Chapitre I
Datation de la naissance du Christ dans l'Antiquité
À travers les repères qu'il nolus a transmis, l 'évangéliste Luc datait la naissance du Christ de l'an 752 de l'ère de Rome.
Cependant
l'Anno Domini, première année de l'ère chrétienne, fut fixée en l'an 754. Pourquoi ce retard de deux ans?
Parce que l'année 753 était remarquable par la coïncidence astronomique entre la Nouvelle Lune et l'Équinoxe de Printemps, toujours fixé au 25 Mars sur le calendrier Julien; or le 25 Mars était fête de l'Annonciation. En établissant le calendrier des fêtes, Denys le Petit profita de cette coïncidence et lui sacrifia la rigueur historique.
Sommaire
Introduction
Dans
les premiers
siècles, les auteurs du Christianisme
assignaient une année précise à la naissance du
Christ, puisant l'information à sa source, l'évangile
de Luc; pour
Clément
qui écrivait d'Alexandrie, la
vingt-huitième année d'Auguste s'entendait de
l'ère créée au lendemain de la prise de
l'Égypte en Août 30 avant l'ère chrétienne
(aec).:
"Notre
Seigneur
est
né l'an XXVIII de l'Empereur Auguste
quand on imposa le premier recensement. L'exactitude de ce fait est
garanti par ces termes de l'évangile de Luc: l'an XV du
règne de Tibère César la parole de Dieu fut
adressée à Jean fils de Zacharie. Et aussi:
Jésus, commençant à son baptême, avait
comme trente ans... Quinze ans sous Tibère , quinze sous
Auguste , cela fait les trente ans qui s'écoulèrent
jusqu'à sa Passion..."
Son ton ferme n'entretenait pas de doute sur les versets
de l'Évangile, d'autant qu'il jouissait d'une source orale
complémentaire avec une proposition sur le jour et le mois
et que celle-ci accréditait l'année.
Les premiers
auteurs du Christianisme parvenaient à un consensus en regard
de leurs chronologies provinciales; ils avaient ainsi
déterminé que le Christ était né
-
l'an 752
depuis la fondation de Rome (auc, ab urbe condita),
-
la 41 ème
année après qu'Octave ait accédé au pouvoir
-
15 ans avant sa mort
-
la 28ème
année après la prise de l'Égypte
- la
seconde année de la 194ème olympiade.
Le recoupement
de ces datations correspond aux six premiers mois de l'an 2 avant l'ère Chrétienne (aec) .
Au
début du
sixième siècle, souhaitant ouvrir
une nouvelle ère , celle de l'Incarnation, le moine Dionysius
Exiguus proposa un schéma chronologique qui partait non point
de 752 mais de 753
auc.
Pourquoi ce décalage d'un an? Un
écheveau entier est à démêler car cette
nouvelle ère s'est imposée progressivement dans la
chrétienté et, avec elle, ce retard.
Même
laborieux, un cheminement déductif est
préférable à la présentation d'une
synthèse qui aurait trop vite fait de monter en épingle
l'erreur supposée de tel ou tel .
Le
règne d'Auguste
Sur
les monnaies,
les années de l'Empereur étaient
données en fonction de la puissance tribunitienne qu'il
exerça de manière continue à partir de 23 aec,
soit du consulat (mais de façon intermittente), soit encore des
acclamations impériales.
Les historiens Romains
référaient les événements qu'ils
traitaient, aux deux consuls nommés cette année
là.
Auguste couronné

Irénée, Tetullien, Eusèbe dans sa chronique, Jérôme, et plus tard Malalas et Cassiodorus,
dataient la Nativité de la LXIème année d'Auguste. De fait ils
disposaient comme point de départ de leur comput d'une référence commune: les RES GESTAE écrites de la main d'Auguste et connues dans le Moyen Orient Ancien, car leur texte avait été gravé sur les temples dédiés à l'empereur de son vivant. Plusieurs exemplaires en ont été retrouvés, comme celui d'Ankara. Dans ses RES GESTAE Auguste faisait débuter sa carrière à l'âge de 19 ans sous le consulat de Gaius Pansa et d’Aulus Hirtius; c'était l'année consulaire 43 aec .
Si Luc avait disposé de cetté référence à l'époque où il écrivait, il s'en serait vriaisemblablement servi.
Eusèbe de Césarée indiquait la LXIIème année d'Auguste dans son Histoire Ecclésiastique légèrement postérieure à sa chronique ; il la mettait en rapport avec la XXVIIIème année de la domination de l'Egypte, date offerte par Clément d'Alexandrie. Il faisait donc partir le règne d'Auguste dès la mort de César. Épiphane, évêque de Salamine
ajoutait en regard de la
Nativité, la XIIIème nomination d'Auguste au consulat
avec Silvanus, le consulat commençant au 1er
janvier.
Ab Urbe
Condita
À Rome
même, les événements historiques
étaient consignés par rapport à la fondation de
la ville que les auteurs Latins faisaient remonter à un 21
avril de la sixième olympiade, une olympiade regroupant quatre
années. Tandis que Cicéron et Atticus prônaient
la première , c'est la chronologie de Varron, adoptée
notamment par Tite Live, qui s'imposa avec la troisième
année de la sixième olympiade. La seconde année
ab urbe condita, fut alignée sur le départ de
l'année consulaire le premier janvier. Ainsi Hippolyte de Rome
donnait l'année 752
auc soit 2aec pour la Nativité,
une date entérinée par l'historien Orose avec la
troisième fermeture du Janus.
Quirinius
A
côté
du nom d'Auguste figurait celui du légat de province selon une manière courante de dater
les documents officiels:
"Le
Christ naquit il y a 150 ans sous Quirinius (orthographié
Cyrenius)". Cette affirmation était dans l'Apologie que Justin adressait à
Antonin le Pieux, empereur entre 138 et 161. Il disait en outre se référer aux registres
du cens:
"Dans le pays des Juifs, il y a un village à
35 stades de Jérusalem où Jésus est né;
vous pouvez en avoir la preuve dans les registres du cens fait sous
Cyrenius, votre premier procurateur en Judée." (Ière
apologie, XXXIV).
Ces registres remis aux gouverneurs de province étaient acheminés vers Rome
à des fins de statistiques; ils y faisaient l'objet d'une
conservation officielle, ce dont la littérature offre des
exemples:
"Tu demandes les registres publics des
Héracléens; lesquels registres nous savons
tous avoir péri dans la guerre d'Italie, leur
dépôt ayant brûlé. Il est
ridicule de ne rien dire à ces preuves que nous
avons; il est ridicule d'exiger celles que nous ne pouvons
avoir." Les invoquer faisait partie d'une rhétorique
conventionnelle.
"Vous pouvez en avoir la preuve dans les registres
du cens" écrivait Justin. S'il invitait son interlocuteur
à une vérification, cela n'impliquait pas qu'il y ait
procédé lui-même. Par contre il avait à
portée de main les écrits de Flavius Josèphe
auxquels il consacrait le chapitre IX de sa seconde Apologie. Aussi,
quand pour flatter le politique, il prenait Quirinius pour le premier
procurateur de Judée, il amalgamait ses sources sans se
rendre compte de sa méprise sur l'affectation et sur le titre:
Quirinius fut légat de Syrie et non procurateur de
Judée.
Saturninus
Paradoxalement,
une cinquantaine
d'années plus tard les
archives étaient sensées détenir la preuve que
le recensement mentionné par Luc avait été
entrepris par Sentius Saturninus. Ainsi en statuait Tertullien qui
ne s'expliquait pas sur ce changement de nom. En défendant
l'évangile de Luc contre la lecture qu'en faisait Marcion, sur
ce point précis qu'il estimait vérifiable, il
contredisait l'évangéliste et Justin qui, lui aussi,
avait invoqué les archives. Il considérait la mention
du gouverneur de Syrie, non sous l'angle d'un repère temporel,
mais comme l'exécuteur du recensement conduit en Judée,
bien que celle-ci ait été à l'époque le
royaume d' Hérode.
Tertullien,
qui
était de Carthage, avait fait ses
études de juriste à Rome; mais ses écrits
détiennent peu d'informations de type administratif comme les
titres et qualités des officiels de haut rang; dans son
traité contre Marcion qui est une vibrante défense de
l'évangile, sa mention d'une 'preuve' de la Nativité ,
éparpillée en trois endroits , est un leitmotiv
littéraire plus qu'une affirmation de caractère
officiel ou administratif. Il confirmait Justin en disant que le cens
donnait lieu à une consignation dans des registres, et
ceux-ci, se contentait-il d'ajouter, étaient détenus
dans les archives romaines: il suffisait de le vérifier: Il
présupposait lui aussi que le recensement fait en Judée
avait donné lieu à des registres archivés. S'en
était-il assuré pour être en mesure de citer le
nom de Sentius Saturninus? C'est peu probable et, tout comme Justin,
il disposait des oeuvres de Flavius Josèphe.
Un
recensement
s'était déroulé en
Judée, sous Quirinius, la 37ème année
après le combat naval d'Actium, soit l'an 6 ec; il
était mentionné par Josèphe et par Luc dans les
Actes, mais, visiblement, il ne concordait pas avec la naissance de
Jésus huit ans auparavant. Varus, le successeur de Saturninus,
gouvernait la Syrie quand Hérode s'éteignit. Sa mort
survint dans sa 34ème année d'exercice et selon une
donnée vague de l'évangéliste Matthieu ,
près de deux ans après la naissance de Jésus .
Les gouverneurs de province n'étant nommés que pour une
durée de deux à trois ans, le légat en titre au
moment de la Nativité, n'aurait pas été
Quirinius ni même Varus, mais son prédécesseur
Saturninus par qui, coïncidence heureuse, s'inscrivait un lien
avec la ville de Carthage ; en effet Tertullien ne manquait pas de
rappeler son nom en s'adressant à ses concitoyens:
"lorsque
Statilius Taurus releva vos murailles, lorsque Sentius Saturninus les
inaugura avec les solennités ordinaires, lorsque enfin la paix
fut cimentée". S'expliquerait ainsi qu'il ait donné,
avant le cognomen Saturninus, le gentilice Sentius qu'avait omis
Josèphe. Qu'il ait procédé par déductions
à propos du recensement paraît plus plausible qu'une
incursion dans les archives romaines. Il livrait l'aboutissement
d'une réflexion et non une information.
Les
Olympiades
Créateur
d'une chronographie chrétienne, Jules
l'Africain comptait les années séparant les
événements et datait certains en fonction des
olympiades qui partaient du Ier juillet. Leur délicate
superposition avec l'ère d'Alexandrie le 29 août, avec
les années de Tibère le 20 août ou encore
l'année Julienne le 1er janvier pourrait expliquer le
décalage d'un à deux ans qui affecte l'ensemble de sa
chronologie notamment la prise d'Alexandrie (olymp. 187/4 au lieu de
187/2) , la seizième année de Tibère,
année de la Passion (olymp. 202/2 au lieu de 202/1);
l'année de la Nativité n'apparaît pas dans les
fragments conservés, mais déduite de la
précédente elle s'offrait avec un décalage d'un
an.
Dans
son Histoire
Ecclésiastique, comme dans le texte grec
de sa Chronique, Eusèbe de Césarée manifestait
son accord avec ses prédécesseurs sur la 28ème
année d'Alexandrie et la 42ème année d'Auguste;
dans sa Chronique, il proposait une correspondance avec les
Olympiades ; si la mort de César et celle d'Auguste y sont
justement datées, se trouvent avancées d'un an la
prise d'Alexandrie et de deux l'imposition du titre d'Auguste
à Octave; la Nativité est en regard de la
troisième année de la 184ème olympiade au lieu
de la seconde. Influence de Jules l'Africain? Il se peut que les
chevauchements inévitables d'une année sur l'autre lors
de la mise en tableau aient offert un écart qui
n'était pas intentionnel, à moins qu'il ne faille
chercher une autre raison.
Hérode
Le Grand
En
voulant
harmoniser les chronologies de Matthieu et de Luc, sur
le modèle du Diatessaron de Tatien, Eusèbe était
allé jusqu'à décaler les années
d'Hérode d'une olympiade, soit quatre ans consécutifs,
voire d'une olympiade et demi ou six ans! D'autres avant lui avaient
eu accès, aux dates du règne d'Hérode à
travers les oeuvres de Flavius Josèphe, mais comme
l'année de sa mort n'y est pas précisée mais se
déduit de l'âge indiqué, ils ont pu ne pas
s'arrêter à la problématique qu'elle soulevait.
Eusèbe réalisait qu'il était vain de vouloir
conjuguer ces repères avec une harmonisation des récits
de Matthieu et de Luc et il préféra faire mentir
l'historien plutôt que l'un ou l'autre
évangéliste; le texte grec de sa Chronique ,
conservé de manière fragmentaire, fut connu dans ses
versions arméniennes et dans sa traduction latine faite par
Jérôme qui se rendit à Constantinople pour le
concile de 381. S'était-il aperçu du caractère
fantaisiste de la chronologie d'Eusèbe? Il n'en a rien dit
dans sa préface et s'est contenté de noter en regard de
la deuxième année de la 194ème olympiade la
correspondance avec la date donnée par Tertullien pour la
naissance du Christ.
Sulpitius
Severus
qui venait après lui, ignorant
délibérément Luc, datait la naissance de
Jésus d'après Matthieu sous le règne
d'Hérode, un an avant sa mort, et sous les consuls de l'an 4.
Conscient des enjeux il disait ne pas oser s'aventurer plus loin.
Le jour de
Noël
Les
traditions les
plus anciennes
transmises par Clément
d'Alexandrie et Hippolyte de Rome situaient la Nativité
à la fin du printemps quand les moutons déjà
gênés par la chaleur du jour paissaient de nuit sous
la surveillance des bergers. Cependant, pour des raisons de politique
religieuse, elles furent oubliées au profit du solstice
d'hiver et du 25 décembre fête du
“dies natalis
solis
invicti” instituée en 274 par Aurélien, un
dévôt de Mithra, ce dieu qui fut déclaré
"protecteur de l'Empire” par son successeur
Dioclétien,
le
grand persécuteur des Chrétiens. Celui-ci instaura en
284 une nouvelle ère, que l'ère chrétienne,
créée au VIème siècle, devait ensuite
effacer. Le 25 décembre 307, Constantin reçut
officiellement du Sénat le titre d'Auguste et il semblerait
qu'il en étendit la célébration à
Constantinople inaugurée en 330. Il avait en 321
consacré le repos hebdomadaire "Jour vénérable
du Soleil", ce jour que les Chrétiens de leur
côté nommaient "dimanche" ou
“jour du
Seigneur”.
Cette
superposition du dimanche et du jour du soleil aurait incité
à ce que la naissance du Christ soit commémorée
en même temps ou à la place du dieu Mithra le 25
décembre.
L'anniversaire
de
naissance n'était pas dans les coutumes
bibliques qui s'interdisaient les horoscopes, raison pour laquelle
l'Évangile ne donnait ni le jour ni le mois.
L'
officialisation,
à Rome, de la Nativité le 25
décembre se fit au milieu du IVème siècle; comme
elle gagna les autres communautés ecclésiales, le
consensus initial sur la naissance du Christ dans les six premiers
mois de l'an 752 auc , se trouvait remis en cause. Un
décalage survenait, obligeant à reconsidérer les
équivalences et c'est probablement pourquoi, dans sa
Chronique, Eusèbe penchait pour la troisième
année de la 194 ème olympiade au lieu de la seconde;
grand admirateur de Constantin, il était en 325, au Concile de
Nicée, qui avait statué sur la date de Pâques;
celle de Noël y avait probablement été
évoquée, même s'il n'y eut pas de décision
donnant lieu à une consignation écrite.
Le Jour de
l'Annonciation
L'Incarnation
était présumée avoir eu lieu
le jour même de l'Annonciation et celle-ci, avec la
commémoration de la Nativité en Décembre
était naturellement reportée au printemps et pour son
jour de fête fut choisi l'équinoxe vernal; celui-ci
était fixé au 25 Mars de manière inamovible sur le
calendrier Julien; jusque là, certains comme Hippolyte
de Rome, lui superposaient la Crucifixion. L'Annonciation fut donc
datée du 25 mars 752
auc comme en témoignent les
écrits de Malalas. Avant lui, le Pseudo-Grégoire
envisageait une coïncidence avec la nouvelle lune de printemps
à en juger sa superposition avec le calendrier biblique:
“C'est
au premier mois que l'Ange Gabriel vint trouver la vierge
ainsi qu'il est dit dans le texte de la loi: ce mois viendra pour
vous en tête des autres, vous en ferez le premier mois de
l'année. Célébrez la Sainte Pâque du
Seigneur en toutes vos générations. Et c'est au
sixième mois qu'il alla vers Zacharie” . Pliant les
versets
de Luc aux nécessités liturgiques, cet auteur se
représentait l'Annonciation en Nisan et probablement au
début de ce mois marqué par la nouvelle lune; cette
superposition allait devenir déterminante dans les
datations.
Dionysius
Exiguus et la nouvelle lune de Printemps
En
effet Dionysius
Exiguus souhaita associer le départ de
l'ère chrétienne à la coïncidence entre
l'équinoxe vernal fixé mathématiquement au 25
mars du calendrier Julien et la nouvelle lune de printemps.
Moine
mathématicien, sur la demande du Pape Jean Ier, il eut
à poursuivre et fixer le cycle des fêtes pascales
inauguré par Cyrille d'Alexandrie.
Dans la préface de
son Liber de Paschate, publié vers 525, il exprimait le
désir de ne plus faire mémoire du persécuteur
impie des Chrétiens qu'avait été
Dioclétien et de ne pas poursuivre l'ère qu'il avait
instaurée, mais de prendre en revanche comme fondement
l'Incarnatione Domini nostri Jesu Christi.
Étrangement il
n'en
indiquait pas le point de départ qui reste à
déduire de son cycle des fêtes pascales ; celui-ci
débutait avec la nouvelle lune de printemps de l'année
532 de son ère chrétienne, un multiple du cycle
embolismique de 19 ans; au delà de 532 ans la fête de
Pâques revenait dans le même ordre, aux mêmes
dates.
Cette commodité mathématique n'expliquait
cependant pas pourquoi il faisait partir son comput de mars 753
auc au lieu de 752
auc. À regarder les choses d'un peu plus
près, la nouvelle lune de printemps de 753
auc survenait
le
24 mars , veille de la date officielle de l'équinoxe
vernal fixée par les créateurs du calendrier Julien ;
elle marquait le départ du nouveau mois lunaire et avec lui de
l'année liturgique du temps de Jésus. Attiré par la coïncidence, Dionysius
décidait de lui superposer l'Annonciation.
[En fait,
astronomiquement selon les calculs scientifiques d'aujourd'hui, l'équinoxe vernal tombait le 22 Mars cette
année là; mais qui était sensé le
savoir? ]
Comparativement en
752
auc la nouvelle lune de printemps tombait les 4-5 avril. Si pour avoir
disposé de la Chronique d'Eusèbe transcrite par
Jérôme, Denys le Petit avait hésité entre deux
années, il est certain que la coïncidence avec la
nouvelle lune de printemps de 753
auc faisait pencher dans son sens le
fléau de la balance. Concordances mathématiques et
astronomiques s'harmonisaient avec la poétique symbolique;
toutefois, pour ne pas avoir justifié des raisons de son point de départ
dans sa préface et préféré le silence,
il devait être inquiet, sinon conscient, de leur sacrifier
la rigueur historique.
Partant
de 753
auc comme année de l'Incarrnation, avril
754
auc en marquait l'achèvement avec l'an I. Le
zéro
n'avait pas été introduit par les Grecs et les Latins
dans leurs calculs algébriques et quand après
Dionysius, cette nouvelle ère fut adoptée
progressivement dans la Chrétienté, l'année de
l'Incarnation, 753
auc fut
chiffrée l'an I avant Jésus
Christ comme s'il avait été impossible d'éviter
le paradoxe.
Victor
évêque de Tunnunum en Afrique du Nord dans sa
chronique (ca 569) fit usage de cette ère, qu'au
VIIIème siècle, Bède le Vénérable
popularisait à travers son Histoire Ecclésiastique du
Peuple Anglais, référant à l'ère de Rome
ab
urbe condita les années avant le Christ, si bien qu'un
siècle plus tard les évêques d'Angleterre
décidaient, dans leur synode de Chelsea, de dater leurs actes
de cette ère de l'Incarnation comme le faisaient
déjà les souverains Carolingiens qui se recommandaient
ainsi de l'autorité directe du Christ. L'appellation
Anno
Domini qui servit ensuite à désigner cette
nouvelle
ère apparaît dans les textes latins au début du
XIIIème siècle.
Citations
d' Écrits
Patristiques
1 -
Justin Martyr (ca 100-165)
"le
Christ naquit
il
y a 150 ans sous Cyrenius" (Ière
apologie, XLVI)
"Dans le pays des Juifs, il y a un village à
35 stades de Jérusalem où Jésus est né;
vous pouvez en avoir la preuve dans les registres du cens fait sous
Cyrenius, votre premier procurateur en Judée." (Ière
apologie, XXXIV).
2
-
Irénée (ca 130-202)
"Le
Seigneur est
né dans la 41ème année du
règne d'Auguste". Adversus Haereses - III. 21-3 vers
170-80
3 - Clément
d' Alexandrie (ca 150-213)
“Notre
Seigneur
est
né l'an XXVIII de l'Empereur Auguste
quand on imposa le premier recensement. L'exactitude de ce fait est
garantie par ces termes de l'évangile de Luc: l'an XV du
règne de Tibère César la parole de Dieu fut
adressée à Jean fils de Zacharie; et dans le même
à nouveau: Jésus commençant à son
baptême avait comme trente ans... Quinze ans sous
Tibère, quinze sous Auguste , cela fait les trente ans qui
s'écoulèrent jusqu'à sa Passion... Certains avec
plus de minutie encore assignent à la naissance de Notre
Sauveur non seulement une année mais un jour: ce fut
disent-ils l'an XXVIII d'Auguste, le 25ème jour du mois
Pachôn.” Stromates I, ch.21 § 145 , v.1 et 4 - 5 .
4
-
Hyppolite de Rome (début IIIème siècle)
“
Le
Seigneur est
né à Bethléem le 2 Avril
5500, an 752 de la fondation de Rome, et sa mort le 25 Mars 5530 , an
782 de la fondation de Rome la seizième année de
Tibère, Rufius et Rubellius étant consuls .” Commentaire d'Hippolyte sur Daniel (9, 27). Ce texte est connu par
deux manuscrits l'un en extraits du X° siècle, l'autre en
syriaque (VIIIs). Les autres mss comportent une interpolation
tardive intégrant la chronologie de Denys du VI°
siècle, et une lecture Johanniste des Ecritures avec trois
Pâques durant le ministère du Christ. Les consuls de
l'an 29ec, étaient Gaius Fufius Geminus et Lucius Rubellius
Geminus. La 16ème année de Tibère
commençait à partir d'Août 29.
5
Tertullien (ca150-240)
“
Après
Cléopâtre, les années de
pouvoir d'Auguste furent de quarante trois. Ainsi l'ensemble des
années pendant lequel Auguste commanda fut de cinquante six
ans. Or nous voyons que dans la quarante et unième
année de l'Empereur Auguste, ce qui signifie XXVIII ans de
pouvoir après la mort de Cléopâtre, naquit le
Christ. Le même Auguste survécut quinze ans après
la naissance du Christ. ”. Adversus Judaeos VIII, 11, v.75 et
sq.
“Le recensement attesté dans les actes du temps
d'Auguste, en Judée, par Sentius Saturninus...Le recensement
sous Auguste dont les archives romaines gardent fidèlement le
témoignage de la Nativité du Seigneur ... C'est un fait
constatable que les opérations du recensement ont
été faites alors en Judée sous Auguste par
Sentius Saturninus, et ils (Marcionites) auraient pu se renseigner
sur la naissance du Christ dans les registres de ce recensement” Contre Marcion III, 4.19; IV, 7v.7 et 19, v,10 )
8-
Eusèbe (ca 265-340)
“La
quarante
deuxième année du règne
d'Auguste, la XXVIII° année de la soumission de l'Egypte
et de la mort d'Antoine et Cléopâtre...Notre Seigneur et
Sauveur Jésus Christ naquit au temps du premier
dénombrement, alors que Quirinius gouvernait la Syrie. ” Histoire Ecclésiastique, Livre I, 5-2 (même date dans le
texte grec de la Chronique. ed. Schoene, II. p. 144).
Il
notait que
Josèphe donnait 57 ans de règne
à Auguste (I,IX,1), mais dans sa Chronique (325), traduite par
Jérôme il retenait:
184/2
olymp. : (43
aec) début du règne d'Auguste ,
56 ans et six mois.
186/2 olymp. :
Hérode promu roi par les Romains (au lieu de
184/4)
186/4 olymp. :
Hérode sur le trône de Judée
pour 37 ans
187/1 olymp. : Mort
d'Antoine et Cleopâtre; (au lieu de
187/2)
194/3 olymp. :
naissance de Jésus [Christ] fils de
Dieu, à Bethléem de Judée.
194/4 olymp. :
Quirinius envoyé en Judée par un
décret du Sénat pour un recensement des personnes et
des biens
195/2 rebellion de
Judas le Galilée
195/3 massacre des
Innocents
195/4 Hérode
meurt misérablement.
196/1 Archelaus chef
des Juifs, Hérode tétrarque
198/2 Tibère
empereur, Hérode est chef des Juifs
202/3 Passion dans
la 18ème année de Tibère:
9 - Epiphane de Salamine (ca315-403)
Epiphane
donnait 56
ans et 6 mois au règne d'Auguste ,
plaçant la naissance du Christ dans sa 42ème
année de pouvoir, 13ème de son consulat, et sous le
consulat de Silvanus. Panarion 20:2 (374-77ec)
10
-
Apollinaire de Laodicée (ca 315-392)
De
la naissance du
Christ à la huitième année
de l'empereur Claude, il comptait 49 ans. Claude devint empereur en
janvier 41.
11
Sulpitius Severus, (ca 360-425)
“Sous
Hérode
dans la 33ème année de son
règne Le Christ naquit le 25 décembre sous le consulat de
Sabinus et Rufinus (les consuls de l'an 4aec) , mais on ne
s'aventurera pas à toucher à ces éléments
des évangiles et des Actes des
Apôtres de peur que le caractère condensé de ce
travail n''interfère sur le respect dû à ces
évènements et je continuerai avec ce qui vint ensuite.
Hérode règna 4 ans après la naissance du
Seigneur son règne ayant duré au total 37 ans ,
après lui vint Archelaus, le tétrarque, pendant 8
ans”. Chronique Livre II, ch 27 ( 403)
12
Jérôme (ca 347-420)
"la
Vingt-huitième année de César Auguste, la
41ème année de son règne, le Christ est
né en Judée alors que régnait la confusion dans
le monde." Commentaire sur Isaïe vers 380 (Sanclemente p 475
sq.)
13
Orose (Vème siècle)
“
C'est
pourquoi,
en
752 après la fondation de Rome...
César Auguste ferma alors lui-même les portes du Janus
pour la 3 ème fois. Donc, à cette époque, c'est
à dire l'année même où César
établit une paix très sincère selon le plan de
Dieu, naquit le Christ. - De notre temps, quasiment à la fin
de la quarante deuxième année de l'empire, d'Auguste
César...naquit le Christ. - Donc en 752 après la
fondation de Rome naquit le Christ qui apportait au monde la foi
salvatrice.” Histoires (contre les païens). VI / 22-1,
livre
7/
2-14 et 3-1.
14
-
Malalas (VIème siècle)
“Or
avec
exactitude, dans la XLI ème année de son
règne (Auguste), le 6ème mois, le 25 mars, à la
deuxième heure du jour, le Dimanche, la Vierge Marie, de
l'Ange Gabriel, dans la ville de Nazareth reçut l'heureuse
annonce... Or la XLIIème année de l'Empereur Auguste,
le IVème mois, le VIIIème jour des Calendes de Janvier,
le XXV Décembre, à la septième heure du jour,
est né le Seigneur Notre Dieu, Jésus Christ dans la
ville de Judée, du nom de Bethléem près de
Jérusalem.(...) Quirinius Consul, Préfet en ce temps
là de la Syrie, Octavien et Silvanus étant consuls,
Hérode étant roi de Judée.” Chronographia
Ioannis Malalae" publiée dans Corpus Scriptorum Historiae
Byzantinae, Bonn, 1831, Vol VI, Livres IX et X, p 226-227.
15
- Hippolyte de Thèbes
Dans
un premier
fragment Il donnait la 42 ème année
d'Auguste, mais la 43ème année selon un second fragment
(Edition J.Albertus Fabricius, 1716, p.52)
16
- Excerpta Latina Barbari (vers 500)
"Sous
le consulat
d'Auguste et de Silvanus durant le règne
d'Auguste Notre Seigneur Jésus Christ est né le 25
décembre. Il naquit dans [...] appelé Fuusdu
selon Eusèbe. Le jour de sa naissance le 28 Choiac (date
égyptienne, correspondant au 25 décembre), les bergers
virent une étoile dans le ciel. D'Adam à la naissance
de notre Seigneur, il y a 5500 ans."
17-
Denys le Petit (527)
Son
Liber de
Paschate offre deux tableaux du cycle des fêtes
pascales , le premier reprenant celui de Cyrille d'Alexandrie d'Avril
229 à 247 de l'ère de Dioclétien (qui avait
débuté le 29 août 1037auc soit 284 ec), le second
allant de 532ec à 626 ec (Patrologie de Migne lat. LXVII S.
499 f.). Ainsi faisait-il remonter l'Incarnation à la date du
25 mars jour de l'Annonciation, olympiade 194/3, ou 753
auc
18 - Cassiodorus (ca
490-585)
Chronique
du
consulat de C. Lentulus et M. Messala "Sous leur
consulat Notre Seigneur Jésus Christ est né à
Bethléem la 41ème année d'Auguste " Tous deux étaient consuls en l'an 3
aec.
19
- Chronique Pascale (ca 630)
Olympiade
184.3
“César
Auguste nommé aussi Octave,
devint le second empereur des Romains durant 56 ans et 6 mois. Il
régna douze ans avant la mort de Cléopâtre et 30
ans après sa mort quand il conquit l'Egypte jusqu'à
notre Seigneur Jésus Christ né dans la chair à
Bethléem de Judée. Ensuite il est clair qu'il
régna quatorze autres années”.
20
- Georgius Syncellus (ca 800)
“Le
25
Décembre, notre Seigneur Jésus Christ, unique
engendré, fils de Dieu, à Bethléem ville de
Judée, la 43ème année de l'empereur de Rome
César Auguste sous le consulat de Sulpicius Camerinus" (Sanclemente p475) Sulpicius Camerinus était consul en
9ec.
21
- Bède le Vénérable
“l'an
693
de
Rome,
60 ans avant l'Incarnation du Seigneur ... ” soit 753auc. Mais contradictoirement : Dans la quatrième
année de l'empereur Claude, la 46 ème du Seigneur".
Claude ayant reçu l'empire le 21 janvier 41, sa 4ème
année correspond à 797 auc. Bède semblait faire
partir sa chronologie de 751 auc.