendit la célébration à Constantinople inaugurée en 330. Il avait en 321 consacré le repos hebdomadaire "Jour vénérable du Soleil", ce jour que les Chrétiens de leur côté nommaient "dimanche" ou “jour du Seigneur”. Cette superposition du dimanche et du jour du soleil aurait incité à ce que la naissance du Christ soit commémorée en même temps ou à la place du dieu Mithra le 25 décembre.

L'anniversaire de naissance n'était pas dans les coutumes bibliques qui s'interdisaient les horoscopes, raison pour laquelle l'Évangile ne donnait ni le jour ni le mois. L' officialisation, à Rome, de la Nativité le 25 décembre se fit au milieu du IVème siècle; comme elle gagna les autres communautés ecclésiales, le consensus initial sur la naissance du Christ dans les six premiers mois de l'an 752 auc , se trouvait remis en cause. Un décalage survenait, obligeant à reconsidérer les équivalences et c'est probablement pourquoi, dans sa Chronique, Eusèbe penchait pour la troisième année de la 194 ème olympiade au lieu de la seconde; grand admirateur de Constantin, il était en 325, au Concile de Nicée, qui avait statué sur la date de Pâques; celle de Noël y avait probablement été évoquée, même s'il n'y eut pas de décision donnant lieu à une consignation écrite.

Le Jour de l'Annonciation

L'Incarnation était présumée avoir eu lieu le jour même de l'Annonciation et celle-ci, avec la commémoration de la Nativité en Décembre était naturellement reportée au printemps et pour son jour de fête fut choisi l'équinoxe vernal; celui-ci était fixé au 25 Mars de manière inamovible sur le calendrier Julien; jusque là, certains comme Hippolyte de Rome, lui superposaient la Crucifixion. L'Annonciation fut donc datée du 25 mars 752auc comme en témoignent les écrits de Malalas. Avant lui, le Pseudo-Grégoire envisageait une coïncidence avec la nouvelle lune de printemps à en juger sa superposition avec le calendrier biblique: “C'est au premier mois que l'Ange Gabriel vint trouver la vierge ainsi qu'il est dit dans le texte de la loi: ce mois viendra pour vous en tête des autres, vous en ferez le premier mois de l'année. Célébrez la Sainte Pâque du Seigneur en toutes vos générations. Et c'est au sixième mois qu'il alla vers Zacharie” . Pliant les versets de Luc aux nécessités liturgiques, cet auteur se représentait l'Annonciation en Nisan et probablement au début de ce mois marqué par la nouvelle lune; cette superposition allait devenir déterminante dans les datations.




Dionysius Exiguus et la nouvelle lune de Printemps

En effet Dionysius Exiguus souhaita associer le départ de l'ère chrétienne à la coïncidence entre l'équinoxe vernal fixé mathématiquement au 25 mars du calendrier Julien et la nouvelle lune de printemps.
Moine mathématicien, sur la demande du Pape Jean Ier, il eut à poursuivre et fixer le cycle des fêtes pascales inauguré par Cyrille d'Alexandrie.

Dans la préface de son Liber de Paschate, publié vers 525, il exprimait le désir de ne plus faire mémoire du persécuteur impie des Chrétiens qu'avait été Dioclétien et de ne pas poursuivre l'ère qu'il avait instaurée, mais de prendre en revanche comme fondement l'Incarnatione Domini nostri Jesu Christi.

Étrangement il n'en indiquait pas le point de départ qui reste à déduire de son cycle des fêtes pascales ; celui-ci débutait avec la nouvelle lune de printemps de l'année 532 de son ère chrétienne, un multiple du cycle embolismique de 19 ans; au delà de 532 ans la fête de Pâques revenait dans le même ordre, aux mêmes dates.
Cette commodité mathématique n'expliquait cependant pas pourquoi il faisait partir son comput de mars 753auc au lieu de 752auc. À regarder les choses d'un peu plus près, la nouvelle lune de printemps de 753auc survenait le 24 mars , veille de la date officielle de l'équinoxe vernal fixée par les créateurs du calendrier Julien ; elle marquait le départ du nouveau mois lunaire et avec lui de l'année liturgique du temps de Jésus. Attiré par la coïncidence, Dionysius décidait de lui superposer l'Annonciation.

[En fait, astronomiquement selon les calculs scientifiques d'aujourd'hui, l'équinoxe vernal tombait le 22 Mars cette année là; mais qui était sensé le savoir? ]

Comparativement en 752auc la nouvelle lune de printemps tombait les 4-5 avril. Si pour avoir disposé de la Chronique d'Eusèbe transcrite par Jérôme, Denys le Petit avait hésité entre deux années, il est certain que la coïncidence avec la nouvelle lune de printemps de 753auc faisait pencher dans son sens le fléau de la balance. Concordances mathématiques et astronomiques s'harmonisaient avec la poétique symbolique; toutefois, pour ne pas avoir justifié des raisons de son point de départ dans sa préface et préféré le silence, il devait être inquiet, sinon conscient, de leur sacrifier la rigueur historique.

Partant de 753 auc comme année de l'Incarrnation, avril 754auc en marquait l'achèvement avec l'an I. Le zéro n'avait pas été introduit par les Grecs et les Latins dans leurs calculs algébriques et quand après Dionysius, cette nouvelle ère fut adoptée progressivement dans la Chrétienté, l'année de l'Incarnation, 753auc fut chiffrée l'an I avant Jésus Christ comme s'il avait été impossible d'éviter le paradoxe. Victor évêque de Tunnunum en Afrique du Nord dans sa chronique (ca 569) fit usage de cette ère, qu'au VIIIème siècle, Bède le Vénérable popularisait à travers son Histoire Ecclésiastique du Peuple Anglais, référant à l'ère de Rome ab urbe condita les années avant le Christ, si bien qu'un siècle plus tard les évêques d'Angleterre décidaient, dans leur synode de Chelsea, de dater leurs actes de cette ère de l'Incarnation comme le faisaient déjà les souverains Carolingiens qui se recommandaient ainsi de l'autorité directe du Christ. L'appellation Anno Domini qui servit ensuite à désigner cette nouvelle ère apparaît dans les textes latins au début du XIIIème siècle.


Citations d' Écrits Patristiques


1 - Justin Martyr (ca 100-165)

"le Christ naquit il y a 150 ans sous Cyrenius"
(Ière apologie, XLVI) "Dans le pays des Juifs, il y a un village à 35 stades de Jérusalem où Jésus est né; vous pouvez en avoir la preuve dans les registres du cens fait sous Cyrenius, votre premier procurateur en Judée." (Ière apologie, XXXIV).
2 - Irénée (ca 130-202)

"Le Seigneur est né dans la 41ème année du règne d'Auguste". Adversus Haereses - III. 21-3 vers 170-80
3 - Clément d' Alexandrie (ca 150-213)

“Notre Seigneur est né l'an XXVIII de l'Empereur Auguste quand on imposa le premier recensement. L'exactitude de ce fait est garantie par ces termes de l'évangile de Luc: l'an XV du règne de Tibère César la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie; et dans le même à nouveau: Jésus commençant à son baptême avait comme trente ans... Quinze ans sous Tibère, quinze sous Auguste , cela fait les trente ans qui s'écoulèrent jusqu'à sa Passion... Certains avec plus de minutie encore assignent à la naissance de Notre Sauveur non seulement une année mais un jour: ce fut disent-ils l'an XXVIII d'Auguste, le 25ème jour du mois Pachôn.” Stromates I, ch.21 § 145 , v.1 et 4 - 5 .


4 - Hyppolite de Rome (début IIIème siècle)

“ Le Seigneur est né à Bethléem le 2 Avril 5500, an 752 de la fondation de Rome, et sa mort le 25 Mars 5530 , an 782 de la fondation de Rome la seizième année de Tibère, Rufius et Rubellius étant consuls .” Commentaire d'Hippolyte sur Daniel (9, 27). Ce texte est connu par deux manuscrits l'un en extraits du X° siècle, l'autre en syriaque (VIIIs). Les autres mss comportent une interpolation tardive intégrant la chronologie de Denys du VI° siècle, et une lecture Johanniste des Ecritures avec trois Pâques durant le ministère du Christ. Les consuls de l'an 29ec, étaient Gaius Fufius Geminus et Lucius Rubellius Geminus. La 16ème année de Tibère commençait à partir d'Août 29.

5 Tertullien (ca150-240)

“ Après Cléopâtre, les années de pouvoir d'Auguste furent de quarante trois. Ainsi l'ensemble des années pendant lequel Auguste commanda fut de cinquante six ans. Or nous voyons que dans la quarante et unième année de l'Empereur Auguste, ce qui signifie XXVIII ans de pouvoir après la mort de Cléopâtre, naquit le Christ. Le même Auguste survécut quinze ans après la naissance du Christ. ”. Adversus Judaeos VIII, 11, v.75 et sq. “Le recensement attesté dans les actes du temps d'Auguste, en Judée, par Sentius Saturninus...Le recensement sous Auguste dont les archives romaines gardent fidèlement le témoignage de la Nativité du Seigneur ... C'est un fait constatable que les opérations du recensement ont été faites alors en Judée sous Auguste par Sentius Saturninus, et ils (Marcionites) auraient pu se renseigner sur la naissance du Christ dans les registres de ce recensement” Contre Marcion III, 4.19; IV, 7v.7 et 19, v,10 )

8- Eusèbe (ca 265-340)

“La quarante deuxième année du règne d'Auguste, la XXVIII° année de la soumission de l'Egypte et de la mort d'Antoine et Cléopâtre...Notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ naquit au temps du premier dénombrement, alors que Quirinius gouvernait la Syrie. ” Histoire Ecclésiastique, Livre I, 5-2 (même date dans le texte grec de la Chronique. ed. Schoene, II. p. 144). Il notait que Josèphe donnait 57 ans de règne à Auguste (I,IX,1), mais dans sa Chronique (325), traduite par Jérôme il retenait: 184/2 olymp. : (43 aec) début du règne d'Auguste , 56 ans et six mois. 186/2 olymp. : Hérode promu roi par les Romains (au lieu de 184/4) 186/4 olymp. : Hérode sur le trône de Judée pour 37 ans 187/1 olymp. : Mort d'Antoine et Cleopâtre; (au lieu de 187/2) 194/3 olymp. : naissance de Jésus [Christ] fils de Dieu, à Bethléem de Judée. 194/4 olymp. : Quirinius envoyé en Judée par un décret du Sénat pour un recensement des personnes et des biens 195/2 rebellion de Judas le Galilée 195/3 massacre des Innocents 195/4 Hérode meurt misérablement. 196/1 Archelaus chef des Juifs, Hérode tétrarque 198/2 Tibère empereur, Hérode est chef des Juifs 202/3 Passion dans la 18ème année de Tibère:
9 - Epiphane de Salamine (ca315-403) Epiphane donnait 56 ans et 6 mois au règne d'Auguste , plaçant la naissance du Christ dans sa 42ème année de pouvoir, 13ème de son consulat, et sous le consulat de Silvanus. Panarion 20:2 (374-77ec)
10 - Apollinaire de Laodicée (ca 315-392) De la naissance du Christ à la huitième année de l'empereur Claude, il comptait 49 ans. Claude devint empereur en janvier 41.
11 Sulpitius Severus, (ca 360-425) “Sous Hérode dans la 33ème année de son règne Le Christ naquit le 25 décembre sous le consulat de Sabinus et Rufinus (les consuls de l'an 4aec) , mais on ne s'aventurera pas à toucher à ces éléments des évangiles et des Actes des Apôtres de peur que le caractère condensé de ce travail n''interfère sur le respect dû à ces évènements et je continuerai avec ce qui vint ensuite. Hérode règna 4 ans après la naissance du Seigneur son règne ayant duré au total 37 ans , après lui vint Archelaus, le tétrarque, pendant 8 ans”. Chronique Livre II, ch 27 ( 403)
12 Jérôme (ca 347-420) "la Vingt-huitième année de César Auguste, la 41ème année de son règne, le Christ est né en Judée alors que régnait la confusion dans le monde." Commentaire sur Isaïe vers 380 (Sanclemente p 475 sq.)
13 Orose (Vème siècle) “ C'est pourquoi, en 752 après la fondation de Rome... César Auguste ferma alors lui-même les portes du Janus pour la 3 ème fois. Donc, à cette époque, c'est à dire l'année même où César établit une paix très sincère selon le plan de Dieu, naquit le Christ. - De notre temps, quasiment à la fin de la quarante deuxième année de l'empire, d'Auguste César...naquit le Christ. - Donc en 752 après la fondation de Rome naquit le Christ qui apportait au monde la foi salvatrice.” Histoires (contre les païens). VI / 22-1, livre 7/ 2-14 et 3-1.
14 - Malalas (VIème siècle) “Or avec exactitude, dans la XLI ème année de son règne (Auguste), le 6ème mois, le 25 mars, à la deuxième heure du jour, le Dimanche, la Vierge Marie, de l'Ange Gabriel, dans la ville de Nazareth reçut l'heureuse annonce... Or la XLIIème année de l'Empereur Auguste, le IVème mois, le VIIIème jour des Calendes de Janvier, le XXV Décembre, à la septième heure du jour, est né le Seigneur Notre Dieu, Jésus Christ dans la ville de Judée, du nom de Bethléem près de Jérusalem.(...) Quirinius Consul, Préfet en ce temps là de la Syrie, Octavien et Silvanus étant consuls, Hérode étant roi de Judée.” Chronographia Ioannis Malalae" publiée dans Corpus Scriptorum Historiae Byzantinae, Bonn, 1831, Vol VI, Livres IX et X, p 226-227.
15 - Hippolyte de Thèbes
Dans un premier fragment Il donnait la 42 ème année d'Auguste, mais la 43ème année selon un second fragment (Edition J.Albertus Fabricius, 1716, p.52)
16 - Excerpta Latina Barbari (vers 500)
"Sous le consulat d'Auguste et de Silvanus durant le règne d'Auguste Notre Seigneur Jésus Christ est né le 25 décembre. Il naquit dans [...] appelé Fuusdu selon Eusèbe. Le jour de sa naissance le 28 Choiac (date égyptienne, correspondant au 25 décembre), les bergers virent une étoile dans le ciel. D'Adam à la naissance de notre Seigneur, il y a 5500 ans."

17- Denys le Petit (527)
Son Liber de Paschate offre deux tableaux du cycle des fêtes pascales , le premier reprenant celui de Cyrille d'Alexandrie d'Avril 229 à 247 de l'ère de Dioclétien (qui avait débuté le 29 août 1037auc soit 284 ec), le second allant de 532ec à 626 ec (Patrologie de Migne lat. LXVII S. 499 f.). Ainsi faisait-il remonter l'Incarnation à la date du 25 mars jour de l'Annonciation, olympiade 194/3, ou 753 auc
18 - Cassiodorus (ca 490-585)
Chronique du consulat de C. Lentulus et M. Messala "Sous leur consulat Notre Seigneur Jésus Christ est né à Bethléem la 41ème année d'Auguste " Tous deux étaient consuls en l'an 3aec.
19 - Chronique Pascale (ca 630)
Olympiade 184.3 “César Auguste nommé aussi Octave, devint le second empereur des Romains durant 56 ans et 6 mois. Il régna douze ans avant la mort de Cléopâtre et 30 ans après sa mort quand il conquit l'Egypte jusqu'à notre Seigneur Jésus Christ né dans la chair à Bethléem de Judée. Ensuite il est clair qu'il régna quatorze autres années”.
20 - Georgius Syncellus (ca 800)
“Le 25 Décembre, notre Seigneur Jésus Christ, unique engendré, fils de Dieu, à Bethléem ville de Judée, la 43ème année de l'empereur de Rome César Auguste sous le consulat de Sulpicius Camerinus" (Sanclemente p475) Sulpicius Camerinus était consul en 9ec.
21 - Bède le Vénérable
“l'an 693 de Rome, 60 ans avant l'Incarnation du Seigneur ... ” soit 753auc. Mais contradictoirement : Dans la quatrième année de l'empereur Claude, la 46 ème du Seigneur". Claude ayant reçu l'empire le 21 janvier 41, sa 4ème année correspond à 797 auc. Bède semblait faire partir sa chronologie de 751 auc.


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