Chapitre
5
Les Sources de
l' Évangéliste Matthieu
À partir de quels témoignages, quand et comment Matthieu
avait-il rédigé son oeuvre? Sans prétendre
à une réponse globale ou définitive, certains
traits significatifs permettent de s'en faire une idée qui ne
devrait pas être trop distante de la réalité.
La didrachme de l'empereur
Vespasien
À en juger par
l'épisode du poisson miraculeux
pêché par Pierre sur l'ordre de Jésus (
1) ,
l'évangile de Matthieu ne serait pas antérieur au
règne de Vespasien (69-79); s'y reflète la
problématique de la didrachme que les Romains
prélevèrent après la destruction de
Jérusalem sur les Juifs qui ne la versaient plus au Temple. Des
repères historiques précis transparaissent en filigranes
du récit.
Pierre devait trouver dans la gueule du poisson un statère
d'argent, l'équivalent de deux didrachmes, en paiement de la
taxe réclamée par les collecteurs. Au temps de
Jésus et jusqu'en 70, les autorités du Temple levaient
sur tous les Israélites mâles, à partir de 20 ans,
l'impôt prescrit dans la Torah; pauvre ou riche chacun devait
s'en acquitter comme affirmation de sa liberté et de son
identité; versé comme un don à Dieu en
"rançon de sa vie"(
2), il devint annuel
à partir de Néhémie:"nous nous sommes fixés
de donner un tiers de sicle par an pour le service de la Maison de
notre Dieu"(
3).
Or les propos de Jésus ne présentaient pas la didrachme
comme une redevance destinée à la Maison de Dieu, mais un
impôt de soumission à Rome, au même titre que le
cens, un impôt strictement romain:
"Les Rois de la terre, de qui
perçoivent-ils les taxes ou le cens? De leurs fils ou des
étrangers? À la réponse de l'apôtre,
- Des étrangers,
Jésus aurait
répliqué:
- Donc les fils en sont exempts!"(4)
Sa remarque était en décalage avec
l'évènement initial auquel semblait se
référer Matthieu puisque la didrachme était
à verser en réponse à un commandement de Dieu et
non aux rois de la terre; elle était payée par les fils
d'Israël et non par des étrangers. En mettant cet
impôt sur le même plan que ceux levés par l'Empereur
- les taxes douanières perçues par les publicains ,
le cens et le tribut confiés aux censeurs de l'administration
romaine, Jésus rabbin en Israël commettait un impair de
taille; en fait le dialogue trouve une certaine cohérence dans
un contexte plus tardif et l'évangéliste a pu se trahir
en découvrant l'époque dans laquelle il vivait: il ne
décrivait pas un miracle accompli par Jésus en son temps,
mais il racontait une histoire extraordinaire dont le contexte
était celui du règne de Vespasien (ou peut-être
même de Domitien) avec le fiscus Judaicus , un impôt d'une
didrachme(5), levé après la chute
du Temple, en marque d'asservissement, sur les Juifs de la
diaspora et ceux des Chrétiens qui leur étaient
assimilés:
"La taxe sur les Juifs fut exigée plus rigoureusement que
toutes les autres. On y soumettait également ceux qui vivaient
dans la religion juive sans en avoir fait profession, et ceux qui
dissimulaient leur origine pour s'exempter des tributs imposés
à cette nation."(6)

Les Chrétiens qui comptaient dans leurs rangs circoncis et
incirconcis, citoyens romains et étrangers, ont pu être
mis, par cette imposition, à l'épreuve de la division,
comme pourrait le suggérer l'opposition entre les fils et les
étrangers; pour ne pas "scandaliser", Matthieu exhortait
à ne pas se soustraire à cette imposition. L'
épisode du poisson miraculeux, manifeste que
l'évangéliste était à même de fondre
ensemble des faits de son temps avec des "maraviglia" dont le Christ et
Pierre auraient été les protagonistes. Il est à
noter que la majorité des épisodes propres à son
évangile se signalent par une préoccupation des
biens matériels et financiers(7) et qui devait être celle d’une communauté
déjà constituée tandis que Jésus, durant
son ministère, prêchait le renoncement aux biens.
ICThUS
Le poisson - en Grec ICThUS - avait recraché un statère
d'argent sur lequel se profilait le dieu Tyrien, Melkhart, autre
synonyme de Mammon. Or ICThUS est l' acrostiche de Iêsous,
Christos, Theou (de Dieu) Uios (Fils) Sôter (Sauveur) qui
était la confession de foi que Matthieu prêtait à
Pierre quand Jésus demandait: et vous qui dites vous que je
suis? Pierre, dans la rédaction transmise par le codex
Bezæ répondait: tu es le Christ, le Fils de Dieu,
du Sauvant(
8).
Cet acrostiche commandait, dans les Livres Sibyllins
(9), des
versets sur le jugement dernier dont l'image du roi et juge souverain
avait, elle aussi, été intégrée par
Matthieu dans son évangile où revient comme un leitmotiv
l'ordre donné aux anges de rassembler les méchants
pour les jeter dans les lieux infernaux(
10).
Apparemment l'évangéliste puisait plus largement
qu'aux seules sources bibliques, dans l'apocalyptique juive et les
religions à mystères qui, ultérieurement, furent
influencées par lui.
Age
d'or et prophétie messianique
S'adressant à un monde sensible aux présages, Matthieu a
réinterprété
des éléments bibliques dans cette optique; son
étoile des mages, sous
certains aspects, n'est pas éloignée de la poésie
de Virgile :
«Un
âge tout nouveau, un grand âge va naître; La Vierge
nous revient, et les lois de Saturne, et le ciel nous envoie une race
nouvelle. Bénis, chaste Lucine, un enfant près de
naître qui doit l'âge de fer changer en âge d'or; ton
Apollon déjà règne à présent sur
nous. Toi consul, Pollion, cette gloire s'annonce; Sous ton
autorité va naître un siècle auguste, et s'il
subsiste encore des traces de nos crimes, la terreur jamais plus
n'accablera le monde. Vivant pareil aux dieux, cet enfant les verra,
ces dieux et ces héros qui le verront lui-même, lui,
souverain d'un monde apaisé par son père".(
11)
Chacun des poèmes bucoliques écrits entre 42 et 37
aec visait un personnage précis, contemporain du
poète, à savoir: Octave; il ne saurait y avoir de doute à ce
sujet, ni sur les intentions de Virgile ni celles de Paul Valéry
son traducteur. Une date est donnée, précise et
inoccultable avec le consulat de Pollion en 40 aec, marqué par
la paix de Brindes entre Antoine et Octave, un évènement
décisif. Cette quatrième églogue était une
éloge tournée en prophétie augurant du
règne qui s'ouvrait, mais elle fut prise dans la mouvance
Constantinienne pour une annonce messianique reprise à la
Sibylle de Cumes qui semblait voir plus loin que le poète.
En 45 par son testament César avait adopté son neveu
Octave qui était devenu son héritier, avant Brutus.
Assassiné l'année suivante par ce dernier, selon
Suétone il lui aurait dit en Grec: toi aussi enfant?(
12) Que
Virgile ait repris en Latin le terme d'"enfant"
à propos du jeune homme qu' était Octave, n'a donc rien
de surprenant. Il était encore à Apollonie où
l'astrologue Théogène se prosternait devant lui
après avoir lu son horoscope. Se comprend ainsi son culte pour
Apollon par qui lui était prédit l'avenir d'un dieu. Les
vers poétiques détiennent une allusion significative
à un phénomène céleste récurent dans
la constellation de la Vierge, allusion à la comète vue
au moment des Jeux célébrés en l'honneur de
César en Juillet 44, dans le ciel nord de Rome,
pendant 7 jours. À ce signe, Jules fut bientôt
déclaré divin.
En 42 Octave, par la victoire d'Antoine à Philippes, vengeait
son père et en 36, vainqueur de Pompée à Nauloque,
devenant maître de l'Occident, il faisait voeu d'édifier
un temple à Apollon qui venait de se signaler par la foudre sur
le Palatin, les cieux parlant une seconde fois par le feu divin.
Puisque César et Auguste avaient bénéficié
de l'appui de phénomènes célestes, Matthieu
pouvait juger opportun que la venue du Christ ne paraisse pas
ignorée des cieux. La vision lucanienne de l'armée
céleste des anges n'appartenant pas au répertoire du
monde Romain, il était nécessaire d'en adapter les termes
et les images à ce nouvel auditoire. Mais il serait, à
dessein, demeuré flou sur le moment de l'apparition de
l'étoile, se protégeant ainsi des recherches futures.
Astres et phénomènes cosmiques
Le tremblement de terre
Sur la mort du Christ, conjointement à l'obscurcissement du
ciel, Matthieu décrivait un tremblement de terre survenu
alors:"La terre trembla, les rochers se fendirent et les tombeaux
s'ouvrirent"(
21).
Phénomènes célestes et terrestres étaient
fréquemment associés dans la littérature(
22),
et là encore Matthieu épousait les thématiques de
son temps. En ajoutant que des morts se
réveillèrent et ne sortirent de leurs tombeaux
béants qu'après la Résurrection, il transportait
son lecteur dans un imaginaire théâtral où
ceux que l'on croyait à jamais disparus venaient tout à
coup hanter les vivants. Sur ce régistre où ni la
piété ni le raisonnement n'étaient conviés,
l'auteur laissait l'effet littéraire prendre le dessus.
Mais,peut-être empruntait-il au
répertoire mithriaque qui faisait sortir les morts de leur
tombeau au jugement dernier.
L'étoile
Certes la première des sources matthéennes
était biblique. Quant à l'étoile de
Bethléem, Origène(
13) la considérait comme un nouvel astre apparu à l'orient et
disait ne pas avoir connaissance de prophéties sur l'apparition
d'une comète en lien avec un royaume à une époque
particulière, si ce n'est celle de Balaam sur le Messie: "de
Jacob se lève une étoile"(
14) .
Balaam à la personnalité incertaine apparaissait comme un
mage Chaldéen. Or, contrairement à ce que croyait savoir
Origène, Matthieu se référait en outre à
des sources issues d'Orient et répercutées au
début du IVème siècle par le philosophe Chalcidius
:
"d'une
étoile qui ne présageait ni la maladie ni la mort, mais
la descente d'un dieu parmi les hommes, comme le certifiaient les
astronomes de Chaldée, qui se sont immédiatement
empressés d'adorer la deité du nouveau-né, et de
lui présenter des offrandes."(
15)
Astronome, astrologue et philosophe grec néoplatonicien,
Chalcidius qui ne s'inspirait pas de Matthieu, puisait au
répertoire de la naissance du dieu Mithra annoncée par
une manifestation astrale; le dieu naissait de la roche,
déjà armé et assisté par des bergers, sous
le regard des astres. S'explique ainsi que la crèche où
naquit le Christ ait pris dès Justin(16) l'allure d'une grotte. La biographie des prophètes ou de ses
mages Chaldéens est elle-même marquée du signe de
l'étoile comme Mithridate, roi du Pont qui empruntait au dieu
jusqu'à son nom:
"Un
phénomène céleste avait prédit la grandeur
de cet homme [Mithridate]; tant dans l'année de sa naissance que
dans celle du début de son règne, une comète
brilla pendant une période de 70 jours chaque fois à tel
point que le ciel semblait flamboyer.(
16)
L'astre solaire
Dans l'épisode de la transfiguration le
visage du Christ illuminait comme l'astre solaire; le
détail est propre à Matthieu (Mt 17:2) ; Luc avait
parlé de la lumière de l'éclair dans la nuit,
Marc de la blancheur du vêtement. Mithra dieu solaire
empruntait des attributs à Apollon comme son char solaire.
Le Christ fut représenté comme dieu solaire
emporté dans un char selon plusieurs témoignages de
l'art paléochrétien (Mais es-t-on bien sûr
chaque fois qu'il s'agissait du Christ?). Matthieu parlait d'une
métamorphose, tandis que Marc, selon D05 de
"katamorphose" ou de l'impression d'une forme. Le rituel mithriaque
parle de transmutation transcendante de la nouvelle
naissance.
L'astre de feu
Le roi se mit en colère et envoya ses
troupes faire périr ces assassins puis il incendia leur
ville.Mt 22:7
Ce verset appartient à une parabole de
Matthieu -reprise de Luc - et adaptée au contexte même
du culte païen (repas de noces avec le père et
l'époux, habits de noces et petit nombre d'élus) ; elle
pourrait bien être une allusion cachée au règne
de Néron qui après avoir fait incendier la ville de
Rome fit porter le chapeau aux Chrétiens:
«Pour étouffer la rumeur,
Néron inventa des coupables et livra aux tourments les plus
raffinés des gens, détestés pour leurs
abominations, que la foule appelait chrétiens. Ce nom leur
vient de Christ, que, sous le principat de Tibère, le
procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice.
Réprimée sur le moment, cette exécrable
superstition faisait de nouveau irruption, non pas seulement en
Judée, berceau de ce fléau, mais encore à
Rome, où tout ce qu'il y a d'affreux ou de honteux dans le
monde converge et se répand. On commença donc par
arrêter ceux qui confessaient leur foi, puis, sur leur
dénonciation, une multitude immense, et ils furent reconnus
coupables, moins du crime d'incendie qu'en raison de leur haine
contre le genre humain.»
Tacite, Annales 15, 44,
2-5.
D'ou venait cette dépréciation
du Christianisme? Ne serait-ce-pas d'une confusion avec le
Mithriacisme?
Néron
avait été initié à ce culte; ainsi en 59
pour apaiser les mânes de sa mère assassinée, il
appela des “Mages” qui sacrifièrent à Ariman,
le dieu obscur adversaire de Mithra. Il avait haï chez elle ses
traits maternels en digne fils du dieu, qui lui était
carrément sorti de la roche. Il se faisait vénérer
en Apollon (face visible de Mithra) dieu du soleil à travers sa
statue. Il put ainsi recevoir avec ses mages Tiridate d'Arménie
lorsqu'il vint recevoir sa couronne à Rome en 66 et il sut se
faire reconnaître par lui comme une émanation du dieu.
Pline
l'Ancien commeTacite s'en faisait
l'écho dans son long plaidoyer contre la magie des mages Chaldéens.
N'était-ce pas sur son ordre que
l'armée avait incendié la ville?
Les Mages et l'étoile d'Orient
L'épisode des mages de l'évangile de Matthieu ne serait pas "unique", car il a son parallèle dans la recension en Slavon de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe. En effet s'y trouve insérée une histoire de mages venus de Perse vers 20BC, après le meurtre de prêtres qui n'avaient pas voulu reconnaître en Hérode le Messie attendu par les paroles prophétiques de Balaam et de Daniel. Les mages, quant à eux, allaient manifester que d'autres nations, prévenues de l' arrivée imminente d'un roi universel, ne l'identifiaient pas avec Hérode-le-Grand.
Cette recension slavonne a été considérée par une partie de la critique comme l'édition première de la Guerre des Juifs publiée dans les années soixante-dix en Hébreu ou en Aréméen et son histoire des mages constituerait la source de l'évangile de Matthieu écrit dans les années 80.
Mais cette thèse ne tient pas à l'examen: en effet l'absence, dans les écrits patristiques, de toutes traces de cette recension de la Guerre des Juifs et sa brutale apparition en slavon à la fin du Moyen-Âge, une époque où ni l'Araméen ni l'Hébreu n'étaient encore parlés, incite à y voir une réécriture de l'oeuvre de Josèphe (à l'imitation du Josippon déjà connu en Slavon). Les termes grecs y sont nombreux; l'original n'était pas hébreu ni araméen, mais très certainement grec. Les expressions et les figures propres au Moyen-Age occidental et le caractère condensé de l'oeuvre, plus courte que le texte standard, incitent à y voir une réécriture opérée par le traducteur slavon au XIIème siècle.
Interpolations Chrétiennes dans la Guerre en Slavon de Flavius Josèphe
Pour sa légende des mages, Matthieu disposait d'un évènement historique précis:
en 66 à Rome des mages accompagnaient le fastueux cortège
de Tiridates(17) qui venait s'incliner devant
Néron pour recevoir de lui sa couronne :
«Tiridates
était à la hauteur de sa réputation en raison de
son âge, de sa prestance de ses origines et de son intelligence,
de l'escorte de serviteurs et du cortège royal qui
l'accompagnait, sans compter les trois mille cavaliers Parthes et les
nombreux Romains qui suivaient". Et Tiridates s'adressa à
Néron en ces termes:" je suis venu jusqu'à toi mon dieu
t'adorer comme j'adore Mithra”... A son retour le roi ne reprit pas la
route qu'il avait suivie en venant.»(18)
A portée de main se trouvaient
réunis par l'Histoire, les éléments du
cortège des mages, de leur adoration du roi , de leur
retour par un autre chemin et du massacre d' innocents puisque deux ans auparavant,
l'empereur en imputant aux Chrétiens l'incendie de la ville
avait martyrisé une foule d'innocents(19).
Ce parallèle avec le règne de Néron, souvent fait
par les commentateurs, permet d'entrevoir quelques unes des motivations
à la source de ce récit de Matthieu.
Il se pourrait qu'il
ait écrit de Rome comme nombre d'auteurs classiques venus
d'Orient ou grands voyageurs qui écrivaient eux aussi en Grec(20).
Nicolas de Damas y avait laissé une vie d'Auguste et
probablement aussi son Histoire d'Hérode connue par quelques
fragments ; Flavius Josèphe sa Guerre de Juifs.
Le mot “Magi” désignait les prêtres
Persans du culte Mazdéen auquel se rattachait le dieu
Mithra. Une scène souvent présente dans l'art
paléochrérien est celle de l'adoration des Mages,
coiffés du bonnet phrygien habituel attribut du
dieu.
Adoration des Mages, et Daniel dans la fosse aux lions, Museo Paleocristiano, Vatican.
Les mages y sont au nombre de trois, ce que
l'évangéliste ne précisait pas. Ils sont
trois comme la triple figure du dieu, habituellement
représenté avec deux jeunes hommes portant des
torches de manière inversée, aux
épithètes énigmatiques de Kauti et Kautopathi
symboles du pouvoir de vie et de mort exercé par le dieu ;
ces deux "dadophores" formaient avec le dieu une triade. En
représentant trois hommes jeunes casqués du bonnet
phrygien venant à Jésus et sa mère, les
Chrétiens représentaient très
concrètement pour eux-mêmes l'illumnation des Mages
Mazdéens, soit des fidèles de Mithra, par
l'Eglise.
En
écrivant son récit de la venue des mages à
Bethléem au temps d'Hérode, Matthieu établissait
déjà une relation avec ce culte où la naissance du
dieu était annoncée aux mages par un astre. Son
récit pouvait convenir aux fidèles de ce culte dont le
rituel fait état d'une étoile à cinq branches. Et
que souhaitait dire Matthieu, à travers eux, aux Chrétiens?
En conférant à l'astre un parcours “magique”,
irréaliste, il intriguait son lecteur. La venue des mages puis
leur départ tenu secret déclenchèrent
derrière eux la colère du roi avec un massacre
d'innocents. N'y avait-il pas là une dénonciation subtile des horreurs commises sous Néron puis Domitien?
L'Armée Romaine
et ses légionnaires

A l'époque de Pompée le culte de Mithra s'implantait dans la Péninsule Italique par des
corsaires Ciliciens réduits à l'esclavage; il gagna peu
à peu l'armée romaine et par elle l'ensemble des
pays du Bassin Méditerranéen.
- Une chlamyde écarlate sur les épaules et un roseau
dans la main : c'est cet attirail dont se serait servi la cohorte
romaine pour tourner Jésus en dérision. Le roseau est le
sceptre de Mithra, et la chlamyde, un manteau rectangulaire d'origine
grec, enveloppait ses figures; il était de couleur
écarlate dans le rituel dont la BN conserve un exemplaire. il
était arboré par ses fidèles dans leurs
cérémonies . A travers ces signes Matthieu souhaitait-il
impliquer avec l'armée romaine les fidèles de Mithra non,
dans la mort du Christ elle même, mais dans celle des martyrs de
la fin du Ier siècle?
- En écrivant que des gardes pour
s'être laissés acheter avaient laissé croire
que des disciples du Christ avaient emporté son corps,
Matthieu cherchait-il à jeter le discrédit sur
l'armée adverse, celle des légions romaines, en la
présentant comme première fautive dans les
légendes courant “jusqu'à aujourd'hui” , à
propos de Jésus?
- « Ceux qui prennent le glaive périront
par le glaive» Mt 26:53. Matthieu prêtait cette parole
à Jésus au moment où le serviteur du
grand-prêtre avait été atteint à
l'oreille. Elle paraît condratictoire avec 5,44
où Jésus se plaçant au-dessus de la loi du
talion invitait à aimer
ses ennemis; il faut-il y lire un avertissement à la partie adverse: en faisant cela,
voilà ce que cela provoquera en retour.
- A la différence de Luc Matthieu ne
dépeignait pas le centurion qui demandait la
guérison de son serviteur, comme un prosélyte du
Judaïsme; il achevait son épisode ainsi: “Et je vous
dis que plusieurs viendront d'orient et d'occident, et
s'assiéront avec Abraham et Isaac et Jacob dans le royaume
des cieux; mais les fils du royaume seront jetés dans les
ténèbres du dehors: là seront les pleurs et
les grincements de dents. Et Jésus dit au centurion: Va, et
qu'il te soit fait comme tu as cru; et à cette
heure-là son serviteur fut guéri". Mt 8:11-13
.
L'expression les "fils du royaume" est Mathéenne ; en 13:38 elle représente le bon grain
opposée à l'ivraie. Qui sont ces fils du
royaume? Cette expression n'étant pas biblique, elle ne
désignait pas par elle-même les fils d'Israël.
Quand ces fils du Royaume sont contre la vraie foi ce sont
des fils du diable (Mt 13:28) ou de la Géhenne (23:15): il
sont alors les adversaires contre lesquels on irait presque
jusqu'à lancer des imprécations. Il y a là un
ambiguité qui enveloppe le concept de l'armée et qui
donne une illustration du bon grain mêlé à
l'ivraie. Quelle confiance peut-être faite à ces gens
là? Ne serait-ce pas ceux dont il faut se méfier? Le
lecteur de l'évangile était appelé à
"lire entre les lignes" sinon à repérer dans
le champ de blé où était
l'ivraie (25).
Le bon grain et l'ivraie
La parabole du champ de blé
ensemencé d'ivraie pendant le sommeil du cultivateur est Mathéenne; l'ivraie et le bon grain poussent ensemble
étroitement mêlés et indissociables; ce n'est
qu’à la moisson, à la fin des temps que le tri peut
être fait entre le bon grain spirituel et l'ivraie. A quoi
Matthieu pensait-il et qu'est-ce qui a pu lui suggérer
cette image? Le Mithriacisme était la religion qui, dans
ses signes, ressemblait comme une soeur au Christianisme et il
devait être difficile à l'évangéliste
comme aux fidèles de vraiment s'y retrouver. Par une
parabole, Matthieu tentait peut-être d'offrir une
philosophie aux chrétiens désarçonnés
par cette confrontation.
Les Mystères de la Liturgie
La coupe d'eau et la coupe de
vin
Il y avait dans le mithriacisme un rite
mystérieux, “sacramentel”, tenant dans un repas de pain
accompagné non seulement d'eau comme le laissait entendre
Justin, mais de vin symbolisant le sang du taureau; ce repas
était un rite magique de communion au dieu. Verser le sang
du taureau avait un signification expiatoire, et par là
fertilisante, qui trouvait son prolongement dans les gestes des
soldats; boire à la coupe revêtait un sens magique
visant l'expiation (au sens de faire expier). Ce rite reçut
en monde impérial romain une orientation dont
Pétrone se faisait l'écho à la fin du
Satyricon; conseiller de Néron il semble l'avoir fait
parler à travers ces lignes:
"Tous ceux qui ont reçu de moi leur
part d' héritage indépendamment de mes affranchis,
les obtiennent à cette condition: qu'ils coupent mon corps
en morceaux et le mangent en public. Nous savons que dans
certaines nations on observe toujours une loi qui exige des
proches de manger leurs morts... par cet exemple je voudrais
rappeller à mes amis - au cas où ils ne feraient pas
comme je le souhaite: dans le même esprit qu' ils
exècrent mon âme, ils doivent dévorer mon
corps.»Pétrone, Satyricon, CXLI
Ainsi le culte de Mithra reçut
l'empreinte des empereurs fous.
"Que son sang retombe sur nous et sur nos
enfants" Matthieu prêtait cette phrase au peuple assemblé devant
Pilate qui venait de se laver les mains pour dire qu'il était
innocent dans la mort du Christ. La phrase et le geste sont à
comprendre dans le contexte du mythe de Mithra avec le versement du
sang et le rite d'ablution. Le fidèle faisait un rite d'ablution
des mains en entrant dans le mithraeum où il trouvait une coupe
à cet effet; sinon il y avait le baptême dans l'une des
trois absides et par lequel il était lavé de toute faute.
Matthieu qui écrivait après 70 savait combien
l'armée romaine avait “fait expier” le peuple de
Jérusalem.
Les noces
La femme, au témoignage des textes et
de l'archéologie n'était ni concernée ni
admise dans le culte de Mithra; la femme constituait l'interdit majeur et une des étapes
initiatiques était celle des épousailles avec le
dieu, sous le signe de Venus. Le néophyte , le visage
voilé portait une lampe à la main. Il offrait une
coupe d'eau devant la statue de Mithra, la tasse
représentant son coeur et l'eau son amour.
Or Matthieu s'est plu à une
illustration du Royaume des Cieux qu'on ne trouve que chez lui
avec dix vierges porteuses de lampes et d'huile, guettant
l'arrivée de l'époux. La critique textuelle n'a pas
mis à jour de sources bien précises pour cet
épisode qui en invitant à la vigilance dans la nuit
et son obscurité reste très mystérieux (Mt 25
:1-13). Tertullien disait que le culte de Mithra avait lui aussi
son cortège de vierges. N'y aurait-il pas d'une
manière ou d'une autre, une allusion sous-jacente à
l'initiation du Mithriacisme cachée par la figure de jeunes
femmes? Dans le rituel de la bibliothèque Nationale,
papyrus 764, un cortège de 7 vierges à tête de
serpent fait partie de l'illumination du fidèle.
PATER NOSTER
Dans ce culte où les classes sociales
paraissaient se diluer , existait une hiérarchisation par
le franchissement d'étapes successives initiatiques au
nombre de sept, chacune étant gouvernée par un
Père, le dieu étant appelé lui-même
Père des Pères et Notre Père en monde Latin ;
l'ensemble des fidèles se disaient frères.
Cette
religion était en vogue dans l'armée romaine qui la
diffusa sur son passage laissant ça et là
gravés dans la brique, le mur, la pierre, des palindromes
du mot SATOR qui détiennent l'anagrame «Pater Noster». L'un
d'eux, le plus ancien connu, a été retrouvé
à Pompei , noyée sous les laves du Vésuve en
79.
SATOR
AREPO
TENET
OPERA
ROTAS
|
Le Semeur,
A REP O
Tient
l'Oeuvre
des Roues, (char et disque
solaire)
|
|
(alpha)
P
A
T
E
R
(alpha) P A T E R N O S T E R (omega)
O
S
T
E
R
(omega) |
Ce palindrome construit comme un carré
magique est évidemment un symbole mithriaque.
(cf Walter O. Moeller: The Mithraic Origin and Meanings of
the ROTAS-SATOR Square Leiden: Brill, 1973). Comme il
détient l'anagramme des mots PATER NOSTER, on croit y voir
un symbole chrétien.
Mithra avait fertilisé la terre par le
sang du taureau qu'il avait tué; il était ainsi un
créateur-semeur, un père. Son nom Arepo dont les
deux lettres extrêmes évoquent l'alpha et l'omega et PER pour P[AT]ER, mais
lu à l'envers REP, ce qui veut tout dire. Mythra est
associé à Ahura qui serait son créateur et
opposé à Ahiman l'esprit du mal; il a en mains la
course du soleil sensé tourner autour de la terre. Son
palindrome se lit dans un sens et dans l'autre, et comme ce n'est
pas le soleil qui tourne autour de la terre mais l'inverse, il y a
de quoi se demander si le créateur du palindrome ne pensait
pas déjà qu'il fallait inverser la
donne.
Matthieu, et lui seul, prêtait ce propos
à Jésus :
" Ne vous donnez pas le nom de
Père sur la terre, car un seul est votre Père, celui
qui est aux cieux." (Mt 23:9).
Le verset de Matthieu pourrait se comprendre
assez bien dans une confrontation au Mithriacisme dont il
cherchait à se distancer. Si les clercs portent le nom de
père - que Jésus réservait à Dieu le
Père - c'est peut-être bien parce que l'Eglise a ingéré
un culte que le verset de Matthieu avait été
impuissant à endiguer.
D'origine orientale la religion de Mithra
véhiculait des modes initiatiques propres comme les
"mentras". Il n'y a guère de doutes: le palindrome en est
un; il est une invocation de caractère fétichiste au
dieu. Et c'était très probablement à cette
invocation là que pensait Matthieu lorsqu'en introduction
de la prière chrétienne il
écrivait:
"Ne rabachez pas comme font les
païens; ils pensent en effet qu'à force de paroles ils
seront exaucés; ne leur ressemblez-pas!" Mt 6,
7-8
Le Chrisme constantinien
Le monogramme XR est un symbole des chefs de l'armée (ARXOS) et le
Chrisme Constantinien, est un symbole du culte païen qui
reprend d'une autre manière les éléments du
palindrome: il est constitué d'une roue (ROTAS) de la croix en X
et , le plus souvent, des lettres Alpha , du Ro central qui en
Latin se lit P et de l'Omega. On retrouve AR(E)PO. Les Chrétiens
l'ont repris à leur actif au-dessus de leur croix latine; les
colombes seraient symbole de paix (Pax Romana) tandis qu'au pied de la
croix se trouvent à notre gauche mais à la droite du
Christ l'Apôtre qui lève la tête vers le haut, et
à droite, donc à gauche du Christ un soldat endormi
représentant la Légion sous le "joug" de la Croix. Ce
chrisme sur un sarcophage du Museo paleo Cristiano au Vatican
emprunte à la croix égyptiene et au symbole constantinien
Luc avait rapporté la prière
donnée par Jésus à ses Apôtres et
contenant cinq demandes adressées au Père. Matthieu
la reprit en la portant à 7 demandes adressées
à "Notre Père, qui [est] dans les cieux".
Dans le culte en question, il y avait sept étapes
initiatiques l'ultime étant consacrée au
Père, à savoir le dieu solaire qui est dans le
ciel.
Des deux demandes adjointes aux cinq de Luc, la
première portait sur la volonté de Dieu au ciel et sur
terre avec une formulation qui fut retouchée selon les
manuscrits, montrant ainsi qu'elle ne provenait pas d'une prière
déjà fixée par la liturgie mais d'une composition
littéraire. La seconde et qui est la dernière de la
prière dit littéralement : “arrache nous au
mauvais”; à qui pouvait bien penser Matthieu?
Matthieu recommandait de prier le Père
qui est là dans le secret (EN TW KRUPTW) en entrant dans
son TAMIEION (Mt 6:6); il s'agit du lieu où l'on conserve
ce qui est précieux.
Or les fidèles de Mithra se
réunissaient dans le mithraeum, qui était toujours
une crypte (Grec KRUPTEON) souterraine et obscure avec une source
évoquant la naissance du dieu sortant du rocher. Or les
Chrétiens à Rome eurent recours aux cryptes, aux
catacombes funéraires pour se réunir et par
là échapper aux persécutions. Autre
illustration du bon grain et de l'ivraie.
Les pouvoirs sacramentels de l'Eglise
Le mythe rapportait que Mithra était
né de la roche; il est représenté sur les
stèles sortant debout d'un bloc de pierre posé sur
le sol. Le parallèle avec l'église ancrée sur
la pierre qu'était le prince des Apôtres n'a pas
manqué d'être fait: Tu es pierre et sur cette
pierre je bâtirai mon église et les portes de
l'Hadès ne l'emporteront pas contre elle; Mt 16,18 Les
portes du Mithraeum cesseraient un jour d'attirer cette foule qui
s'y précipitait.
Je te donnerai les clés du royaume
des cieux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans
les cieux et tout ce que tu délieras sur la terre sera
délié dans les cieux"Mt16:19
Comme figure de Kronos, le dieu est parfois
représenté ligoté par un serpent avec des
clés en mains.
Ce qui pouvait être lié ou
délié, c'étaient les serments; des serments
étaient prêtés par les soldats au consul, chef
d'armée. Transposés dans le culte, les serments
faits par les fidèles les enchaînaient au dieu :
l'Eglise pouvait les en libérer.
"si ton frère pèche contre
toi...prends avec toi en plus une ou deux personnes pour que soit
de la bouche de deux ou trois établie toute parole. S'il
leur désobéit parles-en à l'église;
s'il désobéit même à l'église
qu'il soit pour toi comme le païen ou le collecteur de
taxes"Mt 18:15-18
Là encore une thématique Mathéenne qui pourrait bien venir de la
confrontation avec le culte païen; le rapprochement fait habituellement
avec le parallèle biblique Dt19:15 ne convient que moyennement car ici
il ne s'agit ni de témoins à charge ni de la défense, mais de
représentants de la communauté, chargés en quelque sorte d'intimider
par leur présence le récalcitrant refusant de reconnaître sa faute.
C'est à se demander si Matthieu ne se servait pas de la règle de la
secte pour l'utiliser contre elle. Une religion à mystères suppose de
ses membres avec une soumission inconditionnelle (telle qu'elle peut
être pratiquée dans l'armée) le respect des serments et le secret
(comme le pratique la franc-maçonnerie). Pour se permettre d'affronter
une secte de ce genre, il fallait déjà être “structuré”.
La Fin et la Fin des temps
Mort
et résurrection
- “les tombeaux s'ouvrirent et de nombreux
corps de saints endormis ressuscitèrent; sortis des
tombeaux après sa résurrection ils vinrent dans la
ville sainte et apparurent à beaucoup.”Mt
27:52
Un récit surréaliste dont la fonction resterait
à trouver; il se pourrait que là encore un lien ait
été fait par Matthieu avec la religion à
mystères, soit pour convaincre ses fidèles que la foi
chrétienne avait mieux à leur offrir, soit pour
brouiller les pistes dans la persécution.
Les fidèles du culte en Perse
n'ensevelissaient pas leurs morts même s'ils croyaient en
une résurrection avec une réunification de
l'âme et du corps. Le culte païen par son mode
initiatique était comme l'antichambre du monde à
venir.
Tertullien dans une formulation
mystérieuse parlait du glaive reçu avec la couronne,
laissant suggérer l'épreuve du “martyr” car ce culte
initiatique avait “de temps à autres” ses sacrifices
humains. Selon la geste d'Auguste, l'empereur Commode souilla
par un sacrifice humain réel le culte de Mithra pour lequel
d'ordinaire on se limite à raconter ou simuler quelque
scène capable d'inspirer l'effroi. Les
persécutions contre les chrétiens qui ont
duré jusqu'à Constantin seraient à verser
à ce régistre.
Fin du monde
La fin du monde est une expression Matthéenne (cinq occurences) qui n'a pas de parallèle
en Luc sinon cette affirmation de Jésus : “terre et ciel
passeront, mes paroles ne passeront pas”. Il y a bien annonce
apocalyptique de guerres et de séismes chez les trois
synoptiques, mais celle de la fin du monde en tant que telle est
un thème matthéen “ainsi en sera-t-il à la
fin du monde” où les anges seront envoyés pour
faire le tri entre les bons et les méchants. Matthieu a pu
renforcer ce qu'il lisait chez Luc et chez Marc au contact du
culte païen, sinon employer des expressions similaires aux
leurs.
“On racontait qu'après l'immolation du
taureau Mithra était monté sur le char du Soleil.
Cet épisode devait se renouveler à la fin des temps
et Mithra embraserait le monde, comme Phaéton avait failli
le faire. Il purifierait l'univers, comme les Lions
éprouvaient les mystes par le feu”.
l'âne et la croix
"Voici que ton roi vient à toi, doux,
monté sur une ânesse et sur un ânon, petit
d'une bête de somme" . Mt:21:5
Le qualificatif doux à propos du
Christ est propre à Matthieu; ne découlerait-il pas du culte
païen où le dieu est toujours jeune, attirant, beau,
idéal! pourquoi Jésus était-il monté
sur deux ânes? Peut-être parce que le dieu
était sensé revenir une deuxième fois? Cette
incongruité à probablement un lien avec le culte
mythique encore faudrait-il savoir la décrypter.
Dans le mithraeum de Bordeaux, une tête
d'âne serait symbole de Mithra, emblème de la fin de
l'initiation. La dernière étape initiatique
était celle du père que les fidèles priaient,
les bras en croix. Aussi les graffiti des catacombes ne sont
peut-être pas tant à lire comme des caricatures
sacrilèges du Christianisme que comme la
"révélation" dernière du mithriacisme qui se
montre au néophyte, ce qui en dit assez long sur le culte
en question. La croix se termine comme une croix égyptienne
qui aurait été reprise comme symbole et dont les
fronts des adeptes auraient été marqués; elle
a donné lieu au chrisme constantinien.
ALEXAMENOS SEBETE THEON
: Alexamenos vénère son
dieu.
graffiti catacombe de St Callixte,
autre exemple: catacombes Domus
Gelotiana, au Palatin, IIIème siècle
La Femme de Pilate , les trente pièces d'argent et la garde du tombeau
Une source déjà évoquée à propos des mages Persans est la recension slavonne de la Guerre des Juifs où il est déjà question de la femme de Pilate:
Plus tard, les chefs des Juifs en eurent connaissance, ils se réunirent avec le ,grand prêtre et dirent : “ Nous sommes impuissants et faibles pour résister aux Romains, (qui sont) comme un arc tendu Allons annoncer à Pilate ce que nous avons entendu, et nous n'aurons pas d'ennuis: si jamais il l'apprend par d'autres, nous serons privés de nos biens, nous serons taillés en pièces nous-mêmes et nos enfants dispersés en exil. ” Ils allèrent le dire à Pilate. Celui-ci envoya des hommes, en tua beaucoup parmi le peuple et ramena ce thaumaturge. Il enquêta sur lui, et il connut qu'il faisait le bien et non le mal, qu'il n'était ni un révolté, ni un aspirant à la royauté et le relâcha, car il avait guéri sa femme qui se mourait. Et, venu au lieu accoutumé, il faisait les oeuvres accoutumées. Et de nouveau, comme un plus grand nombre de gens se rassemblaient autour de lui, il était renommé pour ses oeuvres par-dessus tous. Les docteurs de la Loi furent blessés d'envie, et ils donnèrent trente talents à Pilate pour qu'il le tuât. Celui-ci les prit et leur donna licence d'exécuter eux-mêmes leur désir . Ils le saisirent et le crucifièrent en dépit de la loi des ancêtres.
Ce récit laisse penser que le rassemblement autour de Jésus avait causé des ravages parmi la foule et que Pilate s'était laissé acheter en ce qui concerne Jésus. Luc a mentionné un méfait de la garde de Pilate, non contre les disciples de Jésus mais contre les Samaritains (Luc 13:1) . Il a laissé entendre une réconciliation entre Hérode et Pilate (Luc 23:12), scellée très probablement par un échange quelconque que Luc a seulement suggéré à travers le manteau dont fut enveloppé Jésus (Luc 23:10-11).
Ce récit de la recension slavonne est donc une libre interprétation sur Jésus et ses disciples. Que la femme de Pilate ait été guérie, rendait plus odieux encore le chantage auquel Pilate aurait cédé. La somme qui lui aurait été proposée était énorme: 30 talents d'argent sachant qu'un talent équivaut à 26kg d'argent ou 6000 drachmes
; 2 drachmes c'était la valeur de l'impôt versé annuellementt par les Israélites mâles au trésor du sanctuaire. Les prêtres l'auraient vidé pour faire mourir Jésus, ce qui est paradoxal, et Pilate leur aurait accordé de le faire par eux-mêmes, ce qui est non moins paradoxal.
Matthieu s'est resservi de deux éléments: Sa femme aurait averti Pilate d'un songe qui l'incitait à ne pas prendre parti dans le procès contr Jésus, raison pour laquelle il aurait procédé à un lavement de mains, se défaisant de ses responsabilités
tant sur les Juifs que sur la divinité. Matthieu avait en quelque sorte cherché à le décharger de ses responsabilités, pour l'innocenter.
Les trente talents devinrent sous sa plume trente pièces d'argent comme en Za 11:12 ce qui était tout à fait vague et permettait à la somme de fondre. En effet il eût été impensable que 30 talents aient été donnés à Judas. Matthieu a donc lui aussi réinterprété librement certains détails liés à la Passion afin de répondre à certaines attentes et questionements des lecteurs de Luc : qu'était -il exactemet arrivé à Judas? Pourquoi Pilate avait-il souhaité libérer jésus pour finalement y renoncer?
Au chapitre V(V,4,) la recension slavone ajoute quelques versets sur la résurrection dont celui-ci:"Mais d'autres dirent qu'il n'était pas possible de dérober [le corps] puisque des gardes étaient postés tout autour de son tombeau, teente Romains et cent Juifs.”
Matthieu s'est servi de ce détail qu'il a amplifié, jetant le doute sur la fiabilité de l'armée qui à l'exemple de Pilate se serait laissée acheter.
Conclusion
L'impôt fixé sous Vespasien de
deux drachmes à verser par les Juifs, se retrouve en fond du
récit de la didrachme rédigé par Matthieu
; il sert de repère
précieux pour dater son
évangile. de même que la Guerre des Juifs dans sa recension slavonne, publiée à la même période, vers 78. Les personnes de jean-Baptiste et de Jésus y étaient si librement traitées que Matthieu n'a pas hésité à en reprendre certains éléments quitte à les transformer avant de les intégrer à son évangile.
Ne l'aurait-il pas composé à Rome
où devait s'enraciner l'Eglise dans les institutions qu'il
tendait déjà à circonscrire? Les
Chrétiens furent persécutés sous Domitien qui
en 89 condamna «pour athéisme» le consul Flavius
Clément et sa femme Domitilla, et avec eux beaucoup
d'autres qui «avaient adopté des usages juifs».
(Dion Cassius 67). L'historien qualifiait
d'«athéisme» le rejet du culte de l'empereur qui
très restaurateur de l'autorité centrale, exigeait
le culte envers sa personne, centre et garantie de la
«civilisation humaine». Or le culte divin à
l'empereur, de son vivant, lui qui passait pour le Père de la Patrie, s'est développé au
contact du Mithriacisme, frère et adversaire du
Christianisme.
Le texte matthéen recèle un foisonnement de
thèmes spirituels et culturels de son époque dont le
Christianisme fut l'un des carrefours. Les informations qu'il est
sensé détenir sont à considérer avec
précaution dè lors qu'elles sont rapportées au
Jésus historique.
Rapprocher l'évangile de Matthieu du Mithriacisme issu de Perse,
n'est pas abusif; très tôt le Christianisme fut
confronté à ce culte rival.
L'évangile de Matthieu offre des contradictions nombreuses avec
l'évangile de Luc sur des points de détail géographiques ou
historiques. Ils n'ont été écrits ni à la même époque, ni dans le même
contexte culturel, ni dans le même lieu géographique, ni pour le même
auditoire. Alors que Luc fut écrit très tôt à l'intention du
grand-prêtre Théophile entre 37 et 41,
Matthieu ne fut pas rédigé avant le règne de Vespasien, voire de
Domitien. Les Chrétiens avaient connu de très sérieuses persécutions et
de manière cachée, Matthieu cherchait à les prévenir des dangers.
Si L'Eglise revendique ses sources Juives, ne
devrait-elle pas voir également l'héritage qui lui
vient de sa “Romanité”? La confrontation du Christianisme
naissant avec le culte de Mithra implanté à Rome au
premier siècle de notre ère est un thème qui
a été en partie exploré; le Mithriacisme
(Mithracisme ou Mithraicisme, ou Mithraisme) devint la religion
des empereurs avant d'être “ingéré” dans le
Christianisme de Constantin. Les deux religions avaient des rites
communs et , de ce point de vue, se ressemblaient à s'y
méprendre. Saint Augustin dans le livre VII de son
commentaire sur Jean écrivait:
« J'ai connu autres fois un prêtre de Mithra qui avait
coutume de dire: Mithra aussi est chrétien. Pourquoi cela,
mes frères? C'est que les chrétiens ne peuvent
être séduits par d'autres moyens.»
Mettre en relief dans le matériau propre
à l'évangile de Matthieu ce qui manifeste une
connaissance de ce culte, n'aiderait-il pas à mieux saisir
l'histoire de la rédaction des évangiles?
1
- Mt 17, 24-37
2
- Ex 30:13-15
3
- Néh 10:33
4
- Mt 17, 25-26
5
- GJ, VII. 6, § 6 ; Dion Cassius, LXVI, 7.
6
- Suétone
Domitien XII(5)
7
- L'or des mages Mt 2,11;l'aumône 6,1; la récompense
6,16;25,31 sq; les perles 7,6;13,44; le trésor 13,45; les
impôts 18,17; le débiteur 18,23-34; le salaire des
ouvriers 20,1-16; l'achat 25,9; l'argent 27, 3sq 28,12;
8
-
To_ sw/zontov en Mt
16,16 selon D05 au lieu de
tou=
zw=ntov dans les autres manuscrits.
9
- Au Livre VIII des livres sibyllins - re-écrits par un auteur
Juif dans la seconde moitié du II siècle et
complétés au siècle suivant, l'acrostiche ICQUS,
au v 217 et suivants, fut recopié et traduit en Latin par St
Augustin dans la Cité de Dieu XVIII,23: « Aux approches du
jugement, la terre se couvrira d'une sueur glacée. Le roi
immortel viendra du ciel et paraîtra revêtu d'une chair
pour juger le monde, et alors les bons et les méchants verront
le Dieu tout-puissant accompagné de ses saints. Il jugera les
âmes aussi revêtues de leurs corps, et la terre n'aura plus
ni beauté ni verdure. Les hommes effrayés laisseront
à l'abandon leurs trésors et ce qu'ils avaient de plus
précieux. Le feu brûlera la terre, la mer et le ciel, et
ouvrira les portes de l'enfer. Les bienheureux jouiront d'une
lumière pure et brillante, et les coupables seront la proie des
flammes éternelles. Les crimes les plus cachés seront
découverts et les consciences mises à nu. Alors il y aura
des pleurs et des grincements de dents. Le soleil perdra sa
lumière et les étoiles seront éteintes. La lune
s'obscurcira, les cieux seront ébranlés sur leurs
pôles, et les plus hautes montagnes abattues et
égalées aux vallons. Plus rien dans les choses humaines
de sublime ni de grand. Toute la machine de l'univers sera
détruite, et le feu consumera l'eau des fleuves et des
fontaines. Alors on entendra sonner la trompette, et tout retentira de
cris et de plaintes. La terre s'ouvrira jusque dans ses abîmes;
les rois paraîtront tous devant le tribunal du souverain Juge,
et les cieux verseront un fleuve de feu et de soufre».
1
0 - Mt 13,41-42 et 49-50; 23, 33; 24:31; 25,41.
11 - Virgile, Bucoliques
IV , vers 5 à 15 dans la traduction de Paul Valéry,
Gallimard 1956.
12
_ kai_ su_ te/knon.Suétone
Vie de César LXXXII,3 et Dion Cassius; la phrase
est ensuite passée à la
postérité en Latin
: "Tu quoque mi filii?"
13 - Contre Celse
I,58-59
14 - Nombres 24:17
15
- Commentaire de
Chalcidius accompagnant sa traduction latine du Timée de Platon,
vers 300.
16
- Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, 78
17
- Justinus "Epitoma historiarum Philippicarum Pompei Trogi". XXXVII,
ii, -3.
18
- Pline l'Ancien (30-79AD) Histoire Naturelle XXX, 6, 16.
19
- Dion Cassius LXIII, 12 , 5 et 7
20
- cf. la Géographie de Strabon, l'Apologie de Justin
adressée à l'Empereur , les Vies de Plutarque les
Pensées d'Epictète, de Marc Aurèle etc.
21 - Mt 27,51-52
22 - Lc 21,25; Phlégon de Tralles cité par Eusèbe
(cf.ch 2 ). Pline, Histoire Naturelle 2, 195, reliait également
signes des astres et tempêtes que Virgile interrogeait:"les
éclipses variées du soleil et les tourments de la lune;
d'où viennent les tremblements de terre; quelle force enfle les
mers profondes?"Georgiques II, 478-80
23 - Suétone, Néron 34/8 -Il fit faire
un sacrifice aux mages pour évoquer et fléchir son
ombre. Dans son voyage en Grèce, il n'osa point assister
aux mystères d'Éleusis, parce que la voix du
héraut en écarte les impies et les hommes
souillés de crimes.
NH 30/14-15
24 - Annales de Tacite XV/38 (7) Et personne
n'osait combattre l'incendie: des voix menaçantes
défendaient de l'éteindre; des inconnus
lançaient publiquement des torches, en criant qu'ils
étaient autorisés; soit qu'ils voulussent piller
avec plus de licence, soit qu'en effet ils agissent par
ordre.
25 - Matthieu avait une certaine connaissance du
culte païen; Tertullien savait que des paraboles
étaient communes aux deux cultes, mais sans réaliser
que celles-ci se trouvaient uniquement chez Matthieu. S'il
estimait que le Christianisme devait mener contre le Mithriacisme
un combat à mort c'est parce que ce culte lui apparaissait comme
une contrefaçon:
«Et si je me souviens encore de Mithra, il
marque là au front ses soldats. Il célèbre
aussi l'oblation du pain. Il offre une image de la
résurrection et, sous le glaive, 'il pose une couronne'.
Eh quoi ? n'impose-t-il pas à son grand prêtre
un mariage unique? Il a lui aussi ses vierges, il a lui aussi ses
continents... Celui qui s'est si jalousement efforcé
de reproduire dans les choses de l'idolâtrie les rites
mêmes qui servent à administrer les « sacrements
» du Christ, celui-là aussi, dans une intention toute
pareille, a désiré passionnément et a pu
appliquer à une foi profane et rivale les instruments des
choses divines et des sacrements chrétiens, en tirant sa
pensée de leurs pensées, ses paroles de leurs
paroles, ses paraboles de leurs paraboles. Voilà
pourquoi il ne faut pas douter que les esprits de
perversité de qui viennent les hérésies,
n'aient été envoyés par le démon, et
que les hérésies ne diffèrent nullement de
l'idolâtrie.»
Tertullien prescription contre les
Hérétiques ch XL