Livre I, chapitre XIX
« Hérode ne demeura guère à Jérusalem. Il partit en guerre contre les Arabes.
Aussitôt les prêtres s'affligèrent et se plaignirent les uns aux autres
en secret, car ils n'osaient pas le faire à Hérode et à ses amis. Ils
disaient en effet :
" Notre loi interdit d'avoir un étranger pour roi, mais nous attendons
un Oint qui soit doux, de la race de David ; or nous savons qu'Hérode est
un Arabe incirconcis [1]. L'Oint sera appelé doux, et
celui-ci a rempli de sang tout notre pays. Sous le règne de l'Oint, les
boiteux devaient marcher, les aveugles voir, les pauvres devenir riches,
et sous celui-ci les valides ont été faits boiteux, les voyants aveugles,
les riches pauvres. Qu'est-ce que cela ? Ou bien les prophètes auraient-ils
menti ? Les prophètes ont écrit qu'il ne manquerait pas de princes de Juda
jusqu'au moment où viendrait celui à qui la tâche est remise. C'est en
lui qu'espèreront les nations. Celui-ci est-il l'espérance des nations
? Nous, en effet, nous détestons son iniquité. Les nations vont-elles espérer
en lui ? Malheur à nous, Dieu nous a abandonnés, et nous somFmes oubliés
de lui ; il veut nous livrer à la désolation et à la perdition, et autrement
qu'au temps de Nabuchodonosor et d'Antochius. Alors, il y avait des prophètes
qui instruisaient le peuple, et qui avaient fait des prophéties sur la
captivité et le retour ; mais aujourd'hui, il n'y a personne à consulter,
personne de qui tirer consolation. "
Anan le prêtre leur répliqua : " Je sais toute l'Écriture. Quand Hérode
luttait devant la ville, jamais mon esprit n'a accepté que Dieu lui eût
accordé de régner sur nous. Mais aujourd'hui, je connais que notre ruine
est proche. Examinez donc la prophétie de Daniel : il est dit qu'après
le retour de captivité la ville de Jérusalem durera soixante-dix semaines
d'années, ce qui fait quatre cent quatre-vingt-dix années, et qu'après
elle sera dévastée. " Ils firent le compte des années, et il y en
avait quatre cent trente-quatre. Et Jonathas répliqua : "Le chiffre
des années est bien comme nous l'avons dit, mais le Saint des Saints où
est-il ? Car celui-ci , Daniel ne peut l'appeler saint, cet Hérode buveur
de sang et couvert de souillures." L'un d'eux, nommé Lévi, qui voulait
se montrer plus habile qu'eux, leur dit ce qui lui tombait sous la langue,
non pas par des raisons tirées de l'Écriture, mais des fables. Eux, qui
étaient des docteurs de la Loi, se mirent à chercher le moment où le Saint
devait venir, et ils n'eurent que dégoût pour l'argumentation de Lévi,
lui disant : " Tu as de la soupe dans le bec, et de l'os dans la tête. " S'ils
disaient cela, c'est parce qu'il déjeunait sans attendre le jour et que
la boisson lui faisait la tête lourde, comme de l'os. Couvert de confusion,
il se sauva auprès d'Hérode et lui rapporta les paroles que les prêtres
avaient prononcées contre lui. Hérode envoya de nuit les massacrer tous,
en cachette du peuple, pour qu'il n'y eût pas de troubles, et ils installa
d'autres prêtes. Et un matin la terre trembla tout entière et engloutit
d'innombrables bestiaux et soixante mille hommes. Les Arabes, apprenant
cet évènement, se sentirent plus forts que les Juifs, croyant Hérode et
ses troupes saisis d'épouvante. Ils envahirent le pays, firent beaucoup
de prisonniers et détruisirent beaucoup de cités. Et comme les Hérodiens
n'osaient leur résister par leur peur du tremblement de terre, s'attendant
sans cesse à la mort, le roi Hérode, en les voyants épouvantés, les réunit
tous et se plaçant au milieu d'eux leur parla ainsi: “Hommes d'armes qui
avec moi marchez et guerroyez, auxiliaires d'Hérode il me semble que votre
peur est du dérèglement. Car quand le coup vient de Dieu il est juste de
s'affliger, de perdre courage. Mais quand c'est des hommes ou d'un élément
que vient le malheur, alors il ne faut pas s'épouvanter, mais plutôt être
viril et se raidir et prendre les armes contre les présomptueux. Guerriers
d'Israël et hommes d'armes d'Hérode écoutez Hérode [2]
qui a beaucoup vu et beaucoup appris, qui a beaucoup donné et reçu à travers
tous les pays.Je vais vous expliquer ce que c'était que ce tremblement
de terre: c'est Dieu qui l'a produit pour abuser les Arabes...»
Traduction
d'après le texte grec de Flavius Josèphe
[1] “or nous savons qu'Hérode est un Arabe incirconcis”: une affirmation
fausse, sinon Hérode n'aurait pu épouser la fille du gran-prêtre ni
compter d'autres femmes juives parmi ses épouses . Hérode était iduméen,
une tribu convertie de force sous Hyrcan.
[2] Hérode parlait-il de lui à la troisième personne? Pas dans le texte
grec.
Cette triple mention de son nom n'est pas sans faire penser à la redondance
de Luc 23:6-8 qui prend tout
son sens en fonction de l'étymologie. En effet Hérode est la composition
de deux termes grecs signifiant: “ode
au héros-demi-dieu”. Le rédacteur slavon avait donc connaissance de
l'étymologie à travers laquelle il amplifiait l'exaltation du roi devant
ses soldats. Cette redondance du texte slavon tend à manifester
que le roi se déifiait lui-même se prenant pour le messie attendu. Elle
est à mettre en lien avec l'interpolation sur les prêtres qui précède et
sur les mages qui suit.
1 - « Cependant le Roi Hérode parti pour Rhodes se présenta devant César sans couronne, avec les vêtements et l'attitude d'un particulier, mais avec l'esprit d'un roi. Il ne lui cacha rien de la vérité et lui dit sans peur: “Ô César, j'ai été fait roi par Antoine. Je te déclare que j'ai été un roi dévoué en tout à Antoine. Et, sans peur devant toi, je te déclare que tu m'aurais éprouvé dans les combats, si je n'étais parti en guerre contre les Arabes. Mais pour les secours et le blé je lui en ai envoyé des myriades. Et même après la défaite d'Actium, je n'ai pas abandonné mon bienfaiteur. Et, ne pouvant l'aider de mes bras, je fus pour lui un conseiller prudent en lui disant : II ne te reste qu'un remède, tuer Cléopâtre : alors richesses, or et cités, je te procurerai tout, et je me donnerai moi-même à toi, et avec autant de troupes que je pourrai je serai le premier à marcher contre César. Voilà ce que je lui disais. Mais sa passion pour Cléopâtre lui boucha les oreilles, avec Dieu qui t'a donné l'empire. Me voici donc vaincu avec Antoine et, m'ôtant la couronne, puisque la fortune l'a trahi, je me tiens devant toi en simple particulier. Pour espoir de salut j'ai mon courage : connais-moi d'après l'amitié que j'ai gardée pour Antoine. »
2 - César lui répondit en ces termes :
« Sois sans honte et sois sauf, et règne plus sûrement encore. Car maintenant tu es digne de commander à beaucoup, puisque tu défends si bien l'amitié. Mais efforce-toi d'être un ami fidèle pour nous aussi, plus fortunés. Car moi-même je fonde de brillantes espérances sur ton intelligence. Mais Antoine a bien fait d'écouter Cléopâtre plutôt que toi, puisque nous t'avons acquis pour ami par son forfait. Et Ventidius m'a écrit tout le bien que tu as fait et les secours que tu as envoyés à mes capitaines. Et maintenant je te confirme par décret la royauté, et je m'empresserai de te faire du bien pour te faire oublier Antoine. »
Ayant ainsi honoré le roi, il lui imposa la couronne et confirma ce don par un décret où il louait beaucoup l'homme devant tous les auditeurs. Quant à lui, après avoir comblé César de présents, il s'en alla. Ensuite, comme César marchait sur l'Ëgypte à travers la Syrie, voulant soumettre ce pays et manifester sa victoire, Hérode le combla de toutes sortes de richesses royales et monta un festin pour lui et pour tous ses capitaines. Aux soldats en particulier il donna tout le nécessaire. Il leur procura aussi de l'eau en pays sans eau dans leur marche jusqu'à Péluse, et au retour également, et il prit soin de leur fournir tout le nécessaire.
Aussi César, considérant sa dignité et sa grandeur d'âme, ajouta à son royaume Gadara, Hippos et Samarie et Anthédon et Gaza et Joppé et la Tour de Straton, et lui rendit ce que lui avait enlevé Cléopâtre : car ils étaient morts tous deux, elle et Antoine. Il lui donna aussi quatre cents Galates pour sa garde du corps. Il lui donna les provinces de Zénodore et la Trachonitide et la Batanée et Tauranitide. Il le mit aussi au-dessus des gouverneurs de Syrie et au-dessus de tous les capitaines, avec défense à eux de rien faire sans son ordre. César aimait Hérode par-dessus tous, immédiatement après Agrippa, et Agrippa l'aimait immédiatement après César. Aussi une richesse innombrable lui venait chaque jour, et il la répandait en bienfaits.
... Et ayant ainsi parlé il les congédia. Et il préposa des gardes pour les observer, et il en préposa certains sachant la langue perse pour écouter ce qu'ils disaient. Et étant enfermés ils commencèrent, à se plaindre en ces termes : « Nos pères étaient habiles observateurs des astres, et en regardant les étoiles jamais ils n'ont erré. Nous aussi, instruits par eux, jamais nous n'avonsfaussé la leçon des étoiles. Or que veut dire cela? Est-ce illusion, est-ce scandale? Il nous est apparu une étoile signifiant la naissance d'un roi qui tiendra dans sa main tout l'univers. Et, la vue fixée sur elle, nous avons marché une année et demie jusqu'à cette ville, et nous n'avons pas trouvé de fils de roi. Et l'étoile s'est dérobée à nous. En vérité nous avons été trompés! Mais nous enverrons au roi les présents que nous avions préparés pour le nouveau-né et nous le supplierons de nous laisser entrer dans son pays. »
Les gardes vinrent trouver le roi et lui redirent le tout. Et celui- ci envoya chercher les Perses. Comme ils étaient en chemin, l'étoile leur apparut, insigne. Et ils furent emplis de joie. Ils vinrent auprès d'Hérode nuitamment avec hardiesse. Et il leur dit en secret de tous : « Pourquoi troublez-vous mon cœur et affligez- vous mon âme en ne disant pas la vérité? Pourquoi êtes-vous venus? » Et eux lui dirent : « 0 roi, nous n'avons pas deux paroles, notre conscience est simple. Notre science et notre art, l'astronomie, nos aïeux l'ont reçue des Chaldéens. Et en regardant les étoiles nous n'avons jamais failli. Une étoile nous est apparue, indicible, éloignée de toutes les étoiles. Elle n'était ni des sept planètes, ni des porte-lance, ni des porte-glaive, ni des sagittaires, ni des comètes, mais très lumineuse, comme le soleil, et joyeuse, et la vue fixée sur elle nous étions venus jusqu'à toi. Mais nous étant ici, elle s'est cachée jusqu'à maintenant. Or maintenant, comme nous venions vers toi, elle nous est apparue. »
Et Hérode dit : « Pouvez-vous me la montrer? »
Et eux dirent : « Nous pensons que tout l'univers la voit. » Et s'étant rendus au fenil, qui n'était pas couvert, ils lui montrèrent l'étoile. Et l'ayant vue, Hérode s'étonna fort et il se prosterna devant Dieu, car il était religieux.
Et il leur adjoignit son frère et des boiars pour que, se mettant en route, ils vissent l'enfant nouveau-né. Mais comme ils étaient en chemin, de nouveau l'étoile se cacha.
Et de nouveau ils revinrent. Et ils supplièrent le roi de les laisser aller seuls afin que, partant encore une fois en voyage, ils fissent des recherches et lui rapportassent des nouvelles. Et ils lui prê- tèrent serment, pensant que l'étoile leur montrerait le chemin. Et ils parurent en suivant l'étoile.
Et le roi les attendit une année, mais ils ne revinrent pas. Il entra en fureur et appela un prêtre de son conseil et lui demanda si quelqu'un savait quelque chose de cette étoile. Et on lui répon- dit : « II est écrit : Une étoile se lèvera de Jacob et un homme se dressera de Juda. Daniel aussi écrit qu'il viendra un prêtre, mais nous ne savons pas qui il sera. Nous estimons qu'il naîtra sans père.[3] »
Hérode alors dit : « Comment pourrions-nous le trouver? » Et Lévi dit : « Envoie à travers toute la terre de Judée rechercher tout ce qui est né du sexe mâle depuis que les Perses ont vu l'étoile jusqu'à ce jour : fais périr tous ces enfants, et alors celui-là aussi sera tué. Et le royaume te sera assuré ainsi qu'à tes fils et à tes petits-fils. »
Et il envoya aussitôt à travers tout le pays des prédicateurs : qu'on leur apportât tout enfant mâle jusqu'à la troisième année, en vue d'honneurs et de présents en or. Et ils interrogeaient pour savoir si quelqu'un était né sans père, en faisant croire que le roi le prendrait pour fils et le nommerait César.
Et comme ils n'en trouvèrent aucun de la sorte, Hérode ordonna de les massacrer tous, six fois dix mille, plus trois mille petits enfants. Alors, comme tout le peuple se lamentait et hurlait à cause de ce massacre, les prêtres vinrent le trouver et le supplièrent d'épargner les innocents : mais il les menaça de plus belle pour les faire taire. Ils tombèrent à ses pieds et demeurèrent ainsi pros- ternés jusqu'à la sixième heure. La fureur du roi remportait toujours. Alors ils se relevèrent et dirent : « Écoute tes esclaves, afin que le Très-Haut te couvre de bienfaits. Il est écrit que de Bethléem doit naître un Oint. Puisque tu n'as pas miséricorde de tes esclaves, alors fais périr les enfants de Bethléem, et épargne les autres. » II ordonna de la sorte, et furent massacrés tous les enfants de Bethléem.
[3]Le personnage de Lévi fait le lien entre l'épisode des prêtres et des
mages Persans. Pas plus que les prêtres, les mages ne reconnaissaient
en Hérode celui qui devait régner sur l'Univers. Dire que le Messie “naîtrait
sans père” est une expression qui ne relève pas plus de la tradition
juive que de la tradition chrétienne. Vivant à une époque où le Christianisme
s'implantait en Russie le rédacteur slavon cherchait-il à voir dans son
prince le roi messie qu'attendaient les prêtres de Jérusalem et le souverain
universel que recherchaient les mages persans qui s' éloignèrent
du royaume de Judée sans qu'on sût s'ils l'avaient trouvé ? Le prince
Vladimir était un fils naturel de Sviatoslav I de Kiev; par son mariage
avec Anne soeur de l'empereur Basile II il fut amené, avec son peuple,
à embrasser la foi chrétienne.
Il ne se borna pas à attacher à des demeures leurs noms et leur mémoire : son ambition s'étendit à toutes les cités. A Samarie, il bâtit une bonne enceinte de vingt verstes, il amena six mille hommes avec leurs familles, leur donna une terre fertile et les installa là en leur octroyant des libertés insignes. Et au milieu, il éleva un temple de trois demi-verstes à César.
Et il n'y eut pas de lieu dans son royaume où l'on n'honorât point César. Ayant vu une cité vétuste du littoral nommée Tour de Straton, comme le site était favorable, il remit tout à neuf en marbre blanc. Et il y amena l'eau par tuyaux de deux cents verstes. Et il y érigea une statue en pierre de César : on pouvait voir cette statue à mille verstes. Il dédia au royaume la ville, le port aux navigateurs, et à César la gloire de la fondation, et il baptisa cette ville Césarée [4].Il construisit aussi d'autres ouvrages magnifiques : un hippodrome, qu'il couvrit de marbre blanc; il pava aussi la place du marché sur vingt verstes et la couvrit d'un admirable portique. II reconstruisit Anthédon et la nomma Agrippie; et sur la porte du Temple il écrivit le nom d'Agrippa.
Étant bon fils comme personne au monde, il bâtit une ville, y planta toutes sortes d'arbres odoriférants» y amena des cours d'eau, et la nomma Antipatris. A Jéricho aussi, ayant élevé une citadelle avec toutes sortes d'ornements, il la nomma du nom de sa mère Kypros. A Jérusalem, il bâtit une tour d'une hauteur et d'une beauté merveilleuses et l'appela, du nom de son frère, Phasaël. En transmettant à la postérité les siens et ses amis, il ne négligea pas non plus sa propre mémoire. Il bâtit des châteaux dans les montagnes d'Arabie, les garnit de pierres blanches, amena l'eau de loin à grands frais, plaça un escalier de trois cents marches blanches, bâtit des tours rondes et des salles magnifiques, recouvrit d'or murailles, enceintes et voûtes, et il nomma ce château Hérodion. Il ne se contenta pas d'embellir son domaine, il manifesta aussi sa générosité dans les pays étrangers. A Tripolis, à Damas et à Ptolémaïs, il construisit des hippodromes; à Byblos des murailles, des prétoires, des portiques, des temples et un marché; à Beryte et à Sidon de même ; à Laodicée sur la mer, il amena l'eau. Pour certaines, il aménagea des bois et des jardins; à d'autres, il donna de la terre avec des revenus, en sorte que la jouissance n'en cessât pas. A tous ceux qui en avaient besoin, il donna du blé. Et aux habitants de l'île de Rhodes, il accorda une forte somme pour la construction de navires; et à Pytho, quand le temple l'Apollon eut brûlé, il dépensa de grandes richesses pour le reconstruire, et il fit aux habitants une dotation à perpétuité. Aux Lydens et aux Samiens et aux Ioniens, il procura tout le nécessaire.
[4] Le rédacteur slavon a amplifié la splendeur de l'Hérodion qu'il couvrait d'or donnant à son escalier 300 marches (au lieu de 200); par contre il a évité de parler de la situation de Césarée en bord de mer avec la construction de son très remarquable port qui facilita considérablement l'implantation de Rome en Judée, ce que ne pouvait omettre un véritable historien. Mais habitant à l'intérieur des terres, le monde maritime devait lui échapper; Il s'est centré sur les caractéristiques romaines de la ville avec la statue colossale de l'empereur (Auguste) ce que Flavius Josèphe aurait évité en s'adressant à ses frères Juifs. La distance indiquée en verstes
Livre II, VII, 2
Il y avait alors un homme qui parcourait la Judée dans des vêtements étonnants, des poils de bête collés sur son corps aux endroits où il n'était pas couvert de ses poils et de visage il était comme un sauvage. En abordant les Juifs, il les appelait à la liberté en disant : « Dieu m'a envoyé pour vous montrer la voie de la Loi, par laquelle vous serez sauvés à'avoir plusieurs maîtres et vous n'aurez plus sur vous de maître mortel, mais seulement le Très-Haut, qui m'a envoyé. » En entendant ces paroles, le peuple était heureux ; et toute la Judée le suivait, et les environs de Jérusalem. Et il ne leur faisait rien d'autre que les plonger dans le cours du Jourdain ; et il les renvoyait en leur enseignant de cesser de faire le mal, et qu'il leur serait donné un roi qui les libérerait et soumettrait tous les insoumis, et ne serait lui-même soumis à personne. Les uns se moquaient de ses paroles, les autres y ajoutèrent foi. Il fut amené auprès d'Archélaüs, et les docteurs de la Loi se réunirent, et on lui demanda qui il était et où il avait été jusque alors. Et il répondit en disant : « Je suis l'homme que l'Esprit de Dieu m'a assigné d'être, me nourrissant de roseaux et de racines de jeunes arbres.» Comme ils menaçaient de le torturer s'il ne cessait ces paroles et ces actes, il dit : « C'est vous qui devez cesser vos actes impurs et adhérer au Seigneur votre Dieu. » Alors, se levant avec fureur, un scribe, Simon, essénien d'origine, dit : « Tous les jours nous lisons la divine écriture, et toi, sorti aujourd'hui de la forêt comme une bête, tu oses nous faire la leçon et séduire le peuple avec tes paroles impies ? » Et il s'élança pour déchirer son corps. Mais lui, leur faisant reproche, dit : « Je ne vous découvrirai pas le mystère qui est parmi vous puisque vous ne l'avez pas voulu. Ainsi est venue sur vous une perdition invincible, et par votre faute. » Ayant ainsi parlé, il s'en alla de l'autre côté du Jourdain ; et, sans que personne osât l'en empêcher, il continua d'agir comme auparavant.
II-IX, 1
Quand son domaine eût été retiré à Archélaüs, César le donna à ses procurateurs.
Philippe et Antipas - surnommé Hérode - gardèrent leurs tétrarchies et
fondèrent nombre de villes: Césarée , Julias et Tibériade en l'honneur
de Tibère. Après la mort d'Auguste maître de l'Univers qui avait régné
cinquante sept ans six mois et deux jours, l'empire passa à Tibère fils
de Julie. Philippe, étant dans sa province, vit en songe : un aigle qui
lui arrachait les deux yeux. Il rassembla tous ses sages. Comme tous
expliquaient le songe différemment, cet homme que nous avons représenté
plus haut marchant vêtu de poils de bêtes et purifiant le peuple dans
les eaux du Jourdain vint le trouver subitement, sans être appelé, et
dit : « Entends la parole du Seigneur. Ce songe que tu as vu, l'aigle,
c 'est ton amour du lucre , car cet oiseau est violent et rapace ; et
ce péché te ravira tes yeux, qui sont ta province et ta femme. » II parla
ainsi, et avant le soir Philippe trépassa, et sa province fut donnée
à Agrippa . Et sa femme Hérodiade fut épousée par Hérode, son frère.
À cause d'elle, tous les docteurs de la Loi avaient horreur de lui, mais
ils n'osaient pas l'accuser en face. Seul cet homme qu'ils appelaient
sauvage vint le trouver avec fureur et dit : « Puisque tu as épousé la
femme de ton frère qui méprisait la Loi, de même que ton frère est mort
d'une mort impitoyable, ainsi tu seras frappé par la faux céleste. Car
la divine providence ne le souffrira pas en silence, mais elle te fera
périr de chagrins cuisants en d'autres contrées, parce que ce n'est pas
une progéniture que tu veux procurer à ton frère, c'est un désir charnel
que tu satisfais et tu commets un adultère, puisqu'il y a quatre enfants
de lui. » Hérode, à ces mots, entra dans une grande colère, et ordonna
de le battre et de le chasser. Mais lui ne cessa pas. Partout où il trouvait
Hérode, il l'accusait, jusqu'à ce qu'il en eût assez, et il lui fit trancher
la tête (ou le mit au cachot). Ses moeurs étaient étranges, et sa vie
n'était pas celle d'un homme, car son existence était celle d'un esprit
immatériel. Ses lèvres ne connaissaient pas le pain, et à la Pâque il
ne goûtait pas non plus aux azymes, disant qu'ils avaient été donnés
à manger en souvenir de Dieu qui avait sauvé le peuple de la captivité,
et que le chemin était bref vers la délivrance . Le vin et la cervoise,
il ne les laissait même pas approcher de lui. Il avait dégoût de toute
chair animale. Il confondait toute injustice. Et il vivait des racines
de jeunes arbres.
Hérode (Antipas) alla trouver Tibère [5] pour le supplier d 'honorer son pouvoir du titre royal. Et César fut irrité de son insatiabilité: il lui enleva sa province qu'il ajouta au domaine d'Agrippa et l'exila en Espagne avec Hérodiade. Et là tous deux périrent avec bien des souffrances.
2 - Ensuite Tibère envoya en Judée un procurateur, qui en cachette, la nuit apporta à Jérusalem l'image de César nommée semaia et la dressa sur la cité. Le matin venu les Juifs à sa vue furent en proie à un grand tumulte.Ils étaient effrayés du spectacle, voyant leur loi foulée aux pieds. Car elle interdit qu'il y ait dans la cité aucune image. Les gens des environs quand ils eurent appris l'évènement, accoururent tous en hâte. Ils se précipitèrent à Césarée et supplièrent Pilate de retirer la semaia de jérusalem et de leur accorder de maintenir les coutumes de leurs pères. Pilate repoussant leurs prières, ils tombèrent prosternés et restèrent ainsi, immobiles, cinq jours et cinq nuits.
3 - Après quoi Pilate s'assit sur son trône dans le grand hippodrome et convoqua le peuple comme pour lui donner sa réponse. Puis il ordonna aux soldats de cerner subitement les Juifs, en armes. Ceux-ci à la vue de ce spectacle inattendu, trois régiments qui les entouraient, tremblèrent grandement. Pilate, menaçant, leur dit: "je vous sabrerai tous si vous ne recevez l'image de césar". Et il commanda aux soldats de tirer les glaives. Tous les Juifs, d'un commun accord se jetèrent à terre et tendirent le cou en clamant: nous sommes prêts à l'immolation, comme des brebis, plutôt que de transgresser la Loi.“ Et Pilate, étonné de leur crainte de Dieu et de leur pureté fit retirer de Jérusalem la semaia.
4 -Après quoi ils soulevèrent une seconde émeute, car le trésor sacré nommé Korbonas[6], avait été enlevé par Pilate qui le dépensait pour la construction des conduites d'eau, pour amener l'eau du Jourdain de quatre cents stades. Comme le peuple clamait contre lui, il envoya des hommes les frapper avec des bâtons. Il y en eut trois mille d'écrasés en fuyant et le reste se tut. X - 1 Après Tibère, Gaius fut César , qui se saoula de sa fortune, enleva à la patrie ses hommes bien nés et étendit son impiété sur les Juifs... XI - 6b Si quelqu'un s'écartait de la lettre de la Loi, le fait était révélé aux docteurs de la Loi. On le mettait à la torture, et on le chassait ou bien on l'envoyait à César. Et sous ces procurateurs apparurent de nombreux serviteurs du thaumaturge déjà décrit, et ils disaient au peuple que leur maître était vivant, bien qu'il fut mort : “ Et il vous libérera de la servitude. ” « Et beaucoup d'entre le peuple écoutèrent leurs paroles. Ils prêtaient l'oreille à leurs commandements, non pas à cause de leur renommée, car ils étaient de petites gens, les uns tailleurs de voiles, les autres savetiers, d'autres artisans. Mais ils accomplissaient des signes merveilleux en vérité, tous ceux qu'ils voulaient. Alors ces nobles procurateurs, voyant l'égarement du peuple, complotèrent avec des scribes de les saisir et de les tuer : car une petite chose cesse d'être petite quand son aboutissement est une grande chose. Mais ils eurent honte et peur devant les signes: ils disaient que la magie ne faisait pas tant de miracles ; si ces gens n'étaient pas envoyés par la providence de Dieu, ils seraient bientôt confondus. Et licence leur fut donnée de circuler à leur gré. Ensuite, importunés par eux, ils les dispersèrent, envoyant les uns à César, les autres à Antioche pour comparaître, et d'autres dans des régions lointaines.
[5] Tibère apparaît là où est
attendu le nom de Caligula. C'est en effet Caligula qui dota Agrippa
d'un royaume que lui jalousa sa soeur Hérodiade et qui exila celle-ci
avec son mari. Des faits attestés par Philon d'Alexandrie (Flaccus,
V,25 et suivants). On penserait à une erreur de scribe et à un mauvais
emplacement du praragraphe si la chronologie entière des fils d'Hérode
n'avait déjà été revue par rapport à Jean-Baptiste qui se retrouvait
adulte au temps d'Archélaüs et qui serait mort après Philippe . Le rédacteur
slavon a donc pris une certaine liberté par rapport aux récits de Flavius
Josèphe et des évangiles.
À noter le mot “cervoise” très inattendu pour une contrée du Moyen-Orient.
À noter encore le terme "semaia" qui n'a pas trouvé de traduction.
Le texte grec parle d'images de César appelées αἳ σημαῖαι, désignant
spécifiquement les enseignes des armées. Le rédacteur slavon a gardé le
terme grec parce qu'il n'en saisissait apparemment pas l'exacte teneure.
[6] À noter l'expression: “Le trésor sacré nommé
Korbonas” traduisant le parallèle trouvé dans
le texte grec: Flavius Josèphe prenait le soin de dire à des Grecs
que ce trésor était communément appelé en Hébreu Korban (grécisé korbonas).
Matthieu 27:6 l'appelait Korbana. Dans l'original sémitique, Korban se
suffisant à lui-même, Josèphe n'avait pas besoin de rappeler que le trésor
sacré était nommé ainsi.